Manaudou, une marque

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Avec Pinault, la star des bassins a un appui de choix. Pour legestionnaire de son image, ce genre de contrat est le nec plus ultra :il préfère ne pas la «vendre» à n'importe qui, qu'elle reste «saine».Extraits (p. 175-178).
 Marketing_320238_0LE SYSTEME MANAUDOU, par Anne-Lise Carlo et Frédéric Sugnot, Editions Ramsay, 234 pages, 20 euros.

Manaudou, une marque

Avec Pinault, la star des bassins a un appui de choix. Pour le gestionnaire de son image, ce genre de contrat est le nec plus ultra : il préfère ne pas la «vendre» à n'importe qui, qu'elle reste «saine». Extraits (p. 175-178).


Dans les couloirs du Sénat, le 16 avril 2007, les flashs des journalistes crépitent et les caméras braquent leur objectif. L'homme d'affaires François Pinault remet à Laure Manaudou un tee-shirt griffé Gucci, l'un des fleurons de son groupe industriel. La scène est parfaite pour passer au 20-Heures le soir même : le cadeau d'un mécène influent qui félicite ainsi sa championne très médiatique pour les exploits accomplis.Si François Pinault a fait le déplacement, c'est bien dans le but d'imprimer sa marque sur sa championne couronnée. L'encre du contrat de mécénat que Laure Manoudou a signé est d'ailleurs à peine sèche. Qu'on se le dise, Laure Manaudou a désormais un appui de choix avec le holding de la famille Pinault, Artemis. A hauteur de 1 million d'euros par an sur cinq ans. Pour justifier son intérêt, l'industriel a parlé d'un «coup de coeur» pour Laure Manaudou. Le téléphone portable vissé à l'oreille, l'avocat de la nageuse jubile en observant la scène : «La famille Pinault respecte vraiment la vie de la sportive. Même si cela n'empêche pas Laure de renvoyer l'ascenseur. Ainsi, Gucci [propriété du groupe Pinault] est une marque qui lui plaît beaucoup et dont elle porte régulièrement les produits», confie Didier Poulmaire en cette fin de soirée d'avril. Contrepartie en effet plutôt agréable.Pour l'avocat, c'est un peu le contrat ultime dont peut rêver un sportif. Zinedine Zidane a également bénéficié de ce type de contrat, très exceptionnel, grâce au PDG du groupe Danone, Franck Riboud. «Mieux vaut trois ou quatre beaux contrats réussis qu'une quinzaine brassant tout et n'importe quoi, conseille également Jean-Pascal Forges, agent d'image à Starlink. Résultat : Manaudou a encore une image vierge et saine.» D'autant plus que la championne n'a jamais fait de publicités télévisuelles. Seule la marque Lancel a pu exploiter son image via de l'affichage et de la presse. Et ce qui est rare est cher... En ne «vendant» pas sa championne à n'importe qui, Didier Poulmaire a fait grimper sa cote auprès des marques. Lancel a ainsi conçu une collection spéciale, griffée du papillon que la nageuse a fait tatouer sur son dos. Autre avantage : les contreparties auxquelles elle se plie ne sont guère contraignantes. «Le contrat signé avec Pinault ne prévoit qu'une présence à des soirées caritatives», précise maître Didier Poulmaire. L'homme-clé du «système Manaudou», c'est lui. Cet avocat de marques de luxe a savamment construit, depuis son beau cabinet parisien, situé rue du Faubourg-Saint-Honoré, un système bien huilé. Toutes les propositions des marques concernant Manaudou passent par son bureau. «En 2005, lorsque j'ai négocié le contrat de Brad Pitt pour la marque Tag Heuer, j'ai découvert ce qu'étaient les contrats verrouillés. Au final, Brad Pitt a servi Manaudou !» confie cet homme de l'ombre qui tient à le rester. Egalement en charge de la joueuse de tennis Amélie Mauresmo, l'avocat est presque gêné dès qu'un appareil photo se braque sur lui. La star, ce ne doit pas être lui.

Notre avis
Tout sur la nageuse star, qui se prépare aujourd'hui activement pour les jeux Olympiques de Pékin en août. Le rôle et la personnalité de ses parents, une mère très investie dans les performances de sa fille, le défilé des succès et des entraîneurs jusqu'au désormais célèbre Philippe Lucas, dont le franc-parler apparaît plus vrai que nature dans le livre. Les petites histoires aussi, les amourettes, les scandales. Mais le plus intéressant, c'est la description de ce «système Manaudou», de la manière dont la jeune championne a peu à peu attiré les entreprises, les annonceurs, hésité, tâtonné, avant de confier la gestion de son image à l'avocat Didier Poulmaire. C'est cette façon de gérer sa «marque» avec un évident succès. Aujourd'hui, un essaim d'entreprises s'accrochent au talent de la jeune nageuse, des maillots Arena au bagagiste Lancel en passant par le voyagiste Lastminute et EDF. Même si la Zidane des bassins, avec 1,5 million d'euros de revenus annuels estimés, reste loin des 13 millions engrangés par le footballeur.
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SOURCE : Challenges, 3 juillet 2008 (cliquez sur la couverture de Challenges ci-dessus)…