La route qui mène au château de Môtiers est aussi sinueuse qu'une fleurisanne taillée dans l'or. Elle zigzague entre les champs et la forêt. Grimpe sur la colline pour mieux remonter le temps. Installée dans cette forteresse du XIVe depuis 2009, la marque Bovet a toute latitude pour contempler le Val-de-Travers et ses deux siècles d'horlogerie. Avec ce sentiment, enivrant, d'être à la meilleure des places.

À l'étage, dans l'atelier d'assemblage high-tech imaginé par Pascal Raffy, CEO de la marque, Maureen Bourqui n'a pourtant guère le loisir de se perdre dans ce paysage de carte postale. L'oeil rivé à son microscope, elle passe sa journée à graver bélières, lunettes, attaches ou ponts. À Môtiers, elle est la seule à manier le burin et le stylet. Pas le temps de rêvasser sur les beautés de la vallée… La jeune femme n'a rejoint la manufacture qu'en septembre. Quelques jours pour se familiariser avec “les exigences et les petites manies de la marque” et la voilà déjà un maillon incontournable de la chaîne!
“En général, quand un graveur sort de l'école, le talent et le coup de main sont là”, explique Benoît Couturier, chef d'atelier. “Il suffit juste d'une mise au point pour être totalement autonome…” Maureen, elle, a dû maîtriser l'art de la fleurisanne. Cette gravure traditionnelle, du XIXe siècle, dont Bovet s'est fait l'ambassadeur. “C'est l'un de nos fondamentaux! Sur les 350 tourbillons que nous produi- Amadeo Fleurier 0 Tourbillon 7-jours Aiguillage inversé, avec boîtier en or blanc entièrement gravé et cadran orné du motif fleurisanne. Mouvement tourbillon à remontage manuel, avec réserve de marche de 7 jours. sons par année, plus de 90% sont gravés”, précise Christophe Persoz, chargé de communication de la marque neuchâteloise.

Entre précision et délicatesse
Le rituel est immuable. Maureen chauffe le ciment (une sorte de cire, en fait!) avec sa lampe à alcool. La pièce d'horlogerie vient alors s'y blottir pour y attendre d'être gravée. “Une fois prête, on la trempera dans l'acétone pour ôter tous les déchets”, précise-t-elle. Mais avant, la jeune femme la travaillera au stylet et au marteau, par petites touches, pour lui conférer un effet “bris de verre”. Avec ses burins – qu'elle fabrique elle-même –, elle lui donnera ensuite du corps en “coupant” dans la matière. Sans ébauche. Un défi, artistique, qui tient presque du sacerdoce! “Il faut compter près de 30 heures de travail pour chaque élément”, souffle Christophe Persoz. “La gravure, c'est un mélange de précision et de délicatesse, marié à une certaine franchise dans le geste.” Attention aux dérapages!
Alors qu'à Môtiers, Maureen se charge d'“habiller” les éléments de décoration des garde-temps, à soixante kilomètres de là, au coeur de Tramelan, Amandine se concentre sur les cadrans. Les gestes sont les mêmes. Les outils aussi. À une exception près: elle ne travaille pas au boulet (base de travail lourde et sphérique, inclinable à volonté; au XVIIe siècle, il était fait à partir d'un boulet de canon coupé en deux), plus adapté pour la gravure en trois dimensions, mais sur un socle en bois. Chaque cadran est ébauché en machine. Un “bas-relief ” qui ne demande qu'à être taillé par une main experte. En huit heures chrono, après un polissage énergique, la pièce sera prête à rejoindre Môtiers. Par la route qui serpente jusqu'au château.
