Oui, le rose. Une teinte qu'on apparente trop aux souvenirs des cardigans sixties de nos mamies, aux poupées Barbie de notre enfance ou à la layette de nos bébés pour l'établir comme un coloris favoris. En le portant, on est au choix : bimbo ou (je ne sais pas ce qui vaut mieux!) tarte à la crème. Mais pas vraiment la fille dotée de l'image de sérieux qu'on souhaite véhiculer, celle d'une business woman jonglant avec dextérité de responsabilités sous contrôle (familiales, professionnelles, etc, le tout dans une même journée).
C'est pourquoi on se plaît tant à porter des montres automatiques et à rouler en grosses cylindrées, comme nos hommes, pour bien montrer qu'on est pro jusque dans l'esthétique. Ce qui, quelque part, nous rassure sur notre image et sur ce que les autres peuvent penser de nous (ah, si seulement on pouvait s'en moquer, de ce que les autres pensent de nous!). Mais c'est déjà pas si mal de pouvoir profiter de ce que nos mères ont mené pour nous la révolution sexuelle. Et, malgré les plafonds de verre, on se fraye notre carrière au milieu de montagnes de testostérone, selon des codes auxquels on s'habitue très bien. C'est la loi de la jungle et notre coefficient émotionnel est tout en éveil pour nous permettre de nous y adapter, avec l'apparence qu'il se doit pour la circonstance d'afficher.

Pourtant on le sait, comme à son habitude, la mode change (les magazines féminins ne cessent de nous submerger de nouveautés qui feront de nous les plus belles) et nous apporte parfois une brise légère de renouveau dans les classiques qu'on adore, mais qui commencent somme toute à dater d'ennui.
Et le rose de négocier ainsi son grand retour. Favorisé, il faut bien le dire, par les hommes eux-mêmes! D'abord ceux qui n'étaient pas attirés par les femmes. La couleur étant devenue la leur, elle leur permettait de se distinguer. Mais aussi à la faveur de nos amants et nos maris, qui se lassent parfois de se retrouver à manger le soir avec un clone d'eux-mêmes et seraient ravis de pouvoir partager un moment avec une femme qui en soit une. Y'a qu'à voir les joies que leur procurent nos robes fleuries de printemps aux gambettes dénudées pour comprendre le plaisir d'être féminine quand un homme vous regarde, les filles!

Le rose est donc devenu, sans qu'on se rende vraiment compte, à la fois synonyme de mecs branchés et soignés qui cultivent la couleur comme étendard de leur part de féminité affirmée sans rien perdre de leur virilité (observer les rugby men aux couleurs Eden Park suffit à s'en convaincre), mais aussi la représentation d'un mouvement de solidarité planétaire sous la forme d'un petit nœud signifiant la lutte contre une terrible maladie exclusivement féminine. Le rose, après avoir été tant décrié, est maintenant tout à la fois : le symbole d'une féminité assumée et des valeurs qui l'accompagnent. Partage, tolérance, entraide, mais aussi élégance et distinction. Le style avec du cœur, la classe sans la frime. Au point d'avoir envie de le porter, toute l'année, et ce même au poignet! Pour devenir, nous aussi les filles, des Carrie Bradshaw dynamiques et attachantes, pas du tout ridicules et terriblement accomplies!

Le rose a reconquis sa gloire dans les collections. Au-delà de son coloris (qu'il soit tendrement poudré pour un effet nude ou furieusement fuchsia comme les cheveux tie & die de la chanteuse Pink), la montre rose est devenue alors beaucoup plus qu'un accessoire de mode, et s'est affranchie de son appartenance à Paris Hilton. Elle se porte sage, glamour ou carrément rock mais, le plus important et qu'il ne faut pas oublier, elle se porte comme un message: celui d'être une femme qui n'a tout simplement rien à prouver! Parce que professionnelle et belle, responsable et affectueuse, fiable et épanouie. Bébé-bercail, boulot-bataille, beauté-brushing, le tout est bienheureusement intégré, jusque dans l'instrument qui rythme notre temps! Et, définitivement, la couleur se retrouve au meilleur emplacement de notre vie pour savourer les moments précieux que l'on voit se colorer des aiguilles aux cadrans: en rose.
