Michel Jeannot
Les plus prestigieuses maisons de l'univers du luxe, elles aussi, s'y adonnent depuis de nombreuses années. Les promesses de qualité et d'exclusivité que leurs noms évoquent les obligent cependant à des démarches de fond - avec un véritable contenu horloger - aux antipodes des stratégies de développement basées sur d'énormes volumes. Ici on a choisi de faire de l'horlogerie alors que d'autres se contentent de faire de la montre. De Montblanc à Chanel, en passant par Harry Winston, Hermès et Louis Vuitton, toutes possèdent des unités de production en Suisse, garantes de leur légitimité horlogère.
Pour ces prestigieuses sociétés, la plus grande difficulté réside dans leur capacité à proposer une offre horlogère en parfaite adéquation avec le positionnement et l'esprit de la marque. Le moindre décalage peut être néfaste non seulement à la marche des affaires horlogères de la société, mais également à son image globale. Le concept doit donc être manié avec d'infinies précautions.

HAUTE HORLOGERIE ET HAUTE COUTURE
Hermès a été l'une des premières sociétés à se donner les moyens de présenter une véritable offre horlogère. Si la marque française vend des montres depuis 1928, c'est en 1978 que la société crée ses propres ateliers en Suisse pour développer son offre qui accueille dès 2003 des mouvements de haute horlogerie exclusifs. Depuis 1978 pourtant, et à l'image de l'industrie horlogère dans son ensemble, la vision s'est fondamentalement modifiée. Au début des années 80, l'horlogerie mécanique battait sérieusement de l'aile, l'époque était au quartz et à la montre accessoire. Aujourd'hui, pour qui veut exister dans la haute horlogerie, mouvements mécaniques et complications sont une nécessité. A l'image de la quasi totalité des marques horlogères «traditionnelles », la Montre Hermès a accompagné ce mouvement. Mais en ne parvenant pas nécessairement à exprimer par son offre horlogère sa spécificité et sa génétique. Depuis l'arrivée de Luc Perramond aux commandes il y a deux ans, les choses ont sensiblement évolué. «Nous cherchons à prendre une place originale dans l'horlogerie, une place qui soit en parfaite adéquation avec les valeurs de la maison Hermès, insiste toujours Luc Perramond. Pour ce faire, La Montre Hermès s'est récemment choisi pour terrain de jeu « Le temps de l'imaginaire ». Avec un succès certain puisque l'horlogerie est le métier du groupe Hermès qui a le plus progressé l'an dernier. A Baselworld cette année, La Montre Hermès lève le voile sur la montre qui représente sans doute le mieux cette philosophie. Créée en partenariat avec le constructeur de mouvements Agenhor, le modèle «Arceau Temps suspendu» est un exemple de poésie et de complication mécanique. Un module complexe permet de suspendre le temps – donc d'arrêter la course des aiguilles des heures et des minutes après un mouvement rétrograde – tout en n'influant nullement sur la marche continue du mouvement.

Cette même volonté de développer des produits exclusifs en adéquation avec la génétique de la marque est également claire chez Louis Vuitton. Avec son modèle Spin Time GMT, la société propose un développement horloger inédit qui s'inscrit parfaitement dans l'univers du voyage cher à la marque, d'où une évidente cohérence.
Ces démarches sont loin des effets de mode qui rythment la production des montres accessoires. Chez Chanel, comme chez tous les intervenants actifs sur le haut de la pyramide horlogère, on ne cesse de marteler ce message: «la Haute Horlogerie est une notion récupérée de la Haute Couture il y a 25 ans, explique Nicolas Beau, directeur international de Chanel Horlogerie. Dans ce sens, Chanel est à l'opposé d'une marque fashion: elle ne suit pas la tendance, elle la crée!»
