L’horlogerie est un tissu industriel et de compétences, et certaines marques ont la bonne idée d’en sonder régulièrement les talents pour renouveler leur créativité et créer des montres qui sortent des sentiers battus. C’est la démarche adoptée par Montblanc en 2010 dans le cadre de son projet TimeWriter. Objectif : accorder son soutien à des talents prometteurs et associer tradition et innovation. Une pièce est née de cette impulsion : la Montblanc TimeWriter 1 Metamorphosis.
Révolution
C’est un OVNI horloger. Pour une fois, la montre n’apporte pas de véritable nouveauté à la complication « chronographe » en tant que telle. En revanche, lorsque l’on évoque son affichage, c’est une véritable révolution. À notre connaissance, aucune montre, ni de poche ni de poignet, n’avait encore esquissé une telle proposition technique ou esthétique. Dès le départ, Montblanc a eu l’élégance et la courtoisie de valoriser à leur juste mesure les deux créateurs du concept : Franck Orny et Johnny Girardin. Ils sont les fondateurs du bureau technique Télôs Watch SA, installé à La Chaux-de-Fonds depuis 2009. L’avènement de la Metamorphosis, dès l’année suivante, n’est d’ailleurs pas étranger à leur succès désormais reconnu, puisque le mandat Montblanc fut leur premier. Plutôt que de diviser le cadran — déjà fort restreint — pour y intégrer à la fois les informations horaires et celles du chronographe, les deux hommes ont préféré créer deux cadrans totalement dissociés. Comment ? En les superposant. Et c’est là toute la magie de la Metamorphosis : en abaissant une targette située sur la carrure gauche, le cadran s’ouvre en deux moitiés qui s’écartent, laissant apparaître deux autres compteurs (l’un à midi, l’autre à 6 h). Il s’agit de deux disques escamotables à la demande. L’affichage des heures en chiffres romains à 12 heures laisse alors la place à son équivalent en chiffres arabes, tandis que la date à 6 heures est remplacée par le totalisateur des minutes de la fonction chronographe.
Brillante !
L’idée est exceptionnelle. Déjà, elle est éminemment créative, unique et ludique. Ensuite, elle se montre particulièrement simple : il suffit de déplacer la targette pour transformer une montre indiquant les heures, les minutes, les secondes et la date en un chronographe, et vice-versa. Par ailleurs, elle représente une union de savoir-faire et de compétences qui répond parfaitement au cahier des charges du projet TimeWriter. Car, pour parvenir à créer la Metamorphosis, Montblanc a puisé à la fois dans l’horlogerie et dans les métiers de l’automate, pratiqués de longue date dans le Jura suisse et dont il ne reste que quelques dépositaires et marques (François Junod, Jaquet Droz, Van Cleef & Arpels, Reuge et John-Mickaël Flaux notamment). Enfin, malgré la complexité de son mouvement (718 composants), la Metamorphosis se montre preste et agile, couvrant et découvrant ses cadrans en une poignée de secondes, sans le moindre soubresaut — ennemi juré des automates, dont la qualité se juge à l’aune de leur fluidité. Notons enfin que le mouvement est cadencé à 18 000 alternances par heure, une basse fréquence propre au XIXᵉ siècle, mais ici réemployée pour sa faible consommation d’une précieuse énergie.
Une carrière qui se poursuit
La Metamorphosis a connu plusieurs itérations et reste encore ponctuellement animée. Le principal changement, entre 2010 et 2020, concerne le format de son boîtier : de la forme en goutte d’eau propre aux débuts, elle est passée à un format rond plus traditionnel, quoique d’un diamètre allant de 50 mm à 52 mm selon les versions. Depuis l’exécution très moderne de 2010, Montblanc a proposé plusieurs variations en or, guillochées, mais aussi en remplaçant le chronographe par un tourbillon, une phase de Lune ou un second fuseau horaire.