Dès le XVIIIe siècle, Pierre Jaquet-Droz, horloger et inventeur, puis ses descendants n’a cessé d’explorer la poétique du mouvement avec des automates fascinant tant par leurs plastiques que par la complexité de leurs rouages. La miniaturisation de composants a permis de transposer l’univers onirique des créations familiales au cœur des garde-temps assemblés dans les ateliers de La Chaux-de-Fonds.
Les savoir-faire transmis au fil des générations trouvent chez Jaquet Droz une résonance rare. Héritière des merveilles mécaniques d’antan, la marque perpétue encore au XXIe siècle cet art capable de provoquer l’émotion. En 2012, The Bird Repeater constitue une ode à ce patrimoine vivant. La montre associe spectacle visuel et virtuosité horlogère.
Sous un dôme, un couple de messages se meut avec délicatesse assistant à l’éclosion d’un œuf. Cette œuvre poétique est rythmée par les notes émises par une répétions minutes. Une décennie plus tard, le modèle contemporain Charming Bird Titanium illustre toujours cette volonté de continuité.
Un minuscule oiseau de 13,5 mm, gravé et peint à la main, babille véritablement, grâce à un système de piston et d’air comprimé. L’automate dispose de sa propre réserve de marche remontée par la couronne à 2h. Une pression sur le bouton coaxial déclenche l’animation. Celle-ci peut durer environ 30 secondes, pendant lesquelles trois notes créent une mélodie enchantée. L’animal placé sous un dôme de saphir entre alors en mouvement. Il ouvre son bec, tourne sur lui-même, bat des ailes et de la queue. L’espace ne se limite pas à afficher, elle favorise le mouvement.
Suggérer plutôt que montrer. L’exercice est tenu. Jaquet Droz pousse son expertise vers une forme d’absolu où la transparence devient matière essentielle. La Tourbillon Skelet Saphir Opale s’impose comme une démonstration magistrale de cet art de l’épure.
Sa boîte 100 % en saphir abolit les frontières pour laisser la lumière circuler en toute liberté. Les photons enveloppent le tourbillon volant et, le cadran des heures et minutes formant l’emblématique architecture en 8, symbole d’infini, cher à la marque. Les reflets irisés de l’opale, pierre fine choisie pour éclat, évoluent selon l’angle du regard posé sur la montre. La transparence offre également aux ponts et à la masse oscillante en or de contribuer à l’esthétique si singulière.
Dans l’usage pertinent des matières translucides, tout s’efface, sauf l’essentiel. Le tourbillon Skelet Saphir – Bushidô propose pour thème central l’univers médiéval des samouraïs. Aucun obstacle visuel ne vient perturber la découverte du masque du guerrier japonais reposant au sein du boîtier de 42 mm de diamètre. Gravure, peinture, émaillage, sertissage ont permis de finaliser après 200 heures de travail cette création exclusive qui ne comporte aucune surface plane.
Le fond saphir révèle l’architecture du calibre à remontage automatique. Par ailleurs, l’harmonie graphique se retrouve entre le tourbillon positionné à 12h et le barillet à 6h. La masse oscillante ajourée usinée en or rouge facilite la découverte du calibre, et de l’arrière du masque paré de sakura, les fleurs de cerisier.
« Sa surface principale est peinte à la main, mais ses cornes sont en émail translucide… La gravure en creux de sa base en or rouge laisse ressortir yeux, nez et bouche, soulignés d’un trait d’or. Le visage comporte – et c’est une première pour Jaquet Droz – un sertissage de perles de verre Murano, accentuant tantôt la couleur jade dominante, tantôt les accents menaçants de rouge que l’on retrouve aussi sur les deux aiguilles peintes à la main » précise-t-on en interne.
Le chiffre 8
Chez Jaquet Droz, le 8 n’est pas qu’un chiffre. Sa présence symbolise les deux dimensions infinies qui régissent l’univers, l’espace et le temps. Il se matérialise au sein des créations dans lesquelles deux cercles circulaires s’unissent pour former un huit stylisé. Cette présence permet en outre une mise en scène rigoureuse et équilibrée des cadrans.
Une esthétique minimaliste
Lignes épurées, cadrans décentrés, jeux de symétrie… La géométrie selon Jaquet Droz a fait du vide une figure remarquable qui élargit les champs du possible du design horloger. L’absence apporte l’harmonie, la lisibilité. La simplicité entre au service d’une complexité discrète.
Au service de la tradition
Même lorsqu’elle exploite les propriétés des matériaux modernes ou précieux, la marque les met au service de sa maître technique, démontrant sa capacité à concevoir des mouvements de haute horlogerie d’exception.
Jouer avec les transparences donne également la possibilité de mettre en scène un composant d’un garde-temps. Sur le cadran de la Tourbillon or rouge Catrina Skull, Jaquet Droz rappelle que, dans la culture mexicaine, la mort n’est pas une fin, mais une fête, au moyen d’une vision décalée du célèbre Jour des morts, le Dia de los Muertos. Un crâne désaxé orné de couleurs intenses et de motifs floraux prend vie à l’aide des gestes précis des artisans. La micro-peinture, des paillons et l’émail grand feu s’unissent pour donner profondeur et éclat à cette composition symbolique.
La beauté éphémère du temps s’incarne aussi dans l’œil de la vanité avec les girations magnétiques du tourbillon volant. Dans cet espace translucide, chaque élément participe à cette sculpture cinétique suspendue. Une fois encore, la lumière s’y diffracte, mettant en exergue dans le moindre détail l’organe réglant.
À travers ces créations translucides, Jaquet Droz transforme la montre en œuvre d’art. L’ombre et la lumière, la mécanique et la matière dialoguent avec éloquence dans un soucis d’équilibre. La transparence s’impose comme une évidence.