Nouveau chronographe manufacture

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Suite de notre dossier Montblanc, avec une présentation des nouveautés Montblanc 2008 et une interview exclusive de Jean-Marc Pontroué, qui décode la stratégie horlogère de Montblanc.

Et la montre, dans toute cette diversification ? Le parcours horloger de Montblanc est sans doute une des plus belles réussites non seulement de la marque, mais aussi de toute l'industrie horlogère de ces dernières années.Tout a commencé en 1997, voici onze ans. Avec, d'emblée, une vision stratégique : être et durer, en procédant étape par étape pour rester crédible. Personne n'attendait Montblanc dans les montres, et c'est tout juste si on y croyait à Hambourg : la première collection était un démarquage du Meisterstück, dont on reprenait les codes graphiques sur un plaqué or en 36 mm vendu relativement cher. Pas de quoi pavoiser, mais, déjà, la bonne idée : créer Montblanc Montres au Locle, au cœur des watch valleys suisses. On passait ensuite à des modèles plus sportifs. En 2002, venait la ligne Profile (montres de forme), puis en 2004 la collection TimeWalker et, en 2007, l'ultra-sophistication de la série Villeret, lors du rachat de Minerva. Montblanc s'est ainsi trouvé propulsé dans l'univers de la haute horlogerie : plus personne de la présence de la marque au SIHH de Genève, alors qu'on en faisait des gorges chaudes il y a quelques années.
Cette montée en gamme s'est accompagnée d'une requalification des collections : élimination définitive du plaqué or, la marque ne produisant plus que des montres en acier et en métaux précieux (or, tantale ou mêm platine) ; accroissement de la part des montres mécaniques au détriment des montres à quartz ; accentuation des finitions horlogères exclusives, comme les cornes évidées de la TimeWalker, superbement dessinées même si elles sont malaisées à produire en série ; généralisation des complications horlogères, puisque Montblanc propose à présent non seulement des chronographes, mais aussi des quantièmes perpétuels (il existe même un tourbillon dans les cartons de Minerva, à Villeret). 2008 confirme la profondeur opiniâtre de cet enracinement horloger. Montblanc présentera au SIHH un nouveau mouvement chronographe « manufacture », conçu et développé au cours de trois ans de recherches, avec la mobilisation des horlogers de la marque, épaulés par les équipes spécialisés de Valfleurier (manufacture de complications du groupe Richemont). Ce mouvement sera produit en exclusivité pour Montblanc, à quelques centaines d'exemplaires dès cette année. La mise en place d'un plateau technique nécessaire à cette production « in house » est en cours : les composants seront réalisés et les montres assemblées dans les ateliers que Montblanc est en train d'agrandir autour de sa « villa » sur les hauteurs du Locle. Ce chronographe n'est que l'aîné d'une famille de mouvements qui s'étageront de l'automatique trois-aiguilles à des futures grandes complications. Présenté à Genève en version mécanique monopoussoir, ce calibre sera très vite décliné en version automatique (acier). Il s'agit d'un mouvement d'architecture classique, avec grand balancier et roue à colonnes (visible au dos de la montre, par une échancrure dans la platine). L'affichage de la réserve de marche est déportée au dos de la montre.
L'originalité de ce calibre MB R100 (286 composants ) tient à son affichage des temps courts du chronographe, déclenché par un monopoussoir à 8 h. Au lieu des trois compteurs classiques et des aiguilles qui décomptent en tournant secondes, minutes et heures, le nouveau chronographe manufacture Montblanc propose deux compteurs, qui disposent d'un index fixe, derrière lequel tourne un disque rotatif porteur des minutes et des secondes. Cette disposition originale est soulignée graphiquement par un pont visible côté cadran. L'affichage classique de l'heure et des minutes est décentré vers midi, avec un calendrier par aiguille circulaire dans la ronde des heures.
Seul inconvénient de ces disques rotatifs : l'absence d'aiguille des secondes indépendante empêche toute certification par le COSC... Ces deux compteurs à index fixe et disques rotatifs se veulent hommage à Nicolas Rieussec, inventeur français du premier vrai « chronographe », avec un dispositif qui permettait de marquer d'une goutte d'encre (graphein, « écrire » en grec) contenue dans l'aiguille des secondes. Le nom est resté, alors qu'il faudrait parler de chronoscope quand la montre n'« écrit » pas ! Il fallait trouver une belle légende horlogère pour raconter le « récit » de ce nouveau chronoscope : va pour Rieussec, dont Montblanc a déposé les droits d'usage. Le nom de Rieussec se retrouve d'ailleurs sur le cadran. Ce devait être un des derniers horlogers à n'avoir pas encore été mobilisé par une marque contemporaine... La version acier de ce chronoscope monopoussoir - logé dans un boîtier de 43 mm - sera donc automatique, toujours en deux compteurs reliés par un pont, avec une aiguille GMT, une indication jour-nuit, un dateur par guichet, soit un total de sept fonctions.
La production de la version acier n'est pas limitée. La version mécanique - plus intéressante aux yeux des puristes parce qu'elle met bien en valeur la beauté du calibre mécanique et la roue à colonnes - sera limitée à 75 pièces en or blanc et 25 pièces en platine (27 000 euros). Pour le reste, et en attendant les nouveautés Villeret qui accompagneront la commémoration des 150 ans de la manufacture, Montblanc a procédé à de légères évolutions de ses collections :
• Une modernisation de la Star 4810, héritière des premières montres Montblanc, dotée d'un nouveau cadran et d'une boîte élargie (41,5 mm), en acier et en or.
• Une très belle montre sportive, avec boîtier en tantale et lunette en or rose (Sport Gold Tantalium), chronographe automatique de style plongée, certifié chronomètre (ci-dessus).
• Une nouvelle TimeWalker chronographe, en 43 mm, avec lunette en céramique et un bracelet à maillons céramique et acier.
• Pour les femmes, de nouvelles déclinaisons de la Lady Moonphase (automatique t phases de lune, avec diamant Montblanc sur le cadran) et une Lady Elegance Diamonds réalisée en trois exemplaires sur le thème graphique de l'« étoile explosée ». Montblanc_321329_0Jean-Marc Pontroué (Montblanc executive vice-president product strategies & development) :

« Montblanc, c'est la couture horlogère ; Villeret, c'est la haute couture »

Nom de code MB R100 ? Jean-Marc Pontroué : MB pour Montblanc. R pour Rieussec et 100 pour commencer une série. La référence à Rieussec est une façon pour nous de poser au meilleur niveau notre légitimité horlogère : il a été un des plus grands horlogers de son temps et il passe pour l'inventeur du « chronographe », qu'il avait notamment
conçu pour chronométrer des courses de chevaux.
Derrière l'histoire, il y a une réalité industrielle, celle du statut de vraie manufacture que Montblanc se donne avec cette famille de mouvements mécaniques. Nous avons commencé par le chronographe manuel pour rendre hommage à cette tradition mécanique, mais ce n'est qu'une première étape. Calibres automatiques et complications - une par an, c'est promis - viendront très vite étoffer notre offre. Logique marketing ou logique horlogère ? Montblanc veut avoir un vraie maîtrise de son métier d'horloger. Cela passe inévitablement par un outil de production autonome, avec une capacité à concevoir des mouvements, à les réaliser et à les emboîter « in house ». Avec ce mouvement, nous avons souhaité entrer par la grande porte dans un métier
stratégique qui nous permettra d'accélerer notre développement international.
Mettre en place une manufacture était le ticket d'entrée dans le club restreint des grandes marques : après la collection Villeret et le rachat de Minerva, nous confirmons, nous persistons et nous signons :
notre ambition est d'aller le plus loin possible dans l'horlogerie, bien entendu dans le respect des fondamentaux de Montblanc.
Ce n'est pas du marketing de dire que ce n'est pas un mouvement comme les autres : il y a une vraie histoire derrière Rieussec, qui faisait déjà, en son temps, des compteurs à disques rotatifs. Il y a un vrai design avec le pont en forme de sourire qui relie les deux compteurs. Il y a une vraie détermination horlogère dans la décision de commencer par un chronographe mécanique à remontage manuel et roue à colonnes : ce n'est pas qu'un clin d'œil à la tradition locale... Pas de confusion entre Villeret et Le Locle ? Pas plus qu'entre la haute couture et la couture au sein des grandes maisons de mode. Villeret, c'est l'héritage d'un savoir-faire superlatif dans la très haute horlogerie, avec 100 ou 200 pièces par an et quelques commandes spéciales. Villeret, c'est un atelier et un espace de transmission patrimonial. Ce ne sont
ni les mêmes contraintes, ni les mêmes rythmes, ni les mêmes procédures qu'au Locle, où nous mettons en place la « locomotive » industrielle qui permettra notre montée en gamme. Dans les deux cas, nous procédons étape par étape, en respectant la personnalité de chaque entité. Personne ne confondra un chronographe Villeret et un chronographe Montblanc, même s'ils sont tous les deux issus d'une « manufacture »... Jusqu'où diversifier Montblanc ? Nous sommes à présent dans une logique de stabilité : nous préférons monter en puissance à l'intérieur de chacun de nos quatre métiers principaux, plutôt que détendre encore notre territoire de marques.
Ceci ne concerne pas nos licences (montres, optique), qui ajoute un lustre glamour à la marque. On ne peut pas être fort partout. Nous préférons être très forts là où nous sommes.
Dans nos quatre familles de produits (écriture, horlogerie, joaillerie, cuir), nous voulons approfondir notre message et, surtout, croiser nos expertises : mieux travailler le sertissage de nos stylos, élargir nos collections de montres en or (nous sommes gros acheteurs d'or pour nos plumes de stylos, et nos montres en or représentent déjà 20 % de nos ventes), accentuer encore la féminisation de notre offre, dans tous nos métiers (lancement d'une collection de stylos féminins, etc.). Propos recueillis par Grégory Pons, relus et validés par Jean-Marc Pontroué

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