Un petit vent glacial commence à souffler sur le monde des approvisionnements horlogers.
WORLDTEMPUS - 6 juillet 2011
Michel Jeannot
Le sujet ne fait plus rire personne. Encore moins ceux qui savent qu'ils se trouveront fort dépourvus lorsque l'hiver sera venu… Car un petit vent glacial commence à souffler sur le monde des approvisionnements horlogers.
Le premier véritable coup de froid est venu de la décision de la Comco d'autoriser le Swatch Group à réduire ses livraisons dès l'an prochain. Une réduction qui peut varier, selon les composants et le type de clients, de -5 à -30% en regard du niveau de commandes de 2010. Cette première décision de la Comco – qui s'apparente à des mesures provisionnelles - a d'autant plus surpris qu'une procédure de consultation est actuellement en cours auprès des clients de Swatch Group.
Les dés sont (presque) jetés
Cette première brèche dans l'obligation faite à Swatch Group de livrer normalement ses clients est riche d'enseignements. Elle indique en premier lieu que la Comco a déjà une idée assez précise de la suite des événements, ne reste à discuter que les modalités du désengagement. Ceux qui souriaient des déclarations de feu Nicolas G. Hayek en décembre 2009 en sont aujourd'hui pour leur frais. Les menaces ne sont plus hypothétiques; la fin du «supermarché horloger» est en vue. Cela étant, la volonté du premier groupe horloger mondial a évolué au fil du temps: alors qu'il était d'abord question de ne plus livrer aucun client tiers, la volonté affichée aujourd'hui est de pouvoir choisir librement ses partenaires commerciaux.
Malgré cela, les sourires demeurent crispés. Car même ceux à qui le géant biennois a donné des signes encourageants quant à la poursuite de leurs relations commerciales verraient d'un bon œil d'avoir quelques garanties écrites… Quant à ceux qui sont clairement dans le viseur de Swatch Group, l'avenir s'annonce très inconfortable.
Quant à la question de savoir si les commandes pour 2012 déjà confirmées par Swatch Group se verront également amputer, la Comco ne semble pas décidée à répondre. Encore un peu de grain à moudre pour les avocats!
Marge (de manœuvre) réduite
Quelque soit le verdict, la marge de manœuvre se réduit considérablement pour les marques comme pour les producteurs de mouvements mécaniques. Pour les premières, cette marge passe par l'accroissement de leurs propres capacités de production – pour les rares sociétés qui produisent déjà en partie à l'interne – ou par la recherche d'autres sources d'approvisionnement. Avec une double difficulté à la clé: ces autres sources sont (en Suisse) sous pression et incapables de livrer davantage, ou à des prix largement supérieurs, ce qui obligerait les marques à diminuer leurs marges ou à augmenter leurs prix, ce qui semble difficile en parallèle à l'augmentation «naturelle» nécessaire pour compenser la force du franc. Dernière option: la montée en gamme, ce qui ne serait sans doute pour déplaire aux marques moyen de gamme de Swatch Group. Pour les producteurs et/ou «transformeurs» de mouvements, la marge de manœuvre est encore plus réduite, tant la dépendance à ETA et/ou à Nivarox demeure. Pour ce qui est des assortiments, sachant que l'offre des autres producteurs de spiraux n'est pas compétitive pour le plus grand nombre, l'option de s'approvisionner à l'étranger devra nécessairement être étudiée. Et on voit mal aujourd'hui comment certains producteurs de mouvements pourraient l'éviter.
Et s'ils avaient suivi Rolex?
Enfin, à ceux qui hurlent contre l'attitude et la position monopolistique de Swatch Group, on rappellera que le bras industriel biennois d'une grande marque phare de l'horlogerie suisse avait réuni en son temps à Yverdon-les-Bains tous les principaux acteurs de la branche pour les inciter à l'accompagner dans un programme visant à créer une alternative à Swatch Group en termes d'organe réglant. Par peur de froisser Nicolas G. Hayek, personne n'avait suivi Rolex. Quelque 20 ans plus tard, les mêmes craignent plus que jamais Swatch Group. Décidément, la peur est bien mauvaise conseillère./BIPH
Michel Jeannot
Chronique
L'actualité est aux rachats en cascade d'entreprises horlogères. Mais les véritables enjeux pour la branche sont certainement ailleurs. Avec la bénédiction de la Comco, le Swatch Group resserre l'étau de ses approvisionnements.Le sujet ne fait plus rire personne. Encore moins ceux qui savent qu'ils se trouveront fort dépourvus lorsque l'hiver sera venu… Car un petit vent glacial commence à souffler sur le monde des approvisionnements horlogers.
