Quand la lune montre la voie
Il fallait une certaine audace, ou peut-être une belle obstination, pour répondre à la déferlante du quartz par un croissant de lune. Au tournant des années 1980, l'avenir de la montre se conjugue à la pile, d'une précision que la mécanique ne pourra jamais égaler ; la complication quant à elle passe pour un vestige. C'est à ce moment précis qu’une signature tombée en sommeil renaît, Blancpain. Cela ne passera pas par une sage trois-aiguilles, mais par la plus rêveuse des indications : le cycle de la lune. La Maison parie sur ce qu'aucun circuit électronique ne saura jamais imiter : l'émotion d'un mécanisme et ce petit visage qui veille discrètement sur le cadran.
En 1983, Blancpain dévoile le plus petit quantième complet à phases de lune de son temps (25,9 mm de diamètre) qui réunit pourtant, sur un cadran parfaitement lisible, le jour, la date, le mois et l'astre dans sa ronde. La lunette à double pomme, la rondeur sans esbroufe et le refus d’effet ostentatoire posent d'emblée une grammaire à laquelle la collection, qui ne prendra le nom de Villeret qu’en 2002, ne renoncera plus jamais : celle de l'évidence dans laquelle rien ne dépasse et tout se lit.
De toutes les complications, c'est la phase de lune que la maison choisit de faire sienne. Pourquoi ? Parce qu'aucune autre indication ne dit aussi bien le temps qu'on ne compte pas : celui des marées, des semailles, des nuits claires. La lune ne donne pas l'heure, elle donne le tempo d'un monde poétique, celui qui suscite une émotion si particulière. Reste le visage. Chez Blancpain, la lune en arbore toujours un. Depuis des siècles, on prête des traits à l'astre dans les contes et les croyances populaires. En perpétuant cet usage, l'horloger relie la rigueur d'un rouage à tout un imaginaire que chacun fait sien. Au creux du cadran, la lune cesse d'être un repère pour devenir le témoin silencieux des heures qui s’égrènent.
La relève
Quarante ans plus tard, l'héritière a gardé le même esprit : le Quantième Complet affiche toujours d'un seul regard le jour, la date, le mois et le cycle lunaire ; mais tout autour a été finement repris. Le boîtier de 40 mm s'est affiné, gagnant en élégance ce qu'il perd en présence. À midi, le chiffre romain a cédé la place au monogramme JB, discrète signature de la maison. La version qui résume le mieux ce raffinement marie l'or rouge à un cadran opalin finement grésillé, dont la blondeur laiteuse fait ressortir la lune. Logée dans une ouverture agrandie, l’astre à face d’or se détache sur un disque de céramique bleu profond. Pour régler ce petit monde, des correcteurs dissimulés sous les cornes s’actionnent d'une simple pression du doigt.
Une lune plus précieuse
Au dos, le verre saphir découvre le calibre 6654.4, sa masse ajourée en or et son spiral en silicium : sous la douceur du dessin veille une mécanique de manufacture. La pièce se décline aussi en acier et le cadran troque volontiers son opalin contre un brun doré soleillé. La même lune se fait plus précieuse encore dans un écrin de 29,2 mm de diamètre. Ici, le quantième à phases de lune resserre ses proportions et s'entoure de lumière : un rang de diamants sertit la lunette, d'autres ponctuent le cadran en guise d’index. Sous le verre, la mécanique ne cède rien à la parure avec le disque de lune en céramique bleue, l’astre d'or appliqué, et la fine aiguille serpentine qui vient pointer la date d'une courbe. Acier ou or rouge, l'esprit reste le même : la complication fondatrice de la maison, dans son plus délicat format.
Le 38 mm et le saumon entrent en scène
Si la phase de lune est la Villeret la plus expansive, l'Ultraplate en est le contrepoint le plus pur. Trois aiguilles, une date, un mouvement extra-plat, tout y tient dans la justesse du trait. Cette année, la plus discrète des Villeret s'autorise pourtant deux écarts. D'abord une taille supplémentaire, un 38 mm qui trouve sa place aux côtés du 40 mm emblématique, et ensuite, une teinte qu'elle n'avait jamais portée.
Le saumon entre en scène
Du saumon, donc. Sur une collection qui, ces dernières saisons, ne s’aventurait guère au-delà de l'opalin et des tons argentés, la couleur a quelque chose d'un petit coup d'éclat. Et ce d'autant qu'elle est servie par un cadran soleillé, dont les rayons partent du centre et font virer la teinte selon la lumière, du cuivre rosé au doré chaud. Le boîtier en acier tempère cette chaleur d'une note plus froide. Les chiffres romains, en or 18 carats, reçoivent un traitement noirci particulier qui les détache nettement sur le fond clair, prolongés par un bracelet en nubuck anthracite. L'ensemble joue le contraste sans jamais hausser le ton. C’est du Blancpain tout craché ! La pièce se décline également dans deux autres versions, l’une en acier et l’autre en or rouge, toutes deux habillées d’un cadran opalin doré.
Une confidence exclusive
Une autre version cultive la rareté plus encore, puisqu’il s’agit d’une référence que l’on ne trouve qu'au sein des boutiques Blancpain. Elle aussi joue la carte du contraste, mais à sa façon. Elle marie un boîtier en acier à des chiffres romains en or jaune massif, posés sur un cadran opalin aux reflets dorés, le tout monté sur un bracelet en nubuck vert olive, une couleur tout aussi inattendue que franche. L'acier et l'or, la sobriété et la fantaisie. L’alliance n’a rien d'ostentatoire bien au contraire, elle s’entend comme une douce confidence.
L’art de la minceur
Reste l'essentiel, sous le cadran. L'Ultraplate porte bien son nom : avec un boîtier de 8,35 mm d'épaisseur, elle gagne plus de deux millimètres de finesse sur le quantième complet, et c'est cette minceur qui lui permet de se glisser aisément sous une manche sans la faire bâiller. Le mérite en revient au calibre manufacture automatique 1150, qui déploie quatre jours de réserve de marche et se laisse admirer à travers le fond saphir. Pour le reste, l'Ultraplate l'hérite de la collection en quelques traits : le monogramme JB à midi, les chiffres aux faces satinées et aux flancs polis, et le guichet de date agrandi à 3 heures. La même grammaire, fidèlement reconduite.
De la phase de lune qui rêve sa course à l'Ultraplate réduite à l'essentiel, toute la Villeret tient dans cette fidélité, depuis 1983, à une même certitude : la vraie élégance n'a rien à prouver.