Lorsque la Roger Dubuis Excalibur Grande Complication est arrivée le 1er avril de l’année dernière, ce n’était absolument pas une blague. Créée pour le 30ᵉ anniversaire de la marque éponyme, elle était un témoignage vivant de tout ce que Roger Dubuis (1938-2017) incarnait : une horlogerie expressive et révolutionnaire. Une Grande Complication en horlogerie est un terme parfois mal employé, car il n’existe pas de classification claire de ce qu’une montre doit offrir pour porter cette appellation suprême. Dans ce cas toutefois, le nom est indéniablement justifié : calendrier perpétuel, répétition minutes, tourbillon volant et double micro-rotor, le tout exprimé à travers un design unique pour la marque basée à Meyrin.
Et qu’avons nous devant nous ?
Commençons par l’affichage bi-rétrograde du jour de la semaine et du quantième. Le double rétrograde est une solution co-brevetée d’abord mise au point par Roger Dubuis avec Jean Marc Wiederrecht. Les deux amis ont développé ce système pour Harry Winston à la fin des années 1980, et tout comme il deviendrait une signature utilisée sur la première montre RD lancée en 1995, le bi-rétrograde est encore aujourd’hui une complication importante pour Agenhor, l’entreprise fondée par M. Wiederrecht et son épouse Catherine l’année suivante, en 1996. Les amis allaient ensuite montrer que les bi-rétrogrades peuvent être très éloignés les uns des autres en ce qui concerne le design final. Il suffit de comparer les arcs romantiques, doux et narratifs des Pont des Amoureux réalisés pour Van Cleef & Arpels par Agenhor, avec les arches industrielles, audacieuses, ajourées et aux courbes spectaculaires de Roger Dubuis.
Le calendrier perpétuel était un autre favori de Roger Dubuis. Ici, nous avons les mois et l’année bissextile sur deux disques ouverts à 12 heures. Les deux présentent un décor circulaire, l’un des centaines de minuscules détails qui peuvent permettre à tout passionné d’horlogerie d’errer visuellement à travers cette montre pendant des heures. Oui, il existe des QP plus précis sur le marché. Mais je crois sincèrement que l’on peut vivre avec le fait de devoir effectuer une correction par siècle.
Le calibre manufacture estampillé du Poinçon de Genève dispose d’une réserve de marche de 60 heures, et l’une des raisons de son extrême précision est bien sûr l’échappement à tourbillon volant placé entre 5 et 6 heures. La cage du tourbillon est polie miroir et, afin de répondre davantage aux critères actuels de légèreté et de non magnétisme, elle est entièrement réalisée en titane.
Je n’ai pas mesuré le volume du son, mais mon impression est que le boîtier de 45 millimètres en or rose fonctionne extrêmement bien comme résonateur acoustique pour la répétition minutes, actionnée par un coulisseau sur le flanc gauche du boîtier. Les notes de la répétition minutes sont également particulières, surtout si vous vous intéressez à l’histoire de la musique. Les trois tonalités, une tonalité grave pour les heures, une tonalité aiguë pour les minutes et deux tonalités pour les quarts, forment en réalité ce que l’on appelait l’accord du diable, ou le diabolus in musica. À l’époque médiévale, cet intervalle dissonant était strictement interdit dans les compositions religieuses, mais quelques centaines d’années plus tard, il est devenu l’un des fondements de la musique blues.
Ainsi, la Roger Dubuis Excalibur Grande Complication est tout sauf une blague, c’est un hommage aux plus hauts standards de l’horlogerie, à l’histoire de la musique et bien sûr à un homme qui a changé le cours de l’horlogerie genevoise il y a 31 ans.