Le premier véritable coup de froid est venu de la décision de la Comco d'autoriser le Swatch Group à réduire ses livraisons dès l'an prochain. Une réduction qui peut varier, selon les composants et le type de clients, de -5 à -30% en regard du niveau de commandes de 2010. Cette première décision de la Comco – qui s'apparente à des mesures provisionnelles - a d'autant plus surpris qu'une procédure de consultation est actuellement en cours auprès des clients de Swatch Group.
Les dés sont (presque) jetés
Cette première brèche dans l'obligation faite à Swatch Group de livrer normalement ses clients est riche d'enseignements. Elle indique en premier lieu que la Comco a déjà une idée assez précise de la suite des événements, ne reste à discuter que les modalités du désengagement. Ceux qui souriaient des déclarations de feu Nicolas G. Hayek en décembre 2009 en sont aujourd'hui pour leur frais. Les menaces ne sont plus hypothétiques; la fin du «supermarché horloger» est en vue. Cela étant, la volonté du premier groupe horloger mondial a évolué au fil du temps: alors qu'il était d'abord question de ne plus livrer aucun client tiers, la volonté affichée aujourd'hui est de pouvoir choisir librement ses partenaires commerciaux.

Malgré cela, les sourires demeurent crispés. Car même ceux à qui le géant biennois a donné des signes encourageants quant à la poursuite de leurs relations commerciales verraient d'un bon œil d'avoir quelques garanties écrites… Quant à ceux qui sont clairement dans le viseur de Swatch Group, l'avenir s'annonce très inconfortable.
Quant à la question de savoir si les commandes pour 2012 déjà confirmées par Swatch Group se verront également amputer, la Comco ne semble pas décidée à répondre. Encore un peu de grain à moudre pour les avocats!
Marge (de manœuvre) réduite
Quelque soit le verdict, la marge de manœuvre se réduit considérablement pour les marques comme pour les producteurs de mouvements mécaniques. Pour les premières, cette marge passe par l'accroissement de leurs propres capacités de production – pour les rares sociétés qui produisent déjà en partie à l'interne – ou par la recherche d'autres sources d'approvisionnement. Avec une double difficulté à la clé: ces autres sources sont (en Suisse) sous pression et incapables de livrer davantage, ou à des prix largement supérieurs, ce qui obligerait les marques à diminuer leurs marges ou à augmenter leurs prix, ce qui semble difficile en parallèle à l'augmentation «naturelle» nécessaire pour compenser la force du franc. Dernière option: la montée en gamme, ce qui ne serait sans doute pour déplaire aux marques moyen de gamme de Swatch Group. Pour les producteurs et/ou «transformeurs» de mouvements, la marge de manœuvre est encore plus réduite, tant la dépendance à ETA et/ou à Nivarox demeure. Pour ce qui est des assortiments, sachant que l'offre des autres producteurs de spiraux n'est pas compétitive pour le plus grand nombre, l'option de s'approvisionner à l'étranger devra nécessairement être étudiée. Et on voit mal aujourd'hui comment certains producteurs de mouvements pourraient l'éviter.
Et s'ils avaient suivi Rolex?
Enfin, à ceux qui hurlent contre l'attitude et la position monopolistique de Swatch Group, on rappellera que le bras industriel biennois d'une grande marque phare de l'horlogerie suisse avait réuni en son temps à Yverdon-les-Bains tous les principaux acteurs de la branche pour les inciter à l'accompagner dans un programme visant à créer une alternative à Swatch Group en termes d'organe réglant. Par peur de froisser Nicolas G. Hayek, personne n'avait suivi Rolex. Quelque 20 ans plus tard, les mêmes craignent plus que jamais Swatch Group. Décidément, la peur est bien mauvaise conseillère./BIPH