On connaît Eberhard & Co. pour ses Contodat, ses Tazio Nuvolari, ses Chrono 4, ses Extra-fort… Pour ses chronographes mécaniques, son ancrage dans l'histoire de l'automobile et son lien avec les Frecce Tricolori, la patrouille de l'Aéronautique militaire italienne. Beaucoup moins sans doute pour Gilda, sa collection féminine née à la fin des années 2000, et qui s'apprête pourtant à occuper une place de plus en plus visible au catalogue de la manufacture de la Chaux-de-Fonds. Baptisée Peacock, la dernière itération est une pièce qui assume sans complexe sa singularité décorative, tout en s'appuyant sur un savoir-faire technique.
Une féminité revendiquée, sans rupture avec l'ADN de la maison
La collection Gilda n'est pas une excursion opportuniste sur le terrain du féminin. Barbara Monti tient à le rappeler : « L'histoire de la Maison Eberhard & Co. est jalonnée, depuis ses débuts, de nombreuses collections féminines qui témoignent de recherche et d'originalité, et qui ont toujours coexisté avec notre axe principal dédié à l'horlogerie masculine. » La création de Gilda, à la fin des années 2000, marque néanmoins un tournant, celui de donner à cette voie une identité forte, structurée et reconnaissable. « Je ne la considère pas simplement comme une ligne de montres, mais comme une véritable ode à la complexité de la femme », précise la CEO. Pour une maison aussi affirmée dans son registre sportif et masculin, l’enjeu était de construire une proposition féminine sans céder aux clichés de la « montre pour dame », que l'industrie a longtemps considéré comme un bijou miniaturisé. Sur ce point, Barbara Monti est sans détour : « Nous sommes sortis de l'époque du "petit c'est beau" à tout prix. Aujourd'hui, la montre féminine n'est plus un bijou miniaturisé ni une version réduite d'un modèle masculin, mais un objet doté de sa propre identité de conception et d'une forte personnalité. »
L’ellipse comme signature
Dans Gilda, tout repose sur une géométrie : celle de l'ellipse. Boîtier, verre saphir bombé breveté, cadran, aiguilles… chaque composant épouse cette courbe douce qui constitue la signature visuelle de la collection. Un parti pris esthétique loin d'être anodin, pensé comme un manifeste. « Dans l'horlogerie féminine, on oscille souvent entre la rigueur du cercle et l'aspect anguleux du rectangle ; nous avons choisi l'ellipse car elle représente le point de rencontre parfait entre l'ordre et l'émotion », explique Barbara Monti. Une géométrie fluide, qui suit le mouvement naturel du poignet et que la CEO décrit comme « un luxe invisible mais tactile ». Le format de la nouveauté Peacock reprend ces codes : 32,10 x 38 mm, pour 7,60 mm d'épaisseur, dans un boîtier en acier poli. La couronne, ornée du bouclier « E » en relief, l’emblème de la maison, ferme un boîtier dont le fond est gravé d’un motif floral avec le nom du modèle inscrit en rouge.
Huit heures de gravure laser pour un cadran-plumage
Sur ce nouveau modèle, c’est le cadran qui constitue l'événement. Inspiré des plumes du paon et de leurs « yeux » iridescents, il combine plusieurs techniques décoratives qui en font une pièce d'orfèvrerie miniature. Le travail de coloration démarre par une base bleue dégradée, déjà délicate à obtenir sur une surface elliptique, puis continue à travers une gravure laser nécessitant environ huit heures par cadran. « Consacrer près de huit heures de gravure laser à chaque pièce signifie viser une tridimensionnalité sans compromis », souligne Barbara Monti. Et de préciser que cette complexité impose, de facto, une production limitée. La véritable complexité technique se joue dans la stratification chromatique. Turquoise, bleu, argent et blanc sont appliqués séquentiellement pour créer cet effet de profondeur magnétique propre aux iridescences du plumage. Reste l'étape la plus délicate : le bombage final de la surface, qui doit garantir une lecture parfaite de la décoration sous tous les angles. Aiguilles type dauphine et chiffre arabe « 12 » en blanc complètent l'ensemble, sans rompre l'équilibre visuel.
Le quartz, un choix guidé par le design
Détail qui ne passera pas inaperçu auprès des puristes : la Gilda Peacock est animée par un mouvement à quartz. Un parti pris assumé, et même revendiqué par la manufacture. « Dans une maison où 98 % de la collection est mécanique, le quartz représente une exception ciblée et consciente », justifie Barbara Monti. « Pour Gilda, nous avons choisi cette option afin de privilégier la pureté des lignes : le quartz nous permet de conserver une finesse de boîtier difficile à obtenir avec un calibre mécanique. » Un argument cohérent avec la philosophie de la collection qui est de déplacer la sophistication technique vers l'architecture extérieure – le boîtier galbé, le verre saphir bombé, l'intégration du bracelet – plutôt que vers une mécanique qui imposerait un compromis sur la silhouette. Le bracelet justement, en alligator bleu lapis avec surpiqûres en lurex argentés, prolonge la palette du cadran et se ferme grâce à une boucle elliptique en acier ornée du Bouclier maison.
Gilda, pilier discret d'Eberhard & Co.
Reste la question stratégique de savoir quelle est la place réservée à Gilda dans une maison où les icônes masculines occupent encore le devant de la scène. La réponse de Barbara Monti est sans ambiguïté : « Gilda n'est pas seulement une ambition, c'est déjà aujourd'hui un pilier fondamental de notre Maison. Elle a su conquérir une identité suffisamment forte pour siéger naturellement aux côtés de nos icônes masculines, démontrant que le caractère d'Eberhard & Co. ne dépend pas du genre, mais de la force du design et de la qualité de fabrication. »
Une vision qui semble s’incarner pleinement dans cette nouvelle Peacock. Objet de séduction par son esthétique, exercice de virtuosité par son cadran, manifeste d'une féminité qui revendique sa pluralité. « Porter le cadran Peacock signifie revendiquer la richesse de ses nuances, en affichant au poignet un symbole de fierté et d’une élégance qui a le courage d’être profonde, énigmatique et jamais banale », conclut Barbara Monti.