Marie Haguenauer

On peut parfaitement prétendre au titre de ville internationale du luxe sans que les programmes de formation locaux se mettent au diapason de cet univers pourtant si particulier. A mi-chemin entre Milan et Paris, la cité de Calvin ne proposait ainsi pas, jusque très récemment, de programme spécifique dédié aux futurs managers de l'industrie du luxe. Une véritable hérésie quand on mesure le succès rencontré par des formations proposées notamment par l'ESSEC, une grande école de commerce à Paris, tant sur le papier que dans l'entreprise. Et surtout, quand on connaît les spécificités du segment haut de gamme. Capitale de la haute horlogerie, place joaillière de renom, centre hôtelier réputé et pôle incontournable de création de senteurs et arômes pour les plus grands parfumeurs, Genève présentait jusqu'alors des lacunes. Et au jeu des sept erreurs, c'est certainement au niveau de la formation que le bât blessait. A moins que l'on puisse désormais conjuguer ces lacunes au passé… La Haute Ecole de Gestion (HEG) de Genève lance en effet dès le mois d'octobre, un Master of Advances Studies (MAS) en management du luxe. Une spécialisation qui permettra aux futurs managers de bénéficier d'une vision globale du luxe.
Un plus sur le CV
Pour pallier au manque de formation dans le domaine du luxe, une première étape a été franchie il y a cinq ans avec la création par l'université de Genève d'un Diploma of Advanced Studies (DAS) Créations de luxe et métiers de l'art en partenariat avec Hermès et Vacheron Constantin. « Comme tout diplôme, il s'agit d'une validation des acquis, précise Samira Marquis, directrice des ressources humaines de Vacheron Constantin qui a d'ailleurs encouragé certains de ses collaborateurs à suivre ce cursus. Cette formation permet aux participants d'acquérir une bonne vision d'ensemble des métiers et des spécificités des métiers du luxe. » Un plus, donc, à ne pas négliger sur un CV… comme, par la suite, sur le terrain. Destinée aux commerciaux, juristes, créateurs, banquiers ou toute autre personne désireuse de mieux cerner les enjeux de la création dans le luxe, cette formation d'une année vise plusieurs objectifs : acquérir une compréhension pluridisciplinaire des spécificités des filières du luxe, définir les mécanismes qui les régissent, identifier les défis qui les attendent et analyser les différents outils de communication utilisés par cette industrie. Autant de connaissances théoriques qui s'accompagnent d'ateliers interactifs, de visites d'entreprises et de musées animées par des professeurs et des professionnels de l'industrie du luxe.

Le luxe à 360 degrés
Dans le domaine de la formation spécifique au luxe, un nouveau cap sera franchi cet automne par la HEG de Genève. Elle lance en effet dès le mois d'octobre, en étroite collaboration avec la Fondation de la Haute Horlogerie (FHH), l'Ecole Hôtelière de Lausanne et la Haute Ecole d'Art et de Design de Genève, un Master of Advanced Studies (MAS) en management du luxe. Composé de deux Diplomas of Advanced Studies intitulés « Managing a Luxury Company » et « Luxury Industry & Best Practices », ce Master permettra aux participants de mieux appréhender les divers secteurs d'activité de l'industrie du luxe, son savoir-faire et ses valeurs.
Marketing, management opérationnel, gestion de la relation client, création, analyse des marchés… L'objectif de la formation est d'offrir une vision globale du secteur. « Il manquait jusqu'ici une formation de généraliste du luxe, explique Laurence Infanger, l'assistante du Master qui travaille depuis deux ans à la création de cette formation. Avec nos partenaires, nous avons choisi d'orienter ce Master sur une vision du luxe à 360 degrés afin d'offrir aux managers une appréhension globale de ce segment. La formation a donc été pensée de façon transversale avec un accent tout particulier sur la pratique. » Des intervenants professionnels vont ainsi parler concrètement de leur métier. Le DAS « Luxury Industry & Best Practices » sera en outre mené au rythme de divers ateliers axés sur l'expérimentation et l'observation des différents secteurs du luxe, notamment celui de la Haute Horlogerie avec la collaboration de la FHH. Une implication dont se réjouit sa directrice, Fabienne Lupo : « Notre mission est de porter le message de l'industrie horlogère, de sensibiliser, de susciter des vocations, d'accompagner des étudiants dans ce segment particulier. Former des managers capables de faire passer ce message et véhiculer ces valeurs est devenu une nécessité. »
Après Pékin, Séoul, Rio, New York, Paris ou Madrid qui proposent déjà des programmes de ce type, comme le constatait l'expert Michel Chevalier lors du lancement du Master auprès de la presse, Genève semble donc ne plus vouloir rester la mauvaise élève de la formation dans le luxe. Un bon point de plus pour la Cité de Calvin !

Plus d'informations sur www.hesge.ch et http://hec-executive.ch/site_luxe/
Le design à l'ECAL, l'autre filière du luxe
Dans le secteur plus particulier du design, l'ECAL, Ecole cantonale d'art de Lausanne, propose un Master of Advanced Studies (MAS) intitulé Luxury & Design. Objectif : offrir aux étudiants une maîtrise des spécificités qui déterminent le design et le processus de conception du segment haut de gamme ainsi qu'une connaissance approfondie des différents matériaux et technologies propres à ce secteur. « Même si une formation en design devrait permettre de tout faire, je voulais mettre en avant ce secteur dans lequel il existe une énorme demande en terme de design, souligne Pierre Keller, le directeur de l'ECAL. Les maisons qui fabriquent du luxe ont clairement besoin de se renouveler, ce diplôme permet donc une spécialisation non négligeable qui sera certainement un plus pour un designer qui souhaite travailler dans le luxe. » Mais également sans doute pour l'entreprise qui s'adjoindra ses services. D'autant que les étudiants entrent dans le vif du sujet dès le début du MAS avec, outre la réalisation de traditionnels prototypes, celle de véritables objets exclusifs fabriqués pour des maisons prestigieuses partenaires de l'ECAL comme Christofle, Audemars Piguet, Hublot ou Nespresso. /MH Plus d'informations sur www.ecal.ch

