Et pourquoi pas… La Bell & Ross Airborne II

Image
Et pourquoi pas… La Bell & Ross Airborne II - Bell&Ross
7 minutes read
Le point de vue du collectionneur sur une montre mortelle que l'avocat du Diable adore!
Il y a des objets qui précèdent les modes, qui annoncent des tendances, et qui parfois déchaînent l’ire des amateurs. A leur sortie, ils déclenchent souvent des sentiments contrastés voire carrément négatifs. Et puis, lentement, ils s’installent et deviennent des références.

Pendant longtemps, l’image de la mort a été bannie de la mode. Il y avait un mélange de superstition et de peur de choquer. Et pourtant, le recours à des symboliques rappelant le passage dans « un monde meilleur » ne date pas d’hier. Le garde-temps dont je vais vous parler est parfaitement en phase avec ces commentaires préliminaires.
Détesté, admiré, annonciateur d’une tendance, hommage au passé, il regroupe toutes ces dimensions, en affichant (une première pour une montre), une énorme tête de mort en guise de cadran.

Bell-Ross-5-br01_airborn_II
Au-delà de l’image du trépas, la tête de mort fait immédiatement penser à la piraterie, et aux célèbres étendards décorés d’un crâne et de tibias. Le premier à avoir utilisé ce signe s’appelait Emmanuel Lynne. Aux alentours de 1700, ce pirate français annonçait ainsi le sort funeste qui attendait ses adversaires. Si la tradition voulait que l’emblème de la piraterie se retrouve surtout sur des drapeaux noirs, certains comme Christopher Moody décidèrent d’utiliser le rouge, et d’y rajouter un sablier : le rouge voulait dire « pas de quartier », et le sablier « votre temps est venu ».

Certains y voyaient aussi une invitation à fuir rapidement, avant que la bataille ne fasse rage. Il est intéressant de noter que le temps était déjà associé au crâne…
C’est d’ailleurs ce drapeau rouge qui allait donner le nom anglais « Jolly Roger », qui désigne traditionnellement le drapeau des pirates. Le « Jolly Roger » viendrait en fait de « joli rouge », petit nom donné par les Français à ces drapeaux annonciateurs de bien des malheurs.
 
Au fil des années et des siècles, la tête de mort allait donc continuer sa route macabre, servant de compagnon aux hussards napoléoniens tout autant qu’aux pilotes de chasse de la Première Guerre Mondiale. Un des plus célèbres d’entres eux, Charles Nungesser avait d’ailleurs décoré son Nieuport de cette image, en y rajoutant … un cercueil.

Charles Nungesser
La montre dont je vais vous parler aujourd’hui a été pensée pour rendre hommage aux parachutistes américains de la Seconde Guerre Mondiale, et particulièrement à ceux de la 82ème Division Aéroportée, célèbre pour avoir sauté sur Sainte-Mère-Eglise en juin 1944. Une de leurs devises était « Death from Above » (la Mort venue d’en-haut).

Aujourd’hui, la tête de mort est partout.  Mais au-delà de son image macabre, elle est aussi un reflet de la pensée, un retour sur soi. Utilisée par les franc-maçons pour accompagner la réflexion de leurs futurs membres, elle reste liée au fameux « to be or not to be » d’Hamlet. Et représente le dialogue existentiel de l’homme et de son futur.

Pourquoi Bell & Ross ?

Bell & Ross est née en France en 1994. Dès son origine, ses deux créateurs ont su s’inspirer habilement de l’univers militaire. Les premières collections étaient résolument contemporaines, et l’association avec la marque allemande Sinn confirmait cet ancrage marketing. Rapidement, la jeune équipe ose et impose un style. Elle prend ses marques, et réussit là un coup de génie avec le lancement de la fameuse Instrument BR 01.

Cette montre carrée va projetter Bell & Ross dans une autre dimension. Avec la BR01, les équipes de Bell & Ross savent qu’elles ont franchi un pas, en réussissant là où beaucoup ont échoué : créer une montre qui devient une icône, reconnue, admirée, copiée et célébrée.

A partir de la BR01, Bell & Ross entame la conquête du monde horloger, et décline sa « star » en un grand nombre de versions. Plus les années avancent, plus Bell & Ross amplifie l’aura de son modèle phare, en exploitant au mieux le lien avec l’instrumentation de bord des avions. La dernière collection présentée en 2013 en est le plus bel exemple.

