WORLDTEMPUS – 19 avril 2010
Louis Nardin
Température minimale enregistrée: -17,7 degrés Celsius. Mais le vent, dont les bourrasques dépassent 60 km/h sur les flancs du Glacier de la Luette, fait baisser en flèche ce froid polaire. Pendant un week-end de randonnée à ski, j'ai porté une Spidolite de Linde Werdelin. Lors des sorties, elle a servi de base d'attache au micro-ordinateur amovible The Rock qui enregistrait de la température à l'altitude en passant par les pulsations cardiaques ou le chronographe.

Avec ce concept de montre-station – il existe aussi le Sea Instrument, un ordinateur pour la plongée développé sur le même principe -, la marque fondée en 2006 par les danois Morten Linde, directeur créatif, et Jorn Werdelin, directeur commercial, réactualise la notion d'instrument au sens strict en horlogerie. Mieux, les deux fondateurs ont décidé de construire un univers social autour de leurs montres. Ils ont donc écrit eux-mêmes des guides, également disponibles sous la forme d'une application pour iPhone, reprenant leurs hôtels préférés dans leurs stations favorites de Suisse, de France et d'Italie. Leur univers visuel créé aussi la différence avec en particulier des dossiers de presse constellés de dessins de bande dessinée tirés d'un univers mélangeant James Bond et les Cat's Eyes dans un univers de science-fiction. Plus qu'une marque horlogère, Linde Werdelin rime donc avec un style de vie confortable où le sport extrême, la technique et le goût de l'aventure personnelle servent de centre de gravité. La famille des épicuriens de sports alpins et sous-marins n'existait pas en horlogerie, c'est chose faite.

Kit d'aventurier
La Spidolite confiée arrivera dans un coffret noir et laqué renfermant tous les chargeurs, câbles, capteurs, et instructions nécessaires rangés par plateaux sur plusieurs étages. J'utiliserai prioritairement le thermomètre, un module en plastique qui s'accroche sur l'équipement, et le capteur de pulsation qui tient sur le cœur grâce à une bande élastique. Avant le départ, on n'oubliera pas de charger The Rock grâce à une prise USB – la batterie résiste d'ailleurs bien au froid et assure plusieurs dizaines d'heures d'activités. D'ailleurs, lors de ce test, aucun autre instrument n'a été embarqué pour vérifier l'exactitude des données. L'objectif était en effet d'expérimenter la pertinence d'une montre-support et d'évaluer la richesse des fonctionnalités offertes par l'ordinateur.

La légèreté, la robustesse et le confort au porté de la Spidolite s'imposent dès qu'on la met à son poignet. En effet, les arguments ne manquent pas à commencer par le boîtier en titane traité PVD noir qui présente des arrêtes vives et des parties évidées rappelant un outil de survie aux lointaines origines militaires. Seul inconvénient ici, ces cavités se remplissent rapidement de poussières et autres particules qu'il faut nettoyer régulièrement. Le bracelet, robuste et en toile renforcée, épouse parfaitement la forme du bras et donne le sentiment d'une sangle indéchirable. Equipée du mouvement Anton Schild mécanique à remontage automatique AS1876 modifié par l'horloger d'origine danoise Sven Andersen, cette version de la Spidolite, limitée à 44 exemplaires, arbore une glace saphir jaune. Touche décalée, elle n'embellit pas l'ensemble et gêne même la lecture de l'heure. A noter la forme d'inspiration glaive des aiguilles avec leur extrémité plate et celle des secondes complètement évidée qui offrent une lecture analogue du temps très cohérente avec l'esprit de la montre.

Excursion polaire
Le 6 mars dernier, nous sommes donc un groupe de huit skieurs et surfeurs à constater perplexes que la météo n'est pas bonne sur les hauteurs d'Arolla, dans les alpes suisses. Au restaurant, au moment du café de briefing, j'enclenche l'enregistrement de ma future randonnée sur The Rock. Malgré les gants et les nombreuses couches d'habits, l'ensemble montre et micro-ordinateur reste tout à fait confortable et pratique. Alors que la neige commence à tomber et que le vent se lève, nous atteignons le col du Pas de Chèvres duquel il faut redescendre de l'autre côté par 30 mètres d'échelles à la verticale. L'harnachement indispensable à ce genre d'excursion ballote attaché au sac à dos et c'est échelon par échelon que l'on descend doucement, les doigts s'engourdissant à cause de la température qui baisse encore.
Calcul de la pente
Après avoir traversé la plaine du Glacier de Cheilon, nous remontons pour atteindre la Cabane des Dix où nous passerons la nuit. J'en profite pour vérifier l'enregistrement des données et l'état général de The Rock. Il fonctionne parfaitement et j'apprends que l'intérieur de la cabane ne dépasse pas les 15 degrés. Comme il fait encore jour et que le ciel s'est momentanément éclairci, nous en profitons pour découvrir des techniques de sauvetage avec le guide et réaliser quelques clichés du magnifique panorama. J'en profiterai pour tester ici la capacité de The Rock à calculer l'inclinaison d'une pente, une information déterminante puisque les avalanches se déclenchent dans une zone comprise entre 30 et 45 degrés.

Le lendemain, les conditions se sont encore détériorées. Alors que le thermomètre indique 17 degrés en dessous de zéro et qu'un blizzard s'est levé, nous montons en direction du sommet de La Luette. Au premier tiers de l'ascension, nous décidons de rebrousser chemin. Il a fallu déjà s'arrêter plusieurs fois pour réchauffer des pommettes et un nez où pointaient des engelures et la visibilité est totalement nulle lorsque le vent souffle fort. Après une pause indispensable à la cabane pour redonner des couleurs aux visages de tous et aux pieds de certains dont je fais partie, nous redescendons sur Arolla que nous atteindrons en milieu d'après-midi et sous un soleil radieux.

Confiance indispensable
La Spidolite et The Rock auront donné entière satisfaction. Leur robustesse et la fiabilité de l'enregistrement des données ont créé une confiance indispensable. Utilisateur très occasionnel de ce genre d'appareils, notre guide Gille Sierro notera pourtant le côté pratique et la richesse des mesures disponibles. Mais plus qu'une montre ou un ordinateur, Linde Werdelin offre un ensemble d'instruments de pointe jouant également le rôle de marqueurs sociaux, en particulier pour la montre. Car, comme pour les marques réservant exclusivement un modèle aux acheteurs d'une voiture rare, par exemple, le porteur d'une Linde Werdelin fait savoir qu'il passe son temps libre sur la neige, ou dans l'eau. De quoi matérialiser une nouvelle tribu horlogère.
Dans cette version, la Spidolite vaut 9439 francs taxes comprises et The Rock entre 1360 et 2310 francs taxes incluses en fonction de la couleur.
