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Leonor Fini et Joyce Mansour

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Deux surréalistes, l'une peintre, l'autre poète, témoignent de leur passion commune pour les «ronronnants» dans un même livre. A mettre entre toutes les griffes.
«Le chat est à nos côtés le souvenir chaud poilu, moustachu et ronronnant d'un paradis perdu.» En rédigeant ces lignes, Leonor Fini savait de qui elle parlait, elle qui ne quittait jamais ses chats. Et c'est en alternant pattes de velours et griffes inspirées que cette grande artiste a consacré à la gent ronronnante un ouvrage superbe que l'éditeur genevois Slatkine a réédité, Miroir des chats, trente ans après la première parution. Il s'agit de photos de minettes et matous réalisées par Richard Overstreet et agrémentées par des reproductions d'oeuvres de Leonor Fini, laquelle a signé les textes. A offrir en cadeau de Noël à votre félin favori.Livre_324710_0

Leonor Fini, Dimanche après-midi, huile sur toile (détail), 1980.
Illustration tirée du livre «Miroir des chats». PROLITTERIS © ZURICH 2008/DR


Mais qui donc est cette femme aux chats, cette artiste hors du commun qui a dédié son oeuvre à l'imaginaire? Née à Buenos Aires en 1907, Leonor Fini est arrachée par sa mère, à l'âge de 1 an, des griffes d'un père tyrannique. Devant même la déguiser en petit garçon pour échapper aux recherches que mène l'irascible paternel! Dans sa famille maternelle à Trieste, Leonor vit une enfance éclairée par l'intelligentsia italienne. Après quoi, dès 1931, elle passera la plus grande partie de sa vie entre Paris, Monte-Carlo et sa maison au bord de la Loire entourée d'amis artistes et poètes comme Eluard, Ernst, Genet, Cartier-Bresson.

Leonor découvre la peinture qui lui permet de canaliser son goût du merveilleux, du fantastique. Jusqu'à sa mort en 1996, l'artiste restera fidèle à son travail pictural. Le fait de ne fréquenter aucune école d'art démontre une farouche volonté d'indépendance, dès sa jeunesse. Inclassable, profondément originale, Leonor Fini figurera parmi les plus grandes artistes du surréalisme, même si elle s'est tenue à l'extérieur du «clan» d'André Breton. Ses peintures sont autant de voyages oniriques, de symboles fantastiques et de mises en scène. Justement, l'Opéra de Paris, la Scala de Milan et même le cinéma américain l'avaient pressentie pour créer costumes et décors. Cette amoureuse des chats ne manque pas de les imposer en 1948 dans le ballet de Roland Petit, Les Demoiselles de la nuit.

Mina aux yeux de miel

Comme si la félinomanie était contagieuse, les artistes, à l'instar de Leonor Fini, se laissent envoûter par cette passion. Dans Miroir des chats, Joyce Mansour a composé un poème en écho aux modèles à quatre pattes de son amie peintre. Egyptienne d'origine, née en Angleterre en 1928 et décédée à Paris en 1986, cette somptueuse poétesse a fait partie des dernières grandes figures du surréalisme. Pour compléter ce tableau félin, Joyce Mansour a adopté Mina, fille de la chatte préférée de Leonor Fini, et lui a consacré ce poème:

«La Mina poseuse de fils blancs /
Dans la tignasse du quotidien /
Avance sur ses douze pieds ipso
facto / Gracieuse comme une
Alexandrine / Elle traque la buse
tragique / Dans sa vieille robe de
cotonnade / Prête à répandre la
terreur sur la chair soumise / En
Autocrate câline / La Mina aux yeux
de miel et de cendres.» (…)

Christine Zwingmann


Miroirs des chats
242 pages, 2008,
Editions Slatkine,
Genève.
CHF 98.–

Tribune des Arts - Décembre 2008 - No 367