Certaines créations demandent un temps de réflexion, un temps pour les apprivoiser. Pour en découvrir les subtilités. En comprendre le mouvement. En saisir la continuité historique. Ce n’est pas le cas de la 32 (« un nom de code interne que nous avons gardé », sourit Gautier Massonneau, cofondateur). Peu de créations - nouveau mouvement, nouvel habillage - ont cette capacité à s’imposer instantanément avec la force de l’évidence. Un nom court, claquant, un peu déroutant - comme toujours chez Trilobe - mais qui porte un produit qui, dès ses premières secondes, vise dans le mille avec une redoutable précision.
Une manufacture déjà opérationnelle
Pourtant, le virage négocié aurait pu être plus délicat. En toute discrétion, depuis trois ans, Trilobe travaillait à l’établissement d’un site de production français, à moins d’une heure de la place Vendôme. Car la maison française, qui dessine, conçoit, et assemble déjà toutes ses pièces à Paris, n’en maîtrisait pas jusqu’à présent le maillon central, celui de la fabrication de ses composants. Vieille antienne que celui de la « renaissance de l’horlogerie française », sur laquelle se sont abîmées la quasi-totalité des marques tricolores depuis 25 ans.
Trilobe n’a donc pas annoncé son projet de manufacture interne, mais l’a d’abord réalisé, puis l’a communiqué. Dans un bâtiment qui frôle les 1000 m², la marque a installé un parc de machines déjà fonctionnel (depuis un an). Elle y produit ses ponts, ses platines, un certain nombre de pièces décolletées, c’est-à-dire l’essentiel du mouvement. Une petite dizaine de collaborateurs a été recrutée. Ils complètent la vingtaine déjà présente à Opéra, au cœur de Paris.
Nombre premier
La 32 en est le premier fruit. Elle reprend l’affichage emblématique de la marque, en rotation, mais sans aiguille et décentré. Cette composition s’inscrit désormais dans un nouveau boîtier d’une élégance rare. Réalisé en acier, il est à bracelet intégré - le premier de Trilobe, doté de lames ressort d’un confort absolu. Les proportions sont justes, cohérentes. Le travail de chaque détail est pertinent : il ne s’agit pas d’imposer telle finition parce qu’elle est à la mode, mais parce qu’elle contribue à une esthétique générale d’un remarquable équilibre. En témoigne notamment la lunette cannelée, dont les motifs « en creux » sont sablés, mais les arêtes polies. Même constat pour son assise sur la boîte, rendue possible par une contre-lunette peu commune, fine mais visible, qui assure la continuité esthétique entre lunette et boîte. Le procédé se retrouve notamment sur la 222 de Vacheron Constantin mais, chez Trilobe, le composant épouse le profil de la boîte, et acquiert ainsi une personnalité différente.
Nouveau mouvement parisien
Côté fond, le mouvement 100% maison affirme une identité unique. On découvre en premier lieu la première masse rotative chez Trilobe, spécialisé jusque-là en micro-rotor. Le pont de balancier, généreusement anglé (un peu plus de 0,4 mm), est typique de l’horlogerie parisienne, dont Trilobe revendique la filiation. L’échappement trône libre, dans le vide, au sein d’une large scène horlogère finement grenée. Face à lui, un bloc. Carré, généreux, haut. Il abrite le reste - et donc l’essentiel - du mouvement : mise à l’heure, remontage, barillet, ainsi que les modules des heures, minutes et secondes - qui, en réalité, n’en sont plus, puisqu’ils sont intégrés au sein du mouvement.
La composition mécanique interpelle, comme Trilobe sait le faire. La rondeur isolée et suspendue de l’échappement, seul en son monde, se démarque du « bloc moteur », qui impose ses lignes tendues et réclame son volume, sans compromis. Il ne s’agit pourtant pas d’une confrontation. Au contraire, ces deux éléments travaillent ensemble, avec harmonie. À droite, la tradition horlogère parisienne avec son échappement. À gauche, la modernité architecturale et contemporaine présente depuis toujours dans l’ADN de Trilobe.
Au premier regard, l’œil résiste, les habitudes tentent de se retrouver. Mais en réalité, ce dialogue mécanique s’impose naturellement, car il est juste et pertinent. Il véhicule l’essence de Trilobe mais de manière active : il apporte « quelque chose en plus », il construit une nouvelle grammaire horlogère qui enrichit considérablement le lexique horloger de Trilobe. Une marque qui, en seulement sept années, a écrit avec patience et créativité une page inédite de l’horlogerie contemporaine. La 32 en est la preuve la plus éblouissante.