Le secret des décorations Ferdinand Berthoud

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Méchanisme Ferdinand Berthoud ©Ferdinand Berthoud
Joséphine Helfer-Russo est responsable des développements et maîtrise d’œuvre chez Ferdinand Berthoud. Ses attributions recouvrent notamment la décoration, que l’atelier pousse à un niveau rarement atteint en horlogerie. Personnalité rare et discrète, elle en révèle ici quelques secrets.

Quels sont les matériaux que travaille un décorateur ? 

La majorité des composants de nos mouvements est en maillechort. C’est la tradition horlogère. Ses propriétés nous offrent la plus grande diversité de finitions. Nous travaillons aussi le titane, comme pour la cage de tourbillon, l’or pour les masselottes, ainsi que l’acier. 

Quelle est l’opération de décoration la plus délicate ? 

Le poli bloqué peut réserver des surprises. Il exige un toucher, de l’expérience et du temps pour parvenir à ce qui est communément appelé « poli noir ». À l’inverse, le sablage est plus « risqué » que compliqué. Il modifie la surface en projetant du sable sur un composant. Il faut sentir et maîtriser la force de la projection, bien contrôler la conformité du type de « sable » selon le rendu souhaité, et assurer la répétabilité de réalisation. Lorsque le sablage échoue, c’est irrécupérable. Il faut recommencer jusqu’à ce que ce soit parfait.

De même, lorsqu’on s’initie à l’anglage traditionnel à la lime, tout peut paraître délicat et difficile : la tenue de l’outil, la force à appliquer, la position et la hauteur à l’établi, propres à chaque artisan, la fatigue liée à la grande concentration et le recul nécessaire à juger de son propre travail. Le dialogue entre nous est permanent.

Décorateur au travail ©Ferdinand Berthoud
Décorateur au travail ©Ferdinand Berthoud

Comment juger de la perfection ? 

À l’expérience. Nous faisons « courir » la lumière sur le composant pour juger de son rendu et travaillons au minimum en grossissement X4 avec une loupe sur l’œil, voire avec un binoculaire x 6,7. C’est bien au-delà de ce qui se pratique en règle générale dans l’industrie, et même bien au-delà de ce que l’œil peut percevoir. Avec le temps, les critères de bienfacture que nous nous sommes fixés ont rendu l’équipe solidaire face à un objectif qui révèle autant le savoir-faire que le savoir-être en chacun. Ferdinand Berthoud c’est aussi une aventure humaine !

La terminaison suit-elle un cahier des charges ? 

Oui, nous respectons des valeurs géométriques selon le type de composant. Par exemple, l’anglage se fait toujours de 43 à 45°, suivant une largeur de 0,2 à 0,1 mm. La décoration ne doit par ailleurs jamais interférer avec la fonction du composant. Chez Ferdinand Berthoud, l’esprit scientifique de nos pièces prédomine. La fonction prime, la décoration suit. Par exemple, une largeur d’anglage accrue donnerait un brillant plus flatteur, mais n’aurait aucune justification technique. Nous ne le faisons donc pas. 

Méchanisme Ferdinand Berthoud ©Ferdinand Berthoud
Méchanisme Ferdinand Berthoud ©Ferdinand Berthoud

Développez-vous vos propres finitions ? 

Non. C’est même plutôt l’inverse : nous supprimons certaines finitions qui ne sont pas justifiées dans une montre Ferdinand Berthoud, comme le perlage. Berthoud n’en faisait pas lui-même. Nous n’avons pas de raison d’en faire. En revanche, nous sommes très créatifs dans notre manière de travailler. Nos techniques évoluent en permanence, tout comme l’usage de nos outils, les matériaux utilisés pour devenir meilleurs, plus précis. A l’avenir, cela nous ouvrira peut-être de nouvelles idées de finitions.

Et plus rapides ? 

Si nous constatons que nous passons un temps déraisonnable à la décoration d’un composant, nous allons interroger notre manière de faire, mais pas le résultat. Ce n’est pas le temps passé qui va déterminer notre travail, mais la méthode employée. Nous sommes en formation continue.

Machine de décoration chez Ferdinand Berthoud ©Ferdinand Berthoud
Machine de décoration chez Ferdinand Berthoud ©Ferdinand Berthoud

Question personnelle : quel est le composant dont vous préférez la finition ? 

La FB3 avec son mouvement à spiral cylindrique, certifiée chronomètre par le COSC, et sa décoration à première vue très sobre, nous a donné beaucoup de fil à retordre. Dompter cette décoration sablée pour un rendu aussi subtil et harmonieux est l’une des plus belles réalisations de l’équipe. Tout le monde a dû s’adapter, de la décoration à l’horlogerie, en passant par la logistique. Nous voulions un résultat soyeux fait de manière artisanale et nous nous sommes donné les moyens d’y parvenir. Notre équipe a beaucoup grandi grâce à cette décoration qui reflète en tous points le projet Ferdinand Berthoud : transmission et persévérance !

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