La saga de la Nautilus de Patek Philippe: sa véritable mesure

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© Patek Philippe
Devenue la montre la plus désirable de toutes, la Nautilus de Patek Philippe fête ses 50 ans, et David Chokron explore pour WorldTempus l'histoire et les origines de cette icône inattendue.

Chapitre 2/6 – D’un design unique à une collection complète

Lancée en 1976 comme une référence unique, la Nautilus s’est rapidement transformée en une collection à part entière, mais pas nécessairement celle que l’on imagine aujourd’hui. L’état actuel de la ligne diffère largement de ce qu’elle a été pendant la majeure partie de son histoire. Le modèle qui domine toute la gamme, bien qu’il ait été retiré il y a quatre ans, agit comme un filtre mental lorsqu’il s’agit de comprendre ce qu’est réellement la Nautilus. Pour saisir pleinement l’ampleur de cette collection, il faut dépasser la 5711, le Jumbo moderne, devenue à la fois le point de départ et l’aboutissement des montres sport à bracelet intégré, des pièces à forte revente, des montres « cool » et, d’une certaine manière, de toutes les Patek. Mais ne brûlons pas les étapes.

De l’expérimentation radicale à l’élargissement de la collection (1976–1998)

En 1976, Philippe Stern parie ainsi sur une montre radicalement différente du style traditionnel de Patek Philippe : la Nautilus 3700/1A. Aujourd’hui considérée comme un véritable Graal par les collectionneurs, elle est la Nautilus originelle, celle par laquelle tout a commencé. Sa rareté constitue l’une des raisons majeures de son attrait : les quantités produites par Patek étaient limitées. À l’époque, il s’agissait d’une collection secondaire au sein d’une maison relativement modeste. Pour la faire vivre, Patek a plutôt multiplié les déclinaisons.

Dès son lancement, la 3700 en 42 millimètres a été proposée en acier mais aussi dans différents métaux précieux, au cœur de l’identité de la marque. Peu après, une autre Nautilus apparaît : la référence 4700, un modèle plus petit de 27 millimètres, destiné aux femmes, doté d’un bracelet entièrement différent. Cette version devient le support de nombreuses variations, souvent serties de diamants, parfois de manière très généreuse. Conçue initialement pour les hommes, la Nautilus s’est donc rapidement vue accompagnée d’une déclinaison féminine. Les modèles 4700 étaient tous animés par un mouvement à quartz, alors en pleine vogue et arrivé à maturité technologique, un domaine dans lequel Patek s’est fortement investi.

Patek Philippe n’a jamais cessé d’explorer les possibilités offertes par le boîtier presque carré de la Nautilus afin d’en affiner les proportions. En 1981, la 3700 laisse place à la 3800 en 37.5 millimètres, plus compacte, avec des dimensions et un mouvement révisés, tout en conservant l’essence du modèle. Puis, en 1998, la référence 3710 apporte la première complication à la collection. Il ne s’agissait pas d’une complication majeure : elle présentait un indicateur de réserve de marche, discret et peu lisible sur le côté, ainsi que, de façon plus marquante, des chiffres romains. À partir de là, la Nautilus entrait dans une nouvelle ère, irréversiblement transformée.

Nautilus 5711 © Patek Philippe

Une montre sportive avec des limites : des complications sans Grandes Complications

Faisons un bond jusqu’en 2005. Patek Philippe choisit alors de faire de la Nautilus une véritable ligne au sein de son catalogue, en l’élargissant selon une approche similaire à celle adoptée pour la Calatrava. La Nautilus s’apprête à entrer dans l’univers des complications. Pourtant, un élément interpelle : à une période où les montres compliquées étaient particulièrement recherchées, dans un marché en pleine effervescence créative, technique et financière, Patek Philippe n’a jamais équipé la Nautilus de ce qu’elle considère comme ses Grandes Complications.

Durant les années 2000 et 2010 — que l’on peut qualifier d’Âge d’Or de la haute horlogerie — la Nautilus n’a jamais accueilli de rattrapante, ni même de chronographe à remontage manuel, pourtant traditionnellement perçu par Patek comme plus noble que sa version automatique. Aucun tourbillon, aucun calendrier perpétuel, et bien sûr aucun mécanisme à sonnerie ne sont venus enrichir la collection. Seul un calendrier annuel a été introduit en 2010. Pendant ces quinze années décisives, la Nautilus est donc demeurée une ligne aux complications modestes à intermédiaires. Pourquoi ? Sans que cela n’ait jamais été officiellement formulé, le raisonnement semblait être le suivant : « ce n’était pas approprié ». Patek n’aurait pas intégré une complication délicate dans ce qui restait avant tout une montre sportive. À leurs yeux, ces deux dimensions n’étaient pas compatibles.

Nautilus 5990 © Patek Philippe

L’ère de la 5711 et l’ascension inattendue 

La Nautilus atteint véritablement sa maturité en 2006 avec l’arrivée de la référence 5711. Proposée de nouveau dans différents matériaux, elle gagne en notoriété, mais demeure alors une montre au style vintage que peu de personnes comprennent réellement — et que moins encore apprécient. Elle reste confidentielle, loin des tendances, en dehors d’un cercle restreint de collectionneurs éclairés. Il en va de même pour la version à petites secondes, phase de lune et réserve de marche (réf. 5712), pour le chronographe automatique (réf. 5980), ainsi que pour la 5990. Cette dernière fait figure d’exception : pour la première fois, Patek transforme les « oreilles » du boîtier en poussoirs permettant d’ajuster l’heure locale. Toutefois, avec ses 12,45 mm d’épaisseur, elle est perçue comme particulièrement imposante au regard des standards habituels de la Maison.

Il s’agit alors de montres pratiques, au positionnement sport-chic, un segment encore relativement discret à cette époque. Puis, aux alentours de 2018, la dynamique change radicalement, et Patek Philippe décroche un succès fulgurant.

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