Worldtempus - 13 août 2012
Serge Panczuk
Le choix d'une montre est un exercice difficile qui doit permettre de trouver le juste équilibre entre une valeur réelle (financière) avec une valeur perçue (l'image, le plaisir, le goût). L'objectif de cette rubrique est de vous faire partager mes points de vue sur certaines pièces qui ont retenu mon attention. J'essaierai de rester le plus subjectif possible, avec comme intention première d'attiser votre curiosité.
Et pourquoi pas ? … La Moser Perpetual 1
Lorsque j'étais petit, j'aimais aller visiter les Chutes du Rhin. Un endroit magnifique, où naît un des plus majestueux fleuves du monde. J'ignorais à cette époque que je me trouvais à proximité de Schaffhouse, un des berceaux de l'horlogerie suisse. Et loin de moi de penser que lorsque nous traversions le petit village de Neuhausen Am Rheinfall, je passais devant un des fleurons de cette industrie, la société H. Moser & Cie.
Pourquoi H. MOSER?
La haute horlogerie est un monde hétérogène. La définition même de cette excellence horlogère prête à de nombreuses interprétations et digressions. Manufacture, innovation, tradition, poinçon, héritage, continuité, sont autant de concepts forts qui permettent d'autoriser – ou non - une marque d'horlogerie à se parer de ce qualificatif simple et pourtant exclusif de « haute ».
H. Moser joue dans cette catégorie. La marque tire son nom d'une dynastie d'horlogers et d'industriels dont l'histoire débute il y a plus de 180 ans et qui a amené ces entrepreneurs à évoluer entre la Suisse et la Russie tsariste. Elle affiche des partis pris techniques et stylistiques qui « marquent » leurs créations, offre une collection restreinte mais cohérente, réalise des mouvements qui sont de pures merveilles, et reste un des plus beaux secrets de l'horlogerie suisse.
La Moser Perpetual 1 …. La complication rendue simple
Autant le dire tout de suite, nous sommes en présence ici d'un garde-temps exceptionnel, au design classique et intemporel. La version présentée aujourd'hui est en or rose, avec un cadran argenté.

Les calendriers perpétuels (ou quantièmes perpétuels) sont une de mes complications préférées, parce qu'utiles autant que beaux. Cependant, la difficulté principale est de rendre un « QP » lisible. Dans cet exercice, le trop est souvent l'ennemi du bien, et certaines pièces deviennent illisibles parce que voulant afficher trop d'informations.
La Moser Perpetual 1 a magistralement évité ce piège.
D'ailleurs, elle l'a si bien contourné que, lorsque vous prenez pour la première fois cette H. Moser en main, vous n'avez pas l'impression de tenir un bijou technologique. La première impression est celle de porter une « simple » montre avec grande date et petite seconde décentrée.
Mais en y regardant de plus près, on distingue une minuscule aiguille, pointant les indicateurs horaires. Est-ce un second fuseau ? Non, et c'est une des surprises de cette Perpetual 1. Il s'agit d'un indicateur de mois, qui utilise les 12 indicateurs horaires comme référence. En résumé, le 6 indique aussi bien 6 heures, que le mois de Juin… Tellement simple …
La Moser Perpetual 1 cache une autre surprise, mais qui requiert patience pour l'observer. Cette complication s'appelle le « flash calendar », et elle mérite une explication. Lorsque que vous passez du 30 Avril au 1er Mai, la plupart des QP vont afficher brièvement une date invalide (dans ce cas précis le 31 Avril) avant de basculer vers le 1er. H. Moser a développé une complication unique qui permet de passer directement et automatiquement du 30 au 1, sans affichage intermédiaire. Cela pourrait paraître futile, mais c'est à ce genre de détail que l'on reconnaît les grands horlogers ! Futile , mais magique ….
Un système breveté permet de changer la date en avant et en arrière sans risque d'endommager le mouvement. Encore un choix technique qui renforce la simplicité d'usage extrême de cette pièce.
Enfin, un discret indicateur de réserve de marche (7 jours) est disposé à 9 heures.
En retournant la montre, on peut admirer le calibre HMC 341 501 au travers d'un fond saphir. Il s'agit d'un mouvement à remontage manuel dont la réalisation ne permet aucun doute : nous sommes en présence d'un calibre de très haute horlogerie. Je ne décrirai pas ici tous les détails subtils qui font le charme de cette pièce. Un m'a cependant marqué : il s'agit de l'étoile d'année bissextile qui permet le réglage du calendrier. A voir absolument ...

Qu'en pense l'avocat du diable ?
Confronté à cette Moser Perpetual, notre avocat du diable a bien du mal. Mais en y réfléchissant à deux fois, on trouve bien quelques petits aspects qui pourraient faire l'objet d'améliorations. Le plus important reste la lisibilité. La force de ce QP est sa simplicité. Et c'est peut être cet aspect qui pourrait être légèrement revu. Elle est trop simple … La petite aiguille des mois mériterait de mieux se détacher, en adoptant une taille un peu plus grande, ou une couleur particulière (à l'instar du rouge comme sur la Meridian).
Et une autre petite amélioration souhaitable serait d'avoir des aiguilles permettant de lire l'heure la nuit. Ceci reste un détail. Mais une complication perpétuelle ne devrait-elle pas aussi s'autoriser une lecture de nuit. D'autant que la magie du passage de date s'exerce à Minuit …
Quelle image véhiculera le porteur de cette Moser Perpetual 1 ?
Cette pièce a un design ultra classique. Rien de sportif ou d'ostentatoire. Mais le porteur de cette Perpetual 1 sait qu'il est entré par la grande porte dans le – petit – monde de la haute horlogerie. Même le boitier en or rose de 41 mm reste discret. Pour se distinguer un peu plus - et montrer aux autres amateurs qu'il connaît ses classiques – il pourra opter pour une finition en palladium avec cadran fumé. Moser a en effet su donner une intensité particulière à ces cadrans, en travaillant particulièrement le contraste entre le centre et les bords. Cette profondeur est – à mon sens - spécifique à la marque. Mais cette version est encore plus exclusive.
Finalement, celui qui aime cette Moser est un esthète discret, qui se surprendra à attendre avec impatience la fin du mois de février pour profiter pleinement de cette magnifique complication !
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