David Chokron

Louis Vuitton utilise le rouge pour le compte à rebours de cette Tambour Spin Time Régate. © Louis Vuitton
Les horlogers s'ingénient à créer des modèles toujours plus distinguants et utilisent volontiers la couleur pour créer la différence. L'année 2012 en est une preuve éclatante. Il est loin le temps où le noir et le gris régnaient en maîtres sur les cadrans. Où la teinte métal naturelle suffisait aux composants de mouvements. La couleur a pris une place nouvelle dans l'horlogerie. Chez les dames, il s'agissait d'une quasi-évidence et d'un raccourci. Plutôt que de créer des modèles pour femmes à part entière, de nombreuses marques se sont contentées de mettre une tonalité blanche ou rose sur des modèles masculins, éventuellement rapetissés. Chez les hommes, un des précurseurs est le bracelet de type NATO. Ces attaches en nylon mélangeant noir et couleurs vives servent depuis longtemps à égayer des modèles militaires sombres et sobres. De ces altérations est né un vrai langage chromatique, qui se généralise.
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Sortir du cadre
Le bleu, longtemps rare pour des raisons historiques autant que techniques, fait désormais partie de la palette de base des horlogers. Il est sorti du cadre strict de l'univers marin. Le gris et le marron bénéficient des progrès dans le traitement galvanique des surfaces. Ils connaissent un vrai engouement, motivé par une forme d'élégance. Mais c'est sur les couleurs vives que la tendance est la plus marquante, de très loin. Une pointe d'aiguille par ci, un cerclage de cadrans par là en passant par une lunette voire une couronne, un feu d'artifice de petite envergure s'est emparé de dizaines de nouveautés présentées à Baselworld. De petits éclats colorés se logent partout, et ce en dehors des codes traditionnels, comme le rouge pour des aiguilles GMT. La fièvre des couleurs atteint les composants. Même les mouvements passent sous le pinceau. Quelle en est donc la raison?

Enthousiasme tempéré
Des analyses concordantes pointent vers… un enthousiasme tempéré par la raison. Après les phases d'euphorie horlogère des années 2000- 2008, le brusque coup d'arrêt de 2009 aux États-Unis, en Europe et au Japon a refroidi les ardeurs des clients. Repliés sur des choix plus classiques, moins risqués, ils avaient favorisé ce que l'on a appelé un retour aux classiques, doublé d'une tendance vintage. A la faveur d'une timide reprise mondiale, en ordre dispersé, la couleur refait son apparition par des touches vives. Des accents vert radioactif, rouge éclatant, orange pétard ou rose tranchant sont la traduction d'un état d'esprit plus positif. Comme si les clients ne voulaient pas trop y croire, ni montrer leur joie. Et les marques de les accompagner.
Enrichissement
Car une chose est sûre, l'horlogerie est synchrone des mouvements sociétaux à l'échelle planétaire. Le doigt sur le pouls des indices de confiance économiques, les marques de montres avancent à petits pas. Les composants se colorent pour démontrer une démarche design totale, dedans comme dehors, dessus comme dessous. Les nouveaux tons simples et sombres font partie d'un élargissement de la palette de fond. Ensemble, ils sont les témoins d'un enrichissement des gammes, d'une sophistication des goûts et de la culture générale horlogère.