« Le temps est une chose, le mesurer en est une autre. » Cette distinction, essentielle pour Emmanuel Breguet, éclaire aussi l’œuvre d’Abraham-Louis Breguet. À la fin du XVIIIe siècle, l’horloger ne se contente pas d’améliorer la précision des montres : il réinvente la manière même de lire l’heure.
L’exemple le plus frappant est sans doute la montre à tact, créée en 1799. Après la lecture visuelle et les montres à répétition permettant de lire l’heure par le son, Breguet imagine un troisième mode d’interaction : le toucher. Grâce à des repères tactiles disposés sur le boîtier, l’heure peut être consultée discrètement du bout des doigts. Une idée audacieuse dont l’influence se retrouve encore aujourd’hui dans certaines créations de la maison.
Pour l’historien, la postérité de Breguet tient également à une qualité plus rare encore : son sens du design. Bien avant l’heure, la maison développe une esthétique fondée sur la simplicité, débarrassant ses montres des ornements superflus pour privilégier la lisibilité et la fonction. Le guillochage illustre parfaitement cette philosophie, alliant élégance visuelle et utilité pratique grâce à ses propriétés antireflets.
Cette capacité à unir beauté et fonctionnalité explique pourquoi les inventions de Breguet continuent d’inspirer l’horlogerie plus de 200 ans après leur création. « Pour l’historien que je suis », conclut-il, Breguet « représente un cas rare, véritablement exceptionnel ». Peu d’ingénieurs peuvent se targuer d’avoir conçu des solutions qui demeurent aussi pertinentes deux siècles plus tard.