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Patron de Girard-Perregaux et du groupe Sowind, cet Italien passionné d'art et de design ne se livre pourtant qu'avec pudeur.

Patron de Girard-Perregaux et du groupe Sowind, cet Italien passionné d'art et de design ne se livre pourtant qu'avec pudeur.

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«Je ne suis pas un produit marketing.»

Au-delà de son image d'horloger fou d'automobile,
Luigi Macaluso est avant tout un créatif, au sens noble du terme.

Patron de Girard-Perregaux depuis 1992, Luigi Macaluso a choisi Londres et son Design Museum pour dévoiler les nouveautés qui seront présentées ce printemps à Genève, lors du prochain SIHH. Un choix logique pour ce passionné de design, architecte de formation. Il suffit de le voir décrire son nouveau «Tourbillon Bi-axial», encore à l'état de prototype, pour s'en convaincre. Il parle technique, bien sûr, mais ce qui le séduit dans cette pièce, c'est son équilibre. Ses mains enveloppent un volume imaginaire, le détaillent. Il raconte du bout des doigts, bien plus qu'avec des mots, comment les formes se répondent, et comment cette harmonie le touche.

Il a le cheveu franchement rebelle, mais ce désordre grisonnant ne heurte pas sa sobre élégance. Luigi Macaluso est un homme discret, timide presque, qui ne se livre qu'avec pudeur. On sait bien sûr de lui pas mal de choses, pour les avoir lues ici et là, au gré des interviews qu'il accorde. Son amour de l'automobile, et le titre de champion d'Europe de rallye qu'il conquit en 1973 avec Raffaello Pinto, sont ainsi de notoriété publique. Tout comme son sens aigu de la famille et son entente avec ses deux fils, Massimo et Stefano, qui travaillent à ses côtés à La Chaux-de-Fonds. Le premier ayant repris en 1998 les rênes de JeanRichard, l'autre marque de son groupe Sowind.

Il faut pourtant insister pour qu'il se livre plus avant. «Je ne suis pas un produit marketing», lâche-t-il en guise d'excuse. Il raconte tout de même ses premiers jobs, à 18 ans, dans son Piémont natal. Les vitrines des horlogers qu'il décorait, ou les clients qu'il accompagnait sur un petit circuit pour tester des Opel, puis des Alfa Romeo. Horlogerie et automobile, dès le début, en somme, tout était dit. Luigi Macaluso a aussi ses jardins secrets. Il aime écrire, noircit depuis des années de gros cahiers où il consigne tout ce qui l'arrête. Il aime l'art, profondément. «Les gens pensent que la voiture est ma passion, mais ils se trompent. La voiture, comme l'horlogerie, font partie de moi. Ma passion, c'est l'art.» Il n'en dira pas plus, réservant ses coups de coeur à son entourage proche.

Les seize ans qu'il a passés à la tête de Girard-Perregaux n'ont pas suffi à gommer son accent italien. A bientôt soixante ans, binational, Luigi Macaluso revendique ses deux patries: l'Italie qui l'a vu naître, la Suisse qui l'a accueilli et dont les valeurs lui vont si bien: le respect de la sphère privée, l'ordre aussi. «Mais pas l'ordre passif, j'aime l'ordre dans le bon sens du terme, l'ordre créatif.»

Aux commandes de Girard-Perregaux, Luigi Macaluso crée donc. Aux effets d'annonce, il préfère les réalisations concrètes; il ne parle pas de ses projets lorsqu'il les imagine, mais seulement quand ils ont vu le jour. De la réserve, mais pas d'austérité. Il sourit volontiers, a l'oeil qui pétille, et cultive une forme d'humour discrète qu'on retrouve jusque dans ses produits. La «ww-tc», qui existait déjà pour les hommes d'affaires à qui elle donnait les heures d'ouverture des principaux marchés boursiers, s'est ainsi transformée en compagnon de shopping. Elle marque désormais l'heure des artères les plus prestigieuses du monde, de la Singapourienne Orchard Road au Faubourg Saint-Honoré, d'Ipanema à Rodeo Drive.

La marque crée, sans renier son histoire. «Nous devons être cohérents, nous ne sommes pas des opportunistes », lâche comme une évidence Luigi Macaluso. Pour lui, c'est clair, «on n'invente pas quelque chose à partir de zéro, il faut savoir réinterpréter le passé». Le nouveau «Tourbillon Bi-axial» s'inspire ainsi d'une montre de poche des années 1860, et la «Sea Hawk», dont une nouvelle version sera présentée au SIHH, existe déjà sur une publicité plutôt guerrière de 1944. Luigi Macaluso pense aussi à l'avenir de son groupe Sowind. «Etre une manufacture réelle nous pousse à réfléchir autrement. En achetant des mouvements à l'extérieur, le cycle de production est d'environ six mois, en faisant tout nous-mêmes, il s'allonge à 16 ou 18 mois. Cela nous oblige à être parfaitement organisés et à développer une vision à quinze ou vingt ans. On ne peut pas raisonner à moins, dans l'horlogerie. Même dix ans, c'est un peu court.»
Pourquoi alors cette possible entrée en bourse, que Luigi Macaluso n'écarte pas? Pourquoi se soumettre aux exigences de performances à court terme? Ce n'est pas tellement le besoin de financement qui intéresse le président de Sowind. Non, ce qui le motive est plus simple: «lorsqu'on a des devoirs à faire, on se doit d'être plus efficace». Les marchés financiers et leur cortège d'exigences représentent pour lui l'obligation de s'améliorer, et c'est cet aiguillon qui l'intéresse. Même si l'entrée en bourse n'est pas encore à l'ordre du jour.

 

Tribune des Arts - No359- Mars 2008

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