Briser les chaînes de l'horlogerie

3 minutes read
#wtbasel/ Il a réuni le monde des jeux vidéo avec celui de l'horlogerie de luxe. Manuel Emch, CEO de Romain Jerome, incarne l'esprit décalé d'une nouvelle génération d'horlogers.
Des étudiants de l'Académie du journalisme et des médias de Neuchâtel ont traqué les tendances du salon mondial de l'horlogerie et de la bijouterie 2012. Bilan publie leurs reportages.
Bilan - 14 mars 2012


Andrea Florez & Raphaël Girardin



«L'horlogerie c'est avant tout des émotions. C'est pourquoi j'y ai intégré les symboles de ma génération», affirme Manuel Emch. Ainsi, les modèles de ses montres ont pour thème Space Invaders, Pacman ou DeLorean. Ou bien intègrent des légendes contemporaines dans leur fabrication, comme des matériaux du Titanic ou de la fusée Apollo. «Cette année nous commémorons le 100ème anniversaire du naufrage du Titanic. C'est pourquoi nous avons décliné 2012 montres pour chaque modèle de la gamme Titanic».

A la tête de la marque Jaquet Droz pendant près de dix ans, le natif de Granges a notamment contribué au relancement de cette dernière. «Au départ nous n'étions que deux. Une décennie plus tard, c'est plus de quatre-vingt personnes qui travaillaient pour la marque.» Il la quitte en 2010, pour rejoindre la jeune entreprise Romain Jerome. «J'avais besoin de nouveaux défis. Je voulais créer de nouvelles choses. Chez Jaquet Droz, j'ai vécu de très belles années, mais j'avais l'impression d'avoir fait le tour.»
 

RJ-Romain Jerome_332380_0



Ce désir de renouveau se retrouve projeté dans ses montres. «Je désirais faire quelque chose de nouveau. L'horlogerie classique reste un monde très fermé, moi je voulais m'amuser, créer et briser ces chaînes». Un besoin d'innovation parfois mal perçu dans un milieu attaché aux traditions. «Les gens de ma génération trouvent ça génial alors que la vieille garde n'y comprend pas grand-chose. C'est toujours le même principe: ce qu'on ne connaît pas nous fait peur, et la peur entraîne les critiques.»

Pourtant, celui qui fut l'un des plus jeunes CEO de son époque a depuis longtemps appris à encaisser les critiques. «Elles sont comme un coup de fouet: elles font mal, mais elles me font avancer. Dans une démarche artistique, on ne peut pas plaire à tout le monde au risque de devenir trop lisse. Je ne cherche pas forcément à aller plus loin, mais je veux aller ailleurs et c'est ce qui est stimulant».

Diplômé de HEC, Manuel Emch gère sa marque d'horlogerie de A à Z : de la conception jusqu'à la vente. «Je peux être un vrai dictateur parfois. J'ai une vision très précise de ce que je veux faire et personne ne peut me faire dévier de mon cap.» Pourtant, le chemin qu'il a choisi d'emprunter n'a pas été sans embûches. «On commence tout juste à sortir la tête de l'eau. Au départ, quand je suis allé démarcher les responsables de Space Invaders pour leur proposer un partenariat pour des montres à 15'000 CHF, ils m'ont pris pour un fou. Peu de gens croyaient en ce que je faisais, mais au final nous y sommes parvenus.»



Des bracelets tatoués

En deux ans, Manuel Emch a entièrement renouvelé la collection Romain Jerome, tout en essayant de sortir des sentiers battus. D'où sa collaboration avec le tatoueur londonien Mo Coppoletta pour des bracelets de la marque. «Cet art s'est institutionnalisé avec le temps. Aujourd'hui, on retrouve le tatouage dans toutes les couches sociales. Mon rêve serait de pouvoir incorporer à l'horlogerie des artistes comme les tatoueurs ou les tagueurs.»

Si l'aventure avec Romain Jerome devrait encore durer plusieurs années, le Soleurois ne s'y voit pas non plus finir ses jours. «A seize ans, je me suis fixé des objectifs pour chaque période de ma vie jusqu'à mes quarante ans. Aujourd'hui, je les ai tous atteints. Je suis un entrepreneur qui aime construire et fonder des sociétés. Ce que je désire par-dessus tout, c'est de pouvoir continuer à créer des choses nouvelles, peu importe que ce soit dans l'industrie horlogère ou ailleurs.»

 

RJ-Romain Jerome_332380_1