Le Louvre est un gigantesque harem

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Loin de la Joconde, le grand musée est saturé de nus partout épars. Pouvoir de suggestion et de rêve garantis.
Tribune des Arts - Novembre 2009
Michel Bonel

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François Boucher, L'Odalisque, vers 1745, huile sur toile, 65 x 54 cm, école française, Rococo. Musée du Louvre, aile Sully, deuxième étage, section 40. MUSÉE DU LOUVRE /DR

La prochaine fois que vous visiterez le Louvre, ce gigantesque musée aux dix mille peintures, ne vous égarez surtout pas dans les galeries interminables. Dans l'aile Sully, montez vite au deuxième étage, salle 40, Mademoiselle O'Murphy ne saurait attendre. Vous avez bien dit O'Murphy? Oui, de très dignes messieurs, tout bardés de diplômes, se sont acharnés à retrouver l'identité de cette ravissante Odalisque, signée du peintre François Boucher, vers 1745. Et c'est dommage, car cela enlève une part du mystère. Cette impudique jeune femme qui laisse voir ses fesses aux miroitements roses, selon la propre expression des critiques, ne peut être que d'une origine ordinaire. Ce serait la cinquième fille d'un soldat irlandais et d'une marchande de fringues. Une enfant en vérité, ce qui ajoute à l'excitation générale.

Car cette demoiselle, répétons-le, a l'effronterie de nous recevoir, couchée sur le ventre, les cuisses écartées, la chemise relevée. Il s'est même trouvé des observateurs qui se sont creusés la tête pour nous dire que sa nuque et ses épaules étaient d'une blancheur juvénile, idéale, mais que ses petits pieds étaient sales. Fétichistes, vous voilà prévenus. C'est qu'elle a été scrutée sous tous les angles, notre Odalisque, depuis plus de deux siècles et demi qu'elle existe. Et aujourd'hui encore, elle n'arrête pas de provoquer cette petite qui a du chien, avec ses yeux de biche qui nous fixent, dans un naturel désarmant.


Au Louvre finalement, il n'y a pas que la Joconde et son sourire figé pour l'éternité. Le plus grand musée de France est en fait un gigantesque harem de belles nudités. C'est Marc Fumaroli, historien de l'art et membre de l'Académie française, qui l'affirme dans la superbe revue Grande Galerie, éditée par Le Louvre. Et il n'hésite pas à évoquer Les Feux de l'Amour. Tiens, n'est-ce-pas là le titre d'un feuilleton télévisé américain qui n'en finit pas. C'est que toutes ces peintures du XVIIIe siècle, répandues à foison dans notre Louvre, font la part belle à une nudité à la fois gracieuse et insolente, alors que le XVIIe siècle, quelques salles auparavant, privilégie le nu masculin, académique à souhait. Autant d'exercices d'école.


Aussi, restons encore dans cette aile Sully, si ensorceleuse mine de rien. Omphale, cette reine de Lydie, s'apprête encore une fois à ensorceler son Hercule de mari; ça se sent, ça se voit sous le pinceau de François Lemoyne, en 1724. Un peu plus loin, François Boucher, encore lui, fait évoluer sa Vénus déjà conquise, dans un aérien ballet de voluptés. Le titre est alambiqué, Les Forges de Vulcain ou Vulcain présentant à Vénus les armes pour Enée, de 1757. Ici, le forgeron divin, se sait promis à de divins plaisirs, tandis que dans L'Enlèvement d'Europe, du même peintre, la mythologie, qui a bon dos, se fait encore plus mutine devant un taureau haletant de désir sous la férule d'Europe, sa “victime” supposée.Et que dire de ce lit, promu en trône de Vénus, tel que l'imagine un certain Lambert Sustris dans cette Vénus et l'Amour, des années 1550? Une déesse qui observe le coït de deux colombes à ses pieds. La pose, jambes ouvertes, est certes provocante. Mais tout est dans la suggestion, cette folle du logis, loin de ces gymnastiques aussi froides que réalistes qui fleurissent sur nos écrans et empêchent toute rêverie érotique. Merci Le Louvre de transfigurer si bien ce qui est si souvent perverti.

 

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