C’était l’objet horloger non identifié de l’année passée : Pirro. Une seule marque, une famille, un seul homme à la barre, une seule montre, tous venus d’Albanie. Autant dire une petite déflagration dans le microcosme horloger, peu habitué à voir venir des montres de cette envergure depuis un petit pays certes réputé pour son art, mais jusque-là peu enclin à taquiner l’horlogerie.
Et depuis, et surtout : et demain ? Pirro continue d’intriguer. Son présent déroute, son avenir interroge. Dans un paysage saturé de marketing où chaque manufacture tend à se rendre la plus lisible possible, l’OVNI Pirro étonne et détonne.
30 ans déjà
Ce serait pourtant une erreur de croire en la trajectoire naissante de Pirro. Cette année, la maison familiale, réunie autour du père, Pirro Ruço, fête ses 30 ans. L’homme est notamment spécialisé depuis 1985 dans la confection de médailles pour les dirigeants d’Albanie, puis a étoffé son activité avec de la joaillerie. Pirro est d’ailleurs, avec ce versant de joaillerie d’art, l’un des très rares ateliers qui, en Albanie, conçoit et réalise lui-même des pièces sur-mesure. Autant d’atouts grâce auxquels Pirro s’est ainsi imposé comme la colonne vertébrale de tous les cadeaux gouvernementaux. Assurant ainsi à Pirro Ruço une rente progressive que l’homme a dédiée au développement de ses propres passions artistiques, notamment l’horlogerie (avec la Passion Primordiale) qui synthétise artisanat et poursuite d’un nouveau dessein artistique.
« Nous avons plusieurs projets en cours », explique sa fille Alba. Invitée à s’exprimer sur une potentielle future collection horlogère, la jeune femme botte en touche : « Nous avons quelque chose en préparation, mais mon père n’est pas encore satisfait du mouvement », glisse-t-elle. La future pièce sera toujours marquée du sceau familial, et non d’impératifs commerciaux ni de fugaces tendances à la mode. Sont à prévoir une collection courante, et toujours des pièces uniques de très haut niveau.
Trouver un langage universel
Mais là n’est pas l’essentiel pour Pirro qui, une fois encore, sort des sentiers battus pour privilégier sa propre voie créative. « Ce qui compte pour nous est de raconter une histoire universelle, mais avec nos mots », poursuit Alba Ruço. « Notre culture est albanaise, notre savoir-faire aussi, mais les racines de nos clients sont ailleurs, partout dans le monde. Il faut donc que nous trouvions l’expression parfaite de notre essence qui puisse, par la bonne histoire, le bon design, les bonnes techniques, parler à tout le monde. Atteindre une certaine forme d’universalisme ».
Il est rare d’entendre, formulées aussi clairement, les préoccupations essentielles d’une maison si jeune dans l’horlogerie - lesquelles, bien souvent, accélèrent les sorties produits pour atteindre rapidement l’équilibre financier. Ce dont Pirro ne se soucie guère puisque la société familiale se finance encore essentiellement par son activité de médailles et de joaillerie. Celle-ci repose notamment sur l’art du filigrane (travail du métal créé en moulant un morceau de fil, généralement en or ou en argent, en un motif ornemental).
Exclusif : un nouveau modèle en préparation
Dans l’immédiat, la marque confirme sa trajectoire horlogère avec une première série limitée réalisée en or avec cadran en onyx gravé d’un motif de dédale. Un travail sur émail est également en cours. D’autres versions pourront suivre, utilisant des matériaux alternatifs et d’autres motifs toujours aussi marqués du sceau de la culture d’Albanie pouvant prétendre à une certaine universalité.
Il va falloir s’en contenter pour le moment, et le client coutumier de l’horlogerie Swiss Made traditionnelle en sera pour ses frais : Pirro prend son temps, celui de faire les choses bien, et à sa manière. De quoi attiser encore quelques convoitises...