Le garde-temps dont nous allons parler aujourd'hui tient son nom de Georges Graham (1673-1751) – un autre célèbre horloger britannique. L'homme est proche de Thomas Tompion dont il épouse une des nièces, et sera à l'origine de plusieurs inventions, dont notamment l'échappement « de Graham » (échappement à ancre sans recul pour pendules). Ses travaux lui permettront aussi de contribuer aux progrès de l'astronomie. Mais Georges Graham sera aussi un investisseur éclairé puisqu'il aidera financièrement un autre horloger anglais, John Harrison (1693-1776), qui, après de nombreuses années de recherche, remportera finalement le prix lié au Longitude Act.
Histoire, innovation, origine militaire, sens de l'humour anglais et « particularisme » britannique sont autant d'éléments que nous allons retrouver dans les créations de la marque Graham, dont ce surprenant modèle
Chronofighter Oversized GMT Green.

Pourquoi Graham ?
La marque Graham est née en 1995. L'idée originelle était donc de rendre hommage à l'histoire horlogère anglaise en concevant des modèles à l'architecture et au design originaux, emprunts d'éléments culturels britanniques. Si elle s'inscrit dans la continuité de l'héritage des grands horlogers d'outre-manche, la marque est implantée à La Chaux-de-Fonds. L'objectif de ses créateurs est de clairement se démarquer des pièces classiques, pour proposer une interprétation de l'horlogerie volontairement provoquante, comme savent si bien le faire parfois nos amis anglais.
La marque est désormais installée et propose une collection au design facilement identifiable, qui ne laisse pas indifférent. Ces choix stylistiques extrêmes se retrouvent dans ses actions de sponsoring. Graham soutient notamment la course motocycliste Tourist Trophy qui a lieu tous les ans sur l'Ile de Man, et qui est réputée pour être la plus dangereuse au monde. Le circuit de 60 km parcourt l'Ile et traverse villages et hameaux … En 100 ans, plus de 220 pilotes sont décédés lors de cette compétition, ou durant les essais.
C'est justement d'une des pièces les plus emblématique de cette – encore - jeune marque dont nous allons parler à présent.
La Graham Chronofighter Oversized GMT Green: la Cyrano de Bergerac anglaise !
« C'est un roc ! ... c'est un pic... c'est un cap !
Que dis-je, c'est un cap ? ... c'est une péninsule ! »
Cette tirade est une des plus connues de la littérature. Elle fait référence au nez de Cyrano de Bergerac. Mais elle pourrait aisément s'appliquer à cette Chronofighter.
Lorsqu'on voit pour la première fois une Graham, on ne peut s'empêcher de remarquer le dispositif « poussoir/couronne » situé sur la gauche de la boîte. La Chronofighter est un chronographe GMT, animé par un magnifique calibre La Joux Perret modifié par Graham. Il s'agit d'un modèle deux compteurs, également équipé d'une grande date à 12 heures. Et comme je l'ai mentionné précédemment, elle reflète parfaitement la culture britannique.

Il y a d'abord la ténacité et l'humour. Il faut effectivement avoir une bonne dose de courage pour oser équiper une montre d'un tel dispositif. Soyons clair. On aime ou on déteste. Personnellement, j'apprécie la prise de risque et le côté « non politiquement correct » de ce choix esthétique autant que technique. Il m'est d'ailleurs assez difficile de le décrire, mais il s'agit de la combinaison entre un levier de déclenchement / arrêt du chronographe, combiné avec la couronne de réglage. Ce système est original à plus d'un titre.
Son avantage premier est d'être activable aisément avec le pouce. Cette fonctionnalité justifie sa taille.
Le second est d'être placé à gauche, ce qui permet de le dissimuler sous le poignet de la chemise, rendant ainsi la Chronofighter plus discrète. Enfin, le trait d'humour vient des forums horlogers d'outre-Atlantique, qui ont surnommé ce dispositif la « machine à café », ce qui – vous le reconnaîtrez - est un comble pour une montre qui célèbre les valeurs anglaises !
Le côté gauche de la montre abrite également un second bouton poussoir, situé au dessus du levier d'activation et qui permet la remise à zéro.

Mais l'anglicisme ne s'arrête pas là. Le modèle que j'ai choisi de vous présenter est la version « GMT Green » de cette ligne de chronographes. Les deux compteurs du chrono, ainsi que la moitié de la lunette arborent une couleur typique des îles britanniques : le British Racing Green. Ce vert particulier était la couleur officielle des voitures de courses anglaises jusqu'en 1960. L'histoire retient que cette couleur fut utilisée pour la première fois en 1902 par un coureur britannique soucieux de lutter contre le mauvais sort qui lui avait attribué le numéro 13.
La lunette de ce modèle GMT est graduée de 2 à 24, la moitié supérieure (6/18) étant de couleur noire, et l'inférieure verte.
Notre Chronofighter offre donc une complication GMT, qui se caractérise par cette lunette et par une aiguille GMT surdimensionnée et terminée par un triangle blanc bordé de rouge particulièrement visible. On ne peut d'ailleurs pas oublier sa vocation GMT, puisque cette indication est reprise en imposantes lettres rouges sur le cadran.
Comme évoqué précédemment, la Chronofighter est équipée d'un calibre Graham G1733, décliné à partir d'un modèle La Joux Perret. Il est à la fois beau et très bien fini, et contribue fortement à l'impression de qualité qui ressort de ce modèle.
La pièce est montée sur un bracelet en cuir, parfaitement adapté aux contours de la boîte.
Avec elle, nous sommes en présence d'une montre qui n'a pas peur de se distinguer, qui affiche de belles dimensions (47mm), et qui ne manque pas d'attirer l'œil. Au-delà de son look sans concession, elle est aussi riche techniquement, et la combinaison grande date, fonction GMT et chrono deux compteurs la rend vraiment intéressante.
Qu'en pense l'avocat du Diable ?
Graham surprend, choque, interroge. Encore une fois, c'est là que réside une grande partie de son charme. Et c'est ce que pourrait reprocher l'avocat du Diable. Mais une fois passée la surprise, il s'avère que la pièce est agréable à porter, malgré ses dimensions. Cependant, plusieurs petits éléments pourraient être améliorés.
Le British Racing Green est superbe, mais reste trop « discret » sur la lunette. Il se confond trop avec le noir. Il aurait mérité une déclinaison un peu plus marquée.
Le traitement du levier et du bouton poussoir de reset en noir me semble un peu de trop. J'aurai préféré une version acier, à l'instar de certains modèles Fortress de la même marque. De plus, la forme du levier l'expose tout de même à un risque de frottement, et je doute de la capacité du revêtement à résister très longtemps à ce type de traitement.
Enfin, l'inscription GMT est peut être un peu trop grande. Sa couleur rouge apporte un charme supplémentaire, mais elle gagnerait à être plus discrète.
Quelle image véhiculera le porteur de cette Graham ?
« Qui ose, gagne ! » cette devise des forces spéciales anglaises s'applique au porteur de la Chronofighter. On ne choisit pas une Graham par hasard. Et celui qui aimera cette pièce devra la défendre !
Tout d'abord, ce chrono Graham n'est probablement pas le choix de celui qui ne voudra posséder qu'une montre. Par contre, si vous appréciez les montres qui sortent de l'ordinaire et que vous aimez attirer les regards, cette pièce est parfaite. La combinaison des couleurs et de sa forme si particulière en font une montre casual par excellence.
Pour profiter au mieux de cette Chronofighter, il vous faudrait d'abord un joli coupé Morgan Roadster de couleur british green. Côté look, des chaussettes de couleur, une paire de mocassins Edward Green et un polo avec l'Union Jack (prenez-le avec manches courtes, le levier de la Graham n'épargnant pas les chemises manches longues !). Après quoi, partez les cheveux au vent, au son d'un air des Beatles.
Et allez visiter l'Ile de Man !