L’attrait durable de la complication rétrograde

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Lady Arpels Pont des Amoureux Hiver © Van Cleef & Arpels
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Des récits poétiques de Van Cleef & Arpels à l’approche avant-gardiste d’Urwerk, la fonctionnalité rétrograde permet d’imaginer des manières entièrement nouvelles d’indiquer l’heure.

Pour quiconque s’intéresse, même de façon superficielle, à l’astrologie, la simple évocation d’un mouvement rétrograde suscite généralement un léger sentiment d’appréhension. En effet, lorsqu’une planète entre en rétrogradation — une illusion d’optique qui donne l’impression qu’elle se déplace en sens inverse, ou « rétrograde », sur son orbite — les retards ou les malentendus, prétendument dus à la diminution de son influence, seraient amenés à s’intensifier. Mercure, la planète qui régit la communication, entre en rétrogradation plusieurs fois par an, provoquant de manière quasi systématique une bonne dose d’hystérie.

Dans les cercles horlogers, en revanche, une fonction rétrograde — définie par la Fondation de la Haute Horlogerie (FHH) comme « une aiguille des heures, des minutes, des secondes ou du calendrier qui se déplace le long d’une échelle et qui, à la fin de son cycle, revient instantanément à zéro pour recommencer » — produit l’effet inverse sur les horlogers comme sur les collectionneurs, c’est-à-dire qu’elle tend à susciter émerveillement et ravissement.

« Cela permet de faire preuve de créativité dans la conception de la montre et dans l’exécution du cadran », explique à Worldtempus Isabella Proia, responsable des ventes et spécialiste internationale senior pour l’horlogerie chez Phillips à New York. Elle attribue l’attrait de la fonction rétrograde à deux facteurs : « Elle ajoute une couche de complexité et de défi à la fabrication du mouvement. Elle ouvre aussi une autre manière d’indiquer l’heure. Et ce que les horlogers aiment vraiment faire, c’est trouver des façons alternatives de donner l’heure. »

Montre Lady Arpels Pont des Amoureux © Van Cleef & Arpels

Prenons par exemple les garde-temps à complication poétique produits par Van Cleef & Arpels. L’un des premiers exemples remonte à 2010, lorsque la maison a dévoilé la montre Lady Arpels Pont des Amoureux. Ce modèle représente deux amoureux glissant l’un vers l’autre sur un pont parisien. Grâce à son double mouvement rétrograde, l’avancée de la femme sur le côté gauche du cadran indique les heures, tandis que celle de l’homme, sur le côté droit, marque les minutes. À midi et à minuit, ils se rejoignent pour s’embrasser. Cette pièce, qui a remporté le prestigieux Grand Prix d’Horlogerie de Genève (GPHG) dans la catégorie montre pour dames l’année de son lancement, est largement considérée comme une icône de la narration rétrograde.

Plus tôt cette année, Van Cleef & Arpels a dévoilé une suite très attendue, la montre Lady Arpels Bal des Amoureux Automate, qui prolonge l’histoire d’amour commencée sur le pont. Cette pièce, qui montre le couple profitant d’une soirée dans une guinguette, un café-dansant parisien en plein air, est dotée d’un mouvement à automates et d’un affichage rétrograde reprenant le principe de l’original.

Montre Lady Arpels Bal des Amoureux Automate © Van Cleef & Arpels

Bien entendu, toutes les montres à affichage rétrograde ne sont pas aussi romantiques. Patek Philippe a produit deux modèles rétrogrades emblématiques, les références 5013 et 5050, qui proposent une interprétation plus classique et élégante de cette complication. Cette dernière, une montre-bracelet à calendrier perpétuel lancée en 1993, est particulièrement estimée, même si de nombreux experts la jugent sous-appréciée.

Montre Patek Philippe Ref. 5050 © Patek Philippe

Vacheron Constantin est créditée de la création de deux des montres rétrogrades les plus marquantes de l’histoire horlogère : la Don Pancho de 1936, une montre de forme tonneau dotée d’une date rétrograde, commandée par un magnat espagnol de l’industrie minière, et la Mercator, un modèle lancé en 1994 et équipé d’un système d’indication du temps à double rétrograde — pour les heures (sautantes) et les minutes (traînantes) — rendant hommage à un thème très précis.

Logan Baker, écrivant pour Phillips, explique que cette dernière montre-bracelet a été conçue « comme un hommage à Gérard Mercator, géographe flamand du XVIᵉ siècle, à l’occasion du 400ᵉ anniversaire de sa mort. Le cadran de la montre présentait une interprétation de l’une des cartes du monde de Mercator. Le dessin des aiguilles des heures et des minutes était pensé pour évoquer l’apparence d’une boussole, prolongeant ainsi le thème cartographique ».

Montre Vacheron Constantin Mercator © Vacheron Constantin

Malgré leur fonctionnement tourné vers l’arrière, les montres rétrogrades séduisent également les créateurs les plus futuristes de l’industrie. Exemple emblématique, en 2009 : la UR-CC1 « King Cobra » de la marque avant-gardiste Urwerk. Inspirée d’une Patek des années 1950, la King Cobra affiche l’heure sur deux échelles linéaires, plutôt que par l’indication circulaire traditionnelle, le tout logé dans un boîtier noirci résolument non classique — une preuve supplémentaire que, malgré un attrait vieux de plusieurs siècles, la complication rétrograde continue de projeter l’horlogerie vers l’avenir.

Montre Urwerk UR-CC1 “King Cobra” © Urwerk
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