Voutilainen, Journe, Candaux, Richard Mille : autant de marques et horlogers indépendants qui suscitent la convoitise de la quasi-totalité des collectionneurs, avec souvent, malheureusement, pour seule certitude de ne jamais pouvoir les acquérir. Car les tarifs pratiqués par ces fleurons de la Haute Horlogerie se comptent à six chiffres.
C’est vrai - et justifié par la qualité de leurs montres - mais c’est oublier un peu vite qu’il existe une autre horlogerie indépendante, qui travaille sur des bases de mouvements plus abordables, avec une réelle valeur ajoutée en termes de design et de technique, pour offrir une authentique griffe Swiss Made semblable à aucune autre.
Claude Meylan fait partie de ces rares horlogers. Il n’est pas le seul - on pense à Baillod - mais il est l’un des rares à travailler des géométries très particulières, loin du cercle parfait privilégié par la plupart des marques précitées. L’intérêt de la démarche ? Arborer un nom plus confidentiel, des lignes uniques, affirmer sa personnalité, afficher une connaissance pointue du marché horloger, mais sans y laisser deux ans de salaire.
Hymne à la Tortue
La Tortue de Claude Meylan offre tout cela depuis un certain temps. Mais ce qu’il y a de nouveau est que, pour la première fois, la pièce est dotée d’un mouvement automatique – pour le prix de 5’500 CHF. Révolution ? Au premier regard, non. Toutes les marques ont en catalogue pléthore de modèles à remontage automatique. Ils représentent l’écrasante majorité du marché de la montre mécanique depuis plus de 30 ans. Mais pour Claude Meylan, oui, c’est une petite révolution, et pour deux raisons.
La première est que la collection Tortue n’en proposait pas jusqu’à présent, hormis dans les références féminines. Il n’existait aucune Tortue Automatique pour hommes, donc en 40 mm de « diamètre », si l’on peut nommer de la sorte une pièce aux contours de rectangle arrondi. C’était un choix assumé de la marque. Un hommage à la belle horlogerie de la vallée de Joux, animée par une préférence historique pour le remontage manuel.
La seconde raison est que Claude Meylan est l’artisan type du squelette. Il ne s’agit pas simplement d’un cadran ajouré. La marque pratique le noble et véritable art du squelettage qui consiste à évider chacun des composants du mouvement jusqu’aux limites de sa résistance physique. L’exercice, qui remonte aux premières lueurs du 17e siècle, est particulièrement délicat. Il vise à faire pénétrer le maximum de lumière au sein du mouvement. Ce qui, par nature, est peu compatible avec le fait de le doter d’une masse oscillante qui, à elle seule, en obstruerait la moitié de la surface.
Remontage mystérieux
Pour parvenir à la fondre au cœur de son design squelette, Claude Meylan a pris deux options. La première : loger le mouvement au centre d’une surface périphérique pleine. Elle masque, à elle seule, la moitié de la largeur de la masse oscillante. Le subterfuge stylistique est aussi simple qu’efficace : le regard est naturellement dirigé vers le cœur du cadran qui, lui, reste bien 100% squelette.
Seconde option graphique : traiter la surface résiduelle visible de cette masse oscillante du même ton que le reste du mouvement. Ce que l’on peut toujours apercevoir du rotor est donc noyé dans le chromatisme gris souris du reste du mouvement, à peine perceptible en sa périphérie. Un rotor camouflé, en somme, peu visible mais bien présent, mais qui remplit bel et bien son office de remonter l’ETA 2892 de ses 42 heures de réserve de marche conventionnelles...sans rien en voir ou presque !
En découvrir davantage sur Claude Meylan ici