Si votre ramage se rapporte à votre habillage

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Si votre ramage se rapporte à votre habillage - L’art et la matière
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Focus sur les matériaux de plus en plus extraordinaires qui habillent les montres de Baselworld 2013


Dans l’édito du GMT de Baselworld, nous nous avouions émerveillés par l’inventivité des maîtres du 12e Art au moment d’habiller leurs précieux mouvements de matières inédites, et de les parer de néologisme fusionnel tels que Cérachrome, Céragold, Hublonium, Zénithium et autre Zalium. Les portes de Las Basel Vegas se sont refermées, et le constat n’en est que plus éblouissant.

L’importance des matériaux utilisés autour du précieux mouvement horloger s’est vue décuplée ces dernières années, sans parler de ceux dans lesquels sont taillés les composants du calibre, que nous n’aborderons pas dans cette chronique. Cadrans et boîtiers, indépendamment de leurs formes, sont devenus de véritables signes distinctifs aux atouts stratégiques. Leur réussite dépend du degré d’innovation et de leur adéquation avec l’ADN de la marque. Il faut que la greffe prenne! Deux tendances s’observent, elles-mêmes réparties en deux catégories. Quand les matériaux proviennent d’innovations pures, ou quand ils existent déjà dans d’autres domaines et sont utilisés de manière inédite en horlogerie.


Créations génétiques

L’innovation en question peut découler et renforcer l’ADN de la marque, lorsqu’elle est intrinsèquement liée à son patrimoine génétique, ou rester périphérique tout en étant légitime.
Dans le premier cas, les émaux de DeLaneau et le nouvel alliage de HYT s’avèrent ainsi indissociables de leur image de marque. Avec une production concentrée sur les pièces uniques émaillées, DeLaneau accentue son positionnement exclusif de spécialiste des émaux avec la création de teintes pantone et l’intégration de diamants navettes (collection Translucide). Concentré ultramoderne de technicité et pionnier de l’hydromécanique, HYT bétonne son statut de sérial innovateur avec la version Azo Project de sa H1: la résine Polyépoxide translucide de son boîtier se veut quatre fois plus légère que le titane et trois fois plus résistante à l’abrasion.

 



Dans le deuxième cas, avec le saphir métallisé dorénavant utilisé au dos de sa Golden Bridge, Corum résout le problème de pilosité apparente sous le fameux pont à mouvement baguette qui rebutait certains porteurs, tout en gardant la transparence lorsque la montre n’est plus au contact du poignet. La mine d’or que possède Zenith avec son mouvement El Primero lui confère de facto une image de manufacture. L’animer est devenu un jeu d’enfant depuis que son ambassadeur Félix Baumgartner a franchi le mur du son, mais il ne faut jamais s’endormir sur ses lauriers. La Stratos Flyback Rainbow en hommage au saut stratosphérique historique possède ainsi un boîtier conçu dans un alliage de titane et d’aluminium exclusif à Zenith, le TiAlum.

 



Transplantations

Avec intelligence, les plus grands noms de la mode mettent leur expertise au service de leur division horlogère, alors que d’autres font évoluer le métier de tailleur de pierres.

Ainsi, Chanel consacre à sa collection Mademoiselle Privé une pièce unique dont le cadran brodé lui confère un aspect et une finesse tout à fait exceptionnels. Chez Hermès, les artisans ont pioché dans le savoir-faire de la maison pour envelopper une montre de poche en palladium de veau Barénia. Constitué d’un boucleteau et d’un sanglon de trois épaisseurs et d’une incroyable technicité, chaque bracelet nécessite dix jours de travail à la main, sans compter les étapes de trempage et de séchage.

Du côté d’Harry Winston, l’architecture prend le visage de l’ardoise sur le cadran de la nouvelle collection Midnight Monochome. Plus habitués à tailler les diamants, ses artisans sont parvenus à développer une nouvelle technique dont le rendu visuel s’avère unique, et donc immédiatement identifiable à Harry Winston. Sans être le premier horloger à utiliser des fragments de météorite dans ses montres, Louis Moinet reste le seul à en revendiquer une d’origine martienne pour sa collection Astralis. Après sa collection dédiée à Jules Verne dont la marque détient les droits, et son récent coming out en tant qu’inventeur du chronographe, Louis Moinet prépare sa mise en orbite.

Et les visiteurs de Baselworld de s’extasier :  « Que vous êtes jolis, que vous me semblez beau !». Mais qui est donc le Phénix des hôtes de ces bois ?

 


Brice Lechevalier est rédacteur en chef de GMT