WORLDTEMPUS – 16 janvier 2012
Louis Nardin
Les histoires d'amour, Van Cleef & Arpels en devient spécialiste, et plus spécialement lorsqu'elles sont racontées par de la mécanique horlogère. Après le Pont des amoureux, présenté en 2010 et qui avait séduit les quatre coins du monde, la marque s'apprête à renouveler l'exploit avec les étourdissantes Poetic wish qu'elle dévoile dès ce matin au Salon international de la haute horlogerie. Avec ses deux déclinaisons, l'une pour dame, l'autre pour homme, elle n'indique l'heure que sur demande. Il faut déclencher le mécanisme de sonnerie pour voir en effet évoluer les automates qui indiqueront l'heure, notes à l'appui, durant quelques instants avant de reprendre leur position initiale. Délires créatifs géniaux au service d'une romance dans Paris, les Poetic Wish abritent une mécanique horlogère toute aussi redoutable. Focus sur un calibre empli d'idées majeures, d'humour et d'innovation.

Déjà à l'origine du module additionnel du Pont des Amoureux, l'horloger Jean-Marc Wiederrecht, fondateur d'Agehnor, et ses équipes signent une nouvelle fois la mécanique de cette nouveauté du joaillier parisien. Petite révolution interne pour l'entreprise, c'est la première fois qu'elle développe ex-nihilo un calibre dans son intégralité. Doté d'un échappement à force constante, d'une répétition 5 minutes et d'un affichage à automates, modulaire, il inaugure également un principe de construction en anneau révolutionnaire. De plus, fidèle à lui-même et à son caractère de pionnier plébiscitant la rêverie comme mode de création, Jean-Marc Wiederrecht a redessiné l'architecture de plusieurs fonctions. Les gongs de la sonnerie? En forme de spiraux. Les marteaux? Composés de plusieurs éléments et totalement novateurs. Visite guidée de l'intérieur des Poetic Wish.
Calibre annulaire
Un trou d'un centimètre de diamètre au centre du calibre. Voilà l'idée brevetée il y a 8 ans par Jean-Marc Wiederrecht. Depuis, le projet sommeillait jusqu'à ce que le marketing horloger de Van Cleef & Arpels n'évoque la suite du Pont des amoureux. Pour l'horloger, l'occasion se présente enfin de concrétiser son idée. Montre à sonnerie oblige, le puits traversant le mouvement servira à loger le module des marteaux.
«Jusqu'à présent, la tradition horlogère voulait qu'on ajoute des fonctions à un calibre par des modules additionnels sous forme de plaques adossées au mouvement, explique Jean-Marc Wiederrecht. Prévoir un jour au milieu permet, comme dans le cas présent, d'y loger une fonction supplémentaire. Mais il peut aussi être laissé vide pour y placer autre chose, ou pour travailler sur une approche esthétique nouvelle.»
Prévoyant, Jean-Marc Wiederrecht a développé une version de base où 45 degrés du rayon total de l'anneau sont inoccupés. Dans le cas des Poetic Wish, ils sont consacrés au mécanisme de la sonnerie avec un barillet dédié, le système de lecture ainsi que le régulateur de force.
Cette architecture a dégagé de nouvelles perspectives dans la manière de construire une sonnerie. «Le positionnement des marteaux les obligeait à frapper en direction du fond de la montre. Ce faisant, les timbres, à section carrée pour une meilleure sonorité, sont fixés sur le fond saphir et forgés en spirale. Ainsi, ils font presque le double de longueur par rapport à des gongs traditionnels.»

Étoile, cerf-volant et nuage
Le module additionnel des automates est aussi un chef-d'œuvre d'imagination. En effet, alors que sur chaque modèle le personnage indique les heures en progressant le long d'une ligne graduée pour les heures, un cerf-volant (modèle femme) ou une étoile filante (modèle homme) montre les minutes en faisant un arc de cercle. Le cycle commence une fois que le porteur aura donné deux tours à la couronne dynamométrique contrôlant la sonnerie. Une fois déclenchée, la figurine progresse jusqu'à l'heure dite, qui sonne sur le gong grave. A ce moment, un laps de temps plus ou moins long dû au fonctionnement de la sonnerie peut se produire. Il s'arrête au moment où l'objet indiquant les minutes entre en mouvement à son tour et sonne sur le timbre aigu. Pour animer cet instant, un petit nuage coulisse en direction de la figurine. Chacune des animations dure 8 secondes au total et les minutes sonnent par tranche de 5 minutes.
Toute l'ingéniosité et le savoir-faire d'Agenhor ont été mobilisés pour réaliser ces déplacements complexes. L'ordonnancement des composants, leur architecture, et le recours à des ressorts et des formes complexes le démontrent. Et c'est peut-être à cause des efforts considérables développés par les ingénieurs pour résoudre ces problèmes qu'ils ont donné des formes, et des noms, parfois étonnants à leurs composants. Les plus décalés sont en nickel-phosphore et reproduisent un mur «Tetris» ou portent le nom de «Bart Simpson » en référence au personnage des Simpson.

Formes décalées
Parmi ces formes décalées se cachent pourtant un aigle ou une clé, autant de symbole appartenant au blason de Genève. En effet, le calibre est conçu pour répondre, à terme, aux critères du Poinçon de Genève. Mais Jean-Marc Wiederrecht a prévu encore d'autres certifications.
«Un calibre se doit d'offrir une bonne qualité chronométrique, cela indépendamment de sa complexité. La présence d'un échappement à force constante, plus régulier et stable, assure justement cette précision. C'est pourquoi il pourrait aussi obtenir le label COSC.»
Doté de 60 heures de réserve de marche grâce à deux barillets, ce calibre aura coûté 256 semaines de recherche et développe concentrés entre plusieurs ingénieurs et concentrés en seulement 16 mois. Affichant une hauteur de 3mm, le calibre est surmonté du module d'automate – 2 mm – ainsi que du cadran qui comporte 5 niveaux différents – une splendeur réalisée dans les deux cas par le graveur Olivier Vaucher. Au total, il mesure 8mm d'épaisseur. Battant à une vitesse de 21'600 alternances à l'heure, l'échappement est équipé d'une raquette dotée de dents fendues et réglable via une vis crantée. Là encore, le recours à cette forme de dent inventée par Jean-Marc Wiederrecht et supprimant les ébats fait tout son sens puisqu'elle évite que le réglage change suite à des chocs.

Ainsi, au-delà de deux visages prodigieux, les Poetic wish vibrent au rythme d'un calibre hors du commun de par ses fonctions et sa conception. Une façon de dire, peut-être, que les histoires d'amour les plus intenses gardent toujours cachée une partie de leur beauté.