 
La Bell & Ross BR Airborne II : « qui ose vaincra »

Autant être honnête, l’Airborne II n’est pas une montre que l’on porte tous les jours !
Bien sûr, il s’agit avec tout d’une BR01, avec ses 46mm de côté, son look carré, et son large bracelet. La BR01 est une pièce versatile, et Bell & Ross la propose aussi dans des tailles plus appropriées à des poignets fins.
Mais hormis son boîtier, l’Airborne II se différencie de toutes les autres BR01 par son cadran unique.

Ici pas de chiffres, mais une tête de mort qui occupe toute la face du garde-temps. Il ne s’agit pas uniquement d’une décoration, mais bien d’un « total look skull ». En effet, la tête de mort est « enrichie » par les fameux tibias dont chaque extrémité laisse place à une vis qui maintient le cadran à la boîte.

Pour renforcer son côté décalé, le boîtier de l’Airborne II est réalisé en PVD acier gris foncé à la couleur proche de celle des carlingues des avions de chasse de la Seconde Guerre Mondiale. Pour information, l’Airborne I était quant à elle réalisée en PVD noir.
Pour aller au bout de leur idée, les designers de Bell & Ross ont équipés les deux modèles d’Airborne d’aiguilles en forme de sabres d’abordage !

En plein jour, cette Bell & Ross attirera donc l’attention. Mais attendez la nuit pour avoir une autre surprise.
Vous l’avez bien compris, l’Airborne II ne sert pas à donner l’heure. Donc aucun intérêt d’avoir des aiguilles luminescentes. Alors autant choisir une autre option plus amusante. C’est ce qu’ont fait les designers de la marque en réalisant l’ensemble du crâne en matière photoluminescente verte. La nuit tombée, le sourire avenant du Joli Rouge viendra donc bercer votre sommeil. On adore ou on déteste. Mais ce qui est sûr c’est que c’est amusant !

Bell-Ross-5-br01_airborn_II
Le reste de la pièce est plus « classique », ou du moins plus proche des caractéristiques des autres BR01. Le mouvement est un ETA 2892 automatique qui reste invisible. Ce « tracteur » convient parfaitement bien à une montre destinée à célébrer de solides gaillards.

Le bracelet large est typique des BR. Sa forme évasée et sa large boucle englobent parfaitement bien la boîte et assurent la cohérence de la pièce. Il est disponible soit en caoutchouc noir, soit en cuir marron « vintage » dont la finition rappelle celle des blousons de pilotes.

L’Airborne II est donc une montre au design sans concession. C’est un concept en soi, destiné à faire parler, crier ou pleurer. Elle est parfaitement adaptée à la devise d’une autre unité militaire célèbre - les Special Air Services -  et leur fameux  « Qui Ose Vaincra ».
Et Bell & Ross a osé…


Qu’en pense l’avocat du Diable ?

Il adore. « Bravo ! Génial !» s’écrie t-il ! Une montre qui parle de la mort, de la peur, de la guerre. Quoi de mieux?  Et en plus cette pièce a fait des émules, chez Richard Mille ou chez Romain Jérome.
Pour notre avocat, c’est donc « tout de bon ». Mais – quitte à prendre un risque et le fâcher - on peut tout de même trouver quelques points à améliorer sur l’Airborne II.

D’abord, il y a les vis surdimensionnées présentes sur la face du garde-temps qui ne sont pas « alignées ». Cela peut paraître un détail, mais compte tenu de leur taille, on remarque plus ce détail sur l’Airborne II que sur d’autres montres ayant la même caractéristique.

Ensuite, il y a la taille de la boîte. Pour ceux qui ont un petit poignet, une montre carrée de 46 mm tombe moins bien qu’une pièce ronde de la même taille. Et cette impression est renforcée par la finesse relative de la pièce.
Mais le reproche principal pourrait être le lien avec les troupes aéroportées qui n’est pas évident. J’aurais préféré une montre hommage à Nungesser, ou une pièce réellement « Pirate ».

Quelle image véhiculera le porteur de cette Bell & Ross ?
 
Ce qui est certain, c’est qu’il faut oser porter cette pièce. Elle n’est pas forcément idéale pour aller avec un costume sauf si vous êtes un requin de la finance qui veut afficher son ambition ! Si vous franchissez le pas et choisissez l’Airborne II, optez pour des dockers « camo », des boots Alden 405 (les fameuses Indy Boots) et une veste militaire que vous pourrez trouver dans un surplus.
Et pour agrémenter votre Airborne II, vous pourriez changer son bracelet, et vous rendre à l’Atelier Thibot (Paris) pour commander un sur mesure confectionné dans une cartouchière vintage de l’armée suisse ou de l’armée française.
Vous auriez ainsi une montre « total look » guerrier ….

Bell-Ross-Airborne-Death-from-Above

 

Marque