Patron deMilus depuis 2002, c'est à lui que la maison horlogère implantée à Bienne doit son redémarrage. Et, surtout, son ascension fulgurante.
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On peut très bien être un homme et vouloir devancer les envies des femmes. On peut parfaitement travailler dans les métiers du temps et constamment lui courir après, entretenir un lien fort avec un groupe chinois et cultiver son propre particularisme, aimerécouter de la musique classique pendant des heures mais lui préférer un bon morceau de R'n'B avant de participer à unévénement professionnel. Il y a un peu de tout ça chez Jan Edöcs. Toutes ces petites contradictions apparentes qui n'en sont finalement pas. Ou seulement aux yeux des autres. C'est ce luxe, bien à lui, qu'il s'efforce de s'offrir chaque jour. Peu importe ce que les autres pensent ou disent, l'essentiel étant de suivre sa propre voie, rester soimême, fidèle à sa liberté.
Nommé à la tête deMilus en 2002, Jan Edöcs a dessiné sa vie comme il esquisse l'avenir de la marque biennoise. Selon son intime conviction, avec tout l'enthousiasme du trentenaire à qui les portes semblent encore grandes ouvertes.
Souvenirs d'enfance
Jan Edöcs est né à Berne en 1971 et a grandi à Bienne. Au départ, rien ne le prédestine vraiment à embrasser une carrière dans l'horlogerie. Pourtant, très jeune, l'image véhiculée par le monde des gardetemps le fascine. Il garde encore en mémoire des souvenirsétrangement marquants pour un garçon de son âge. «J'avais 10 ans quand le quartz a fait son apparition, se souvient-il. Les bouleversements que cela allait engendrer m'ont beaucoup marqué. J'ai alors commencé à m'intéresser à l'horlogerie. Pas pour l'aspect technique des montres mais plutôt pour les valeurs qu'elles transmettaient.»
Après une école commerciale supérieure à Bienne doublée d'un apprentissage commercial chez Oméga, il se laisse surprendre par la passion dévorante du métier. «En arrivant chez Oméga, j'ai passé trois mois à nettoyer chaque pièce du musée, une par une. Le responsable du lieu m'a expliqué l'historique de la marque, celui de l'industrie horlogère sans oublier celui de chaquemodèle! Cela reste encore aujourd'hui un souvenir très fort et le virus des montres m'accompagne depuis cette époque.» Il restera dans la maison jusqu'en 1992, avant de travailler dans le domaine des ventes, jusqu'en 1996, pour différentes marques du Swatch Group.
Optimisme
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Désireux de découvrir l'envers du décor – «Après avoir travaillé dans un énorme groupe, je voulais connaître les réalités d'une petite entreprise familiale» –, il entre chez Milus. A l'époque, la marque fondée en 1919 appartient encore à la famille Junod et tient sa légitimité d'une extraordinaire créativité en matière de design. Il prend en charge la direction des ventes et du marketing. Mais, fin 1999, les évolutions de l'industrie horlogère contraignent les propriétaires à chercher une solution pour garantir le futur de la marque. Il quittera l'entreprise en 2001, en bons termes avec la famille Junod, pour rejoindre Versace en Italie. «Je venais d'être papa, souligne-t-il. J'ai voulu m'assurer que monépouse et ma fille puissent êtreà l'abri du besoin.» Changement de pays, changement de cap? Finalement, pas pour longtemps. A peine le temps de fouler le sol italien que Jan Edöcs est appelé à Hong Kong pour rencontrer les responsables du Peace Mark Group qui souhaitent acquérir Milus. Il pose ses conditions et accepte de relancer la marque.
Jan Edöcs est un homme de défis. Jamais en reste, toujours battant, le genre de personne à préférer chercher des solutions plutôt que de se fondre en excuses. Optimiste? Certainement. Il lui en aura d'ailleurs fallu une bonne dose pour relancer la marqueMilus en 2002. «Je rentrais juste de Hong Kong où je venais de m'entendre avec les investisseurs du Peace Mark Group pour le redémarrage de la marque et je me suis tout à coup retrouvé seul face à un grand bâtiment vide. La première chose à laquelle j'ai pensé a été de faire en sorte que nous ayons un emplacement réservé pour notre marque dans la Halle 1 du Salon de Bâle qui ouvrait ses portes six mois plus tard. Je voulais absolument montrer que Milus existait encore. Sans faute, on était au rendez-vous avec six collections!»
Objectif: 15 000montres par an
Quatre ans après sa deuxième naissance, Milus compte aujourd'hui 35 personnes et des collections inventives et précieuses dédiées à 75%aux femmes. Après une production de 2000 pièces l'année dernière, l'objectif est d'atteindre les 3500 montres cette année pour parvenir, sur le long terme, à une production oscillant entre 12 000 et 15 000montres par an. Le secret de ce redémarrage fulgurant? «Je crois tout simplementà ce que je fais, explique Jan Edöcs. Comme tous les membres de l'équipe d'ailleurs. Il faut avoir du plaisir à travailler avec les gens avec lesquels on choisit de s'associer. L'enthousiasme ne s'achète pas!»
Enthousiaste! JanEdöcs l'est sans conteste. Quand il pose son regard sur un garde-temps signé Milus, ses yeux bleus brillent d'un éclat nouveau. Le geste devient plus rapide, la parole plus vive. Le voilà fonceur, déterminé, prêt à courir plus vite que le temps. Pour continuer, entre deux avions, à consacrer des moments précieux à ses deux enfants et, pourquoi pas, se remettre à jouer du piano ou simplement s'offrir quelques heures de tranquillité dans la nature.
Marie de Pimodan
Tribune des Arts - No347 - Décembre 2006

