La saga de la Nautilus de Patek Philippe : l’épilogue du 50e anniversaire

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Patek Philippe Nautilus © Anders Modig Davin
Après être devenue la montre la plus désirable de toutes, la Nautilus de Patek Philippe fête ses 50 ans. La révélation tant attendue a eu lieu et met en lumière, de manière assez claire, la stratégie de la maison en matière de montres sportives.

Chapitre 6/6 

C’est désormais officiel : l’événement que passionnés, collectionneurs, amateurs, acheteurs et vendeurs attendaient s’est tenu le 14 avril 2026. Patek Philippe a enfin présenté les modèles commémorant le cinquantenaire de la Nautilus. Le résultat s’est révélé quelque peu décevant et, à bien y regarder, cela n’a rien de surprenant. En 2016, pour les 40 ans, deux modèles avaient été lancés, se distinguant essentiellement par l’ajout de diamants baguette sur le cadran. Le 50e anniversaire suit une logique similaire. La véritable surprise se situe ailleurs, et elle a surpris de nombreux amateurs de la marque… dans le bon sens.

Ce cinquantième anniversaire avait tout d’un événement commercial, destiné à écouler des montres onéreuses, relativement simples à produire, auprès d’un public passionné, quelles que soient ses motivations : passion sincère, appréciation éclairée ou simple spéculation. Dans cette optique, Philippe Stern a retenu quatre modèles parmi sans doute de nombreuses propositions. Les différences sont subtiles, il faut donc y prêter attention.

Le premier modèle est la référence 5610P, qui marque le retour à un format plus compact de la Nautilus, ici en version entièrement en platine. Le boîtier affiche 38 mm de diamètre pour une épaisseur particulièrement fine de 6,9 mm. Le second modèle est une 5810 en or gris de 41 mm, à ne pas confondre avec la 5811G toujours au catalogue, équipée d’une date et d’une seconde centrale. Dépourvue de ces fonctions, avec un boîtier de 6,9 mm d’épaisseur et montée sur bracelet, la 5810G reprend le design « Jumbo » tant apprécié des amateurs.

Le troisième modèle est également une 5810G, mais proposée sur un bracelet au style denim et dotée d’index en diamants taille baguette. Cette combinaison, plus décontractée et moins formelle qu’une version entièrement métallique, peut surprendre. Patek cherche depuis longtemps à séduire une clientèle plus jeune, au style plus détendu mais disposant de moyens considérables. Cette déclinaison pourrait répondre à cet objectif. Les trois versions partagent toutefois un point commun : un cadran épuré. Le motif jugé peu harmonieux des éditions du 40e anniversaire a disparu. À la place, la mention commémorative est gravée sur le micro-rotor du calibre 240, largement utilisé pour ces modèles. Les séries sont limitées à 1000 ou 2000 pièces, ce qui reste relativement large pour des éditions dites limitées.

La Patek Philippe Nautilus 5810G entièrement en or gris, limitée à 2 000 exemplaires © WorldTempus

Beaucoup espéraient une complication exclusive, une réalisation audacieuse, un cadran spectaculaire, bref une pièce hors norme destinée à une élite extrêmement restreinte. Au lieu de cela, Philippe Stern a surpris tout le monde avec la référence 958G… une horloge de bureau Nautilus. Il s’agit de la plus grande Nautilus jamais produite, avec 50 mm de diamètre et 13 mm d’épaisseur. Elle embarque bien un mouvement de montre-bracelet, mais elle ne peut évidemment pas être portée au poignet. Lourde et imposante, elle ne permet pas d’afficher ostensiblement son statut. Il est toutefois possible de l’accrocher à une chaîne pour la porter dans une poche, voire autour du cou pour les plus audacieux, au risque d’endommager vêtements ou cervicales… sans oublier qu’elle n’est même pas étanche à 30 mètres.

L’inattendue, littéralement importable, horloge de bureau Nautilus Patek Philippe Nautilus ref. 958G – Édition limitée à 100 exemplaires © Patek Philippe

Cette pièce massive et peu portable semble presque adresser un message aux amateurs les plus fervents de la Nautilus : non, la marque ne répondra pas à toutes leurs attentes. Oui, elle continuera à proposer des éditions limitées coûteuses pour capitaliser sur son succès. Mais non, elle ne fera pas de la Nautilus son modèle ultime. Au contraire, elle amorce un changement de cap en mettant en avant une nouvelle icône, le projet de Philippe Stern : la Cubitus, encore peu reconnue au sein de la lignée Nautilus.

Le véritable tournant stylistique et conceptuel réside dans l’introduction de la Cubitus 5840P Skeleton Perpetual Calendar, au design inédit chez Patek Philippe. Pour mesurer l’ampleur de ce changement, il suffit d’observer un détail : sur les boîtiers en platine de la marque, un diamant taille brillant est habituellement placé à 6 heures. Ici, il est taillé en baguette, en harmonie avec la forme du boîtier, une première pour Patek.

Nautilus référence 5810G-001 – Edition limitée 50e anniversaire © WorldTempus

Le mouvement lui-même est entièrement nouveau. Le calibre automatique carré et extra-plat 28-28 Q SQU, bien qu’héritier du calibre 240 dans sa conception, adopte une esthétique résolument contemporaine. Les éléments traditionnels disparaissent : pas de rubis visibles, aucune teinte rouge, presque plus de jaune laiton. Les pierres sont transparentes et les surfaces dominées par des tons gris. Les ponts sont ajourés selon un motif horizontal, sans courbes, uniquement composé de lignes droites. Ce langage graphique se retrouve également sur le cadran bleu, avec des ouvertures façon persiennes intégrées au motif strié caractéristique.

La Cubitus incarne ainsi une vision moderne de l’horlogerie, poussée ici à son expression la plus radicale chez Patek Philippe. Elle symbolise une orientation vers l’avenir et, en filigrane, s’impose comme la nouvelle référence des montres sportives de la marque.

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