Au début du XXe siècle, les héroïnes ne sont plus des princesses mais des scientifiques (Marie Curie), des romancières (Colette) ou des créatrices de mode (Coco Chanel). À l’heure où les suffragettes secouent l’Angleterre et où Copenhague réclame une Journée de la Femme, un homme perçoit avant tout le monde ce que cela signifie : Paul Mercier. Le 16 décembre 1918, lorsqu’il pousse la porte du bureau de William Baume à Genève, il pressent que les femmes ne veulent plus être spectatrices de l’horlogerie. Elles désirent comprendre le langage du temps, maîtriser l’heure, affirmer leur autonomie. Baume, maître horloger à la rigueur exemplaire, l’accueille d’un regard attentif et lui lance : « Vous êtes un avant-gardiste. Un homme qui a une perspective. » Visionnaire, Mercier place déjà les femmes au cœur du mouvement, au-delà des conventions et des réclames de l’époque. C’est le début d’une grande histoire.
Féminité, finesse et fantaisie
L’horlogerie féminine se réinvente : miniaturisation, technicité et élégance. Des montres-bijoux, oui, mais surtout des montres de conviction. Pendant les Années Folles et l’Art déco, Baume & Mercier frappe fort avec des modèles ultