Meteoris, l'esprit incarné du fondateur

Une création qui allie mouvements d'exception et astronomie.
Revolution #7 - Mars 2010Fabrice EschmannMeteoris, la dernière création des Ateliers Louis Moinet, allie dans un seul art, mouvements d'exception et astronomie. Tombés sur la Terre, quatre cailloux extra terrestres ornent les cadrans de quatre tourbillons exclusifs. Ces derniers ont pour écrin un planétaire unique au monde.

Dans le petit musée qu'il est en train d'aménager, Jean-Marie Schaller pointe fièrement le doigt sur une cloche de verre. Elle renferme la King of Naples'clock, une horloge à quatre cadrans proposant heures, minutes, secondes, jour,date, mois et phases de lune. Réalisée vers 1810 pour Joachim Murat, beau-frère de Napoléon Bonaparte, elle incarne l'extraordinaire maîtrise à laquelle était parvenu son auteur, Louis Moinet. "Avec un tel héritage, il mérite vraiment que son nom soit reconnu", s'enthousiasme aujourd'hui, au milieu de son cabinet de curiosités horlogères, celui qui est devenu président et CEO de la marque Louis Moinet. Deux cents ans plus tard, c'est donc fidèle au génie créateur de l'horloger et à l'esprit du siècle des lumières dont il était le fils, que Jean-Marie Schaller présente Meteoris. Quatre montres tourbillon parées de cadrans taillés dans des météorites, disposées sur le plus incroyable des écrins : un planétaire mécanique. Prix de l'ensemble : 4,9 millions de francs suisses.

 

Louis Moinet_328146_0

Jean-Marie Schaller, Président et CEO de Louis Moinet. © Revolution

 

Louis Moinet est ressuscité en 2001. Son bienfaiteur, Jean-Marie schaller, bien qu'empreint de la discrétion qui fait les hommes honnêtes – une qualité qui figure sur son curriculum vitae – n'en est pas à son premier miracle. En 1994 déjà, il est de ceux qui, passionnés de montres – "un produit phénoménal, mélange de poésie, d'art et de technologie" – tirent Abraham-Louis Perrelet de l'oubli. Il ne le sait pas encore, mais cet épisode ne sera pour lui qu'un préambule. Car Jean-Marie Schaller brigue sa propre marque. En 2001 donc, il acquiert le nom Louis Moinet. "Ce que je rachète, à ce moment-là, c'est une page A4 sur la quelle figure une petite biographie. Il n'y avait rien d'autre." Cela ne va pas durer.

 

Louis Moinet_328146_1

 Le modèle Mars : cadran en météorite de Mars, mouvement tourbillon et boîtier en or gris serti. © Revolution

 

Dans la maison de Breguet

Très vite, Jean-Marie Schaller entreprend de véritables fouilles sur la vie de Louis Moinet. Son idée : "Ne pas faire de ce nom une marque commerciale, mais chercher à poursuivre son oeuvre dans la modernité." Il court les bibliothèques, à la Chaux-de-Fonds, à Paris, à Bourges où l'horloger est né ou encore à Rome, où il a séjourné. Patiemment, Jean-Marie Schaller remonte du puits de l'oubli l'une des vies les plus emblématiques de son époque.

Professeur à l'académie des Beaux-arts, puis président de la société chronométrique de Paris – dans les rangs de laquelle figuraient alors Patek Philippe ou encore Nardin – Louis Moinet partagea dès 1811 et jusqu'à sa mort en 1823 la maison parisienne d'un certain Abraham-Louis Breguet. Outre des horloges pour le Tsar Alexandre Ier, Napoléon ou Thomas Jefferson, il est le créateur d'un régulateur et d'une montre astronomique. Mais sa plus grande oeuvre est sans doute son traité d'Horlogerie de 1848, décrit à son décès en 1853 comme "un monument impérissable" par M. Delmas, alors vice-président de la société chronométrique de Paris.

De ce traité d'Horlogerie, Jean-Marie Schaller en possède aujourd'hui plusieurs éditions, acquises lors de ventes aux enchères ou chez des brocanteurs. Mais il a surtout pu mettre la main sur six horloges du maître, parmi lesquelles sa dernière acquisition, la pendule Urania, à l'effigie de la muse de l'astrologie dans la mythologie grecque. "Nous avons recréé une base historique très importante pour mettre en valeur le nom de Louis Moinet."

 

Louis Moinet_328146_2

Meteoris : les quatre montres-bracelets tourbillons et le planétaire. © Revolution

 

Si Urania tient un globe entre ses mains, Meteoris, la dernière création des ateliers Louis Moinet, met en scène notre système solaire, de même que des météorites cueillies aux quatre coins de la planète. "L'idée d'associer une météorite à une montre m'est venu en 2007, raconte Jean-Marie Schaller. J'avais déniché un mouvement vieux de 100 ans, réalisé par un maître-horloger anonyme de la Vallée de Joux. C'était une répétition minutes, chronographe monopoussoir et quantième perpétuel avec phases de lune. Pour cette dernière complication, je me suis dit qu'une véritable pierre de la lune mettrait encore plus en valeur cette trouvaille !

 

Chasseur de météorites

Cette pièce unique est devenue la Magistralis, présentée à Baselworld en 2008. Depuis, Luc Labenne, chasseur professionnel de météorites, est devenu l'ami de Jean-Marie Schaller. Et pour cause : au fil des mois, le chasseur ramène à l'horloger une météorite de Mars – débusquée dans le désert d'Oman – un morceau d'astéroïde qui s'est formé tout près du soleil – déterré au Sahara occidental – et la "Pierre de rosette", plus ancienne météorite trouvée sur terre – dans le Sahara – dont l'âge est estimé à 4,6 milliards d'années et dont la provenance pourrait être Mercure.

Avec la météorite provenant de la lune, ces cailloux extraterrestres ornent les cadrans de quatre tourbillons. S'inspirant de l'esprit de Louis Moinet, qui aimait marier esthétique et technique, le pont de tourbillon ne fait qu'un avec le pont de barillet, avant de déborder sur la lunette en trois points, à 12h, 5h et 7h. Equipées de mouvements exclusifs à remontage manuel, les Meteoris proposent les fonctions heures et minutes, et disposent d'une réserve de marche de 72 heures. les modèles Mars et astéroïde se parent d'un boîtier en or gris serti, tandis que les modèles pierre de rosette et lune s'habillent d'or rose.

 

Louis Moinet_328146_3

Meteoris. © Revolution

 

Comme les gardiennes de l'univers de la haute horlogerie, ces pièces exceptionnelles viennent prendre place aux points cardinaux d'un fantastique planétaire qui leur sert d'écrin. Réalisé par Rémy Chauvin, créateur de l'horloge astronomique du Musée de l'Horlogerie de Morteau, il met en scène à l'aide de quarante rouages les neuf planètes du système solaire, ainsi que la lune et le soleil. Ces astres, véritables petits bijoux en eux-mêmes, sont sculptés dans une résine appelée Fortal, peints à la main et saupoudrés pour certains de poussières de météorites. Oeuvres de l'artiste Jean-Yves Kerkévan, ils sont montés sur un cadran serti de 154 diamants, précieuses étoiles composant les signes zodiacaux. Un mini-cadran orne également la terre et la lune, indiquant en lecture directe les phases de lune. Le tout est mû par un moteur miniaturisé qui permet une rotation de la terre autour du soleil en 37 secondes. Une leçon d'astronomie.

"Souvent, je me pose la question : est-ce que Louis serait content ?", glisse Jean-Marie Schaller. Après un soupir, quelques secondes durant lesquelles on devine défiler dans sa tête, comme le testament de Louis Moinet, les centaines de pages du traité d'Horlogerie, il finit par répondre lui-même, avec l'incertitude qui fait les hommes honnêtes : "J'espère."

Louis Moinet_328146_4

Marque