En horlogerie, plus la fréquence du balancier est élevée, plus la précision s’améliore. Toutefois, maintenir une oscillation à 10 Hz relève de l’exploit, en particulier au sein d’une cage de tourbillon de taille classique. C’est pourtant le défi qu’ont relevé les équipes de Breguet.
Cette prouesse s’inscrit dans la lignée des grandes inventions d’Abraham-Louis Breguet à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, parmi lesquelles le tourbillon, le pare-chute ou encore le spiral Breguet, des innovations fondatrices de l’horlogerie moderne.
Présentée en décembre, cette pièce marque à la fois l’aboutissement des célébrations du 250e anniversaire de la manufacture et l’ouverture d’un nouveau chapitre.
D’accord, voici ma tentative de rendre cette montre extrêmement complexe compréhensible. Commençons d’abord par ce qui est traditionnel dans cette montre. Comme dans tous les mouvements, l’énergie provenant des barillets de ressort moteur passe par le rouage jusqu’à la roue d’échappement qui interagit avec l’ancre. Jusqu’ici, tout va bien.
Mais sur l’Expérimentale 1, l’énergie est transmise directement de la roue d’échappement au balancier à l’aide d’aimants, normalement ennemis jurés des mouvements horlogers, qui fournissent les impulsions. Si vous avez déjà essayé de rapprocher les mêmes pôles de deux aimants, vous pouvez imaginer les forces en jeu ici.
Et comme les pièces mobiles fonctionnent grâce aux forces magnétiques sans se toucher mécaniquement, cet échappement magnétique surmonte le problème de l’inertie, la difficulté de mettre toutes les pièces en mouvement. Il serait tout simplement impossible de maintenir tous ces éléments en rotation à une telle vitesse avec un échappement suisse traditionnel : imaginez courir un marathon à la vitesse d’un 100 mètres en portant 50 kilos sur la tête.
Comme le transfert d’énergie vers le balancier se fait désormais sans contact, l’échappement transmet toujours exactement la même quantité d’énergie nécessaire au balancier tout au long du cycle énergétique de 72 heures de la réserve de marche. Cela s’appelle la force constante, l’objet du premier brevet déposé par Breguet en 1798. Il est à noter ici que la force constante, souvent recherchée à l’aide de différentes techniques, notamment la fusée-chaîne, est ici un sous-produit de la technologie magnétique utilisée.
La plupart de ces merveilles horlogères sont visibles sous le cadran en saphir, qui présente une disposition de type régulateur inversé avec les heures à 6 heures, les minutes centrales légèrement décentrées, et les secondes sur le tourbillon à 12 heures. Le tout bat à l’intérieur d’un boîtier en or Breguet de 43,5 millimètres issu de la collection Marine, reconnaissable à ses cannelures verticales sur la carrure.
Comme l’Expérimentale 1 est une manifestation de la quête de précision qui anime Breguet depuis 251 ans, la grande question est : cela fonctionne-t-il ? Oh oui, cette montre affiche un écart de seulement ±1 seconde, certifié par le Poinçon Breguet, une précision qui place l’Expérimentale 1 dans la catégorie « scientifique ».