La mise en abîme par le rhodium
Le rhodiage consiste à déposer une fine couche de rhodium sur des composants de métal. Ceci permet d’éviter l’oxydation, et de conserver ainsi une couleur plus stable dans le temps. Mais également, la nuance blanc argenté métallique de ce métal précieux, de la famille des platines, possède un éclat bien particulier – qui s’utilise aussi à des fins esthétiques. La finition rhodiée, appliquée sur les ponts du mouvement de Folle Journée, transforme l’allure de la pièce. Les contrastes de couleur entre les ponts et les anneaux d’affichage deviennent plus forts et appuient la tridimensionnalité de la montre, lui confèrent davantage de caractère.
Vert, noir et bleu
Folle journée titille l’imagination, dans ses nouvelles versions rhodiées avec anneaux en bleu, noir, ou vert. Une dernière nuance d’ailleurs bien particulière, présentée pour la première fois sur ce modèle. Un vert comme une promesse de prairies ondoyantes, dans l’apaisante fraicheur du crépuscule. Le rhodiage des ponts vient paradoxalement attirer l’attention sur l’espace entre ces anneaux de couleur et les ponts... et de prendre conscience des trois dimensions de la pièce. Un jeu s’initie entre la matière et les «vides», agencés telle une sculpture du temps.
L’art, la culture, la littérature… toujours !
Pour comprendre l’esprit si particulier qui se dégage de Folle Journée, rappelez-vous le lancement de la pièce, en 2023. Alors, Trilobe surprenait à nouveau, par sa capacité à défier les codes de l’horlogerie et à créer une esthétique inédite. A la source de cette extraordinaire créativité, la culture. Car Gautier Massonneau, à l’origine de la marque en 2018, est un lecteur invétéré, de ceux qui savent faire dialoguer leur passion avec d’autres domaines. Les livres, les pièces de théâtre, les courants artistiques infusent ainsi son approche de l’horlogerie. Pour des propositions différentes, soutenues par une riche cohérence entre le fond et la forme.
Ainsi, Folle Journée, la troisième montre de Trilobe, exprime l’exubérance de la pièce «Le Mariage de Figaro, une folle journée» par Beaumarchais. La montre éclate en trois dimensions, «un exercice d’ailleurs plutôt difficile, explique Gautier Massonneau. Le lien avec Beaumarchais est très intéressant. Il fut d’abord horloger avant de devenir dramaturge. Sa comédie invite à s’opposer aux codes de son temps pour les reformuler différemment. Trilobe le fait d’un point de vue horloger.»
Mais, à travers Folle Journée, Trilobe crée aussi des liens anachroniques et créatifs entre Beaumarchais et l’architecture brutaliste dont les lignes ont inspiré le calibre X-Centric, signature de la marque. Mis au point par le Cercle des Horlogers, ce mouvement présente une construction originale, avec des lignes droites de verticales et d’horizontales, au lieu des plus conventionnelles dispositions en rond. «Ces grandes lignes de fuite créent un effet visuel fort qui évoque l’architecture brutaliste, aux ressorts identiques» clarifie le fondateur. Un agencement qui rappelle l’organisation rigoureuse et géométrique des constructions brutalistes – dont Le Corbusier fut notamment l’un des pionniers.
Chez Trilobe, le temps ne s’impose pas, il compose une nouvelle temporalité. Il s’échappe des conventions, se structure comme une œuvre, entre littérature et architecture. Avec ces nouvelles variations de Folle Journée, la lecture du temps est sculptée dans la lumière et les contrastes. Une invitation à se perdre… ou à se trouver, dans le rythme d’un jour pas tout à fait comme les autres.
*Liu Cixin, « La Mort Immortelle », 2010