Fabrice Eschmann
Dans la torpeur de l'été, Omega et Romain Jerome ont, presque en même temps, annoncé l'emploi de météorites ou de poussière de Lune dans l'un de leurs nouveaux modèles. Une coïncidence qui s'ajoute au communiqué estival d'Antoine Preziuso, autoproclamé « pionnier » en matière de matériau céleste.
La gemmologie va devoir étendre son champ d'étude. Si depuis longtemps, diamants, saphirs et rubis font partie des créations joaillières et horlogères, il est une pierre particulière qui connaît un regain d'intérêt ces derniers temps: la météorite. Corum fut la première marque horlogère à investir ce terrain en 1986, suivie par Antoine Preziuso en 1991. Mais depuis deux ans, c'est à une petite ruée vers l'or lunaire à laquelle se livrent les marques: Louis Moinet, Romain Jerome ou encore Omega font l'actualité pour avoir utilisé des météorites dans leurs montres.
Cette année à Baselworld, Louis Moinet fit sensation en présentant Meteoris, quatre montres tourbillon parées de cadrans taillés dans des météorites : un morceau de Mars – débusqué dans le désert d'Oman – un morceau d'Itqiy, du nom d'un astéroïde qui s'est formé tout près du soleil – déterré au Sahara Occidental –, un bout de la «Pierre de Rosette», plus ancienne météorite trouvée sur Terre – dans le Sahara – dont l'âge est estimé à 4,6 milliards d'années et dont la provenance pourrait être Mercure, et enfin un caillou de la Lune.
Un beau coup marketing, qui n'a pas eu l'heur de plaire à tout le monde: courant juillet, Antoine Preziuso, soulignant son rôle de «pionnier», remettait les pendules à l'heure solaire en précisant que c'est lui, en 1991 déjà, qui lançait le modèle Répétition à Quarts doté d'un cadran taillé dans un morceau de la météorite Gibéon. Depuis, le créateur genevois n'a pas cessé de présenter des modèles parés de météorites, matériau qui parfois servit à façonner jusqu'aux aiguilles, en passant par le boitier et la boucle.
Dans cette petite chamaillerie, c'est pourtant Corum qui l'emporte: la marque chaux-de-fonnière fut en effet la première à avoir associé un caillou extraterrestre à une montre, la Météorite. C'était en 1986!
Toute cette agitation spatiale a donné des idées à d'autres. A commencer par Romain Jerome qui, non contente de faire comme tout le monde, a inventé un alliage surprenant : argent et poussière lunaire. L'opération, très délicate semble-t-il, a été réalisée chez Cendres + Métaux à Bienne, et présentée dans le «making of» du disque esquissant une Lune miniature présente au dos de la Moon Invader.
Autre marque à être partie à la chasse aux météorites cet été: Omega. Pour les 35 ans de la mission Apollo-Soyouz, la maison lance le chronographe Speedmaster Professional Apollo-Soyuz 35th Anniversary. Sa particularité? Son cadran est taillé dans une météorite.
Pas vraiment précieuses mais relativement rares, les météorites apportent à l'horlogerie la part de mystère et de relation à l'Infini tant recherchée. Les chasseurs de cailloux tombés du ciel ont de beaux jours devant eux !
BIPH
