Mélodie à cœur ouvert : la Master Hybris Mechanica Ultra Thin Minute Repeater Tourbillon

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La Master Hybris Mechanica Ultra Thin Minute Repeater Tourbillon de Jaeger-LeCoultre transporte là où le temps s’écoute et les rouages se contemplent. Entretien.

Apprécier le son d’une répétition minutes au cœur de Watches and Wonders relève de la gageure – les halles d’exposition baignent dans un brouhaha généralisé. Et pourtant lorsque les notes cristallines de la nouvelle Master Hybris Mechanica Ultra Thin Minute Repeater Tourbillon retentissent, le son fait s’envoler. Ailleurs. Au cœur de la vallée de Joux peut-être, là où elles sont nées et où le silence laisse résonner ce qui compte vraiment. 

Cette pièce concentre plusieurs fondamentaux de Jaeger-LeCoultre, manufacture ancrée dans ce territoire depuis 1833. Des complications explorées au fil des décennies – le tourbillon, la répétition minutes – et la recherche de la finesse, sans rien céder à la fiabilité, pour une montre où la mécanique devient spectacle – portée par les savoir-faire traditionnels et l’innovation constante. 

Entretien avec Lionel Favre, Product Design Director.

Pourriez-vous nous en dire plus sur les origines du projet de la Master Hybris Mechanica Ultra Thin Minute Repeater Tourbillon : comment est-il né ?

La naissance du projet s’est faite en plusieurs temps. En 2014, nous avons lancé le Calibre 362, qui a connu une très belle carrière. Mais il est arrivé à un moment où l’horlogerie privilégiait des pièces plus massives. Aujourd’hui, on le redécouvre, et surtout, on l’a retravaillé. Nous avons choisi de revoir son esthétique en profondeur, notamment en introduisant le saphir, pour mettre en avant toute sa complexité.

L’idée n’était pas de tout rendre transparent, comme dans certaines approches squelettées, mais d’utiliser des ponts en saphir de manière ciblée. Cela crée une impression d’apesanteur : les composants semblent flotter. Visuellement, cela fonctionne très bien.

Pont en saphir de la Master Hybris Mechanica Ultra Thin Minute Repeater Tourbillon © Jaeger-LeCoultre

Montrer autant le mouvement implique aussi un niveau d’exigence accru sur les finitions.

Exactement. À partir du moment où l’on expose les composants, chaque détail compte. Tous les éléments visibles doivent être décorés : anglage, poli miroir, colimaçonnage… [14 techniques décoratives en tout, ndlr.]

Ce sont des finitions traditionnelles, que l’on perpétue. C’est une notion importante pour nous : conserver une « saveur de tradition ». L’innovation ne remplace pas l’héritage, elle le met en valeur. Aujourd’hui, la complexité ne réside plus uniquement dans la mécanique. Elle se situe aussi dans l’approche décorative, dans la manière de sublimer cette mécanique.

Réunir répétition minutes, tourbillon volant et remontage automatique dans une montre de 8,25 mm d’épaisseur reste un défi. Où se situent les limites ? Quels sont les compromis ?

Aller plus fin est toujours possible… mais au détriment de la fiabilité. On pourrait concevoir des pièces extrêmement fines, mais la moindre torsion pourrait bloquer le mouvement. Chez nous, ce n’est pas l’objectif. Nous développons des montres portables, fiables, utilisables au quotidien. La finesse n’est donc pas une fin en soi. Elle doit rester compatible avec la robustesse, la précision et l’usage réel.

C’est un équilibre permanent : chaque dixième de millimètre compte. Sur ce calibre, tout a été pensé de manière intégrée, la répétition minutes, le tourbillon volant, le rotor périphérique, afin de limiter l’épaisseur sans empiler les couches, comme le confirme aussi l’architecture du calibre 362. Nous avons développé 7 brevets (dont 6 en 2014). 

Le tourbillon participe lui aussi à cette quête de finesse ?

Oui. Traditionnellement, un tourbillon ajoute de la hauteur. Ici, nous avons supprimé le pont supérieur pour le rendre volant. Cela nous a obligés à repenser entièrement sa construction. Nous avons notamment développé un système qui permet de maintenir l’organe réglant sans support supérieur. Le spiral, lui aussi, a été adapté, avec une courbure spécifique en S. Cette géométrie améliore la concentricité du battement et donc la précision, tout en répondant aux contraintes de finesse.

Le tourbillon de la Master Hybris Mechanica Ultra Thin Minute Repeater Tourbillon © Jaeger-LeCoultre

Et le son, dans une pièce aussi fine ? Comment l’optimisez-vous ?

Le son est un travail à part entière. Nous collaborons avec les spécialistes acoustiques de IAV (laboratoire spécialisé dans l’acoustique et les vibrations, rattaché à l’Ecole Polytechnique de Palaiseau). Et nous bénéficions aussi de notre propre expérience accumulée sur les répétitions minutes. Ensuite, tout est une question de choix : souhaite-t-on un son puissant, ou un son plus cristallin, plus long ? Personnellement, je préfère un son qui dure, qui résonne, pas un « cling » sec, mais quelque chose de plus enveloppant.

Sur le calibre 362, nous avons trouvé un équilibre : un son à la fois cristallin et suffisamment puissant. C’est toujours une affaire de réglages très fins, notamment sur les timbres et les marteaux, comme le souligne aussi leur construction spécifique. Toutes nos répétitions minutes sont validées par Jérôme Lambert, notre CEO, et avec l’expérience, on sait reconnaître une belle sonnerie.

Fond du mouvement 362, avec les timbres en périphérie © Jaeger-LeCoultre

Le système d’activation diffère aussi des répétitions minutes classiques.

Oui, et c’est un point important. Traditionnellement, on utilise un curseur latéral pour armer le mécanisme. Mais cela nécessite une certaine course, donc de l’espace. Nous avons développé un bouton rétractable breveté. Au repos, il reste discret. Lorsqu’on l’active, il sort pour offrir la course nécessaire, puis permet d’armer le mécanisme.

C’était un défi autant technique qu’esthétique : il fallait éviter un élément trop visible ou disproportionné. Finalement, ce système s’intègre parfaitement au boîtier, comme une solution à la fois fonctionnelle et élégante.

La masse périphérique est presque invisible.

C’est volontaire. Elle est là, elle fonctionne, mais elle ne s’impose pas visuellement. Contrairement à un rotor central, elle ne capte pas constamment le regard. Elle participe à l’équilibre général de la pièce.

Masse oscillante périphérique de la Master Hybris Mechanica Ultra Thin Minute Repeater Tourbillon
© Jaeger-LeCoultre

Finalement, cette montre navigue entre deux mondes.

C’est exactement cela. Nous cherchons à créer des pièces à la fois innovantes et ancrées dans la tradition. Le design doit rester intemporel. Cela implique beaucoup de retenue, un travail d’équilibre permanent. On ne cherche pas l’effet. Le rôle du design, ici, n’est pas d’inventer la mécanique, mais de la révéler, de sublimer. C'est quelque chose qui nécessite plusieurs regards, pour sortir de de la mécanique pure.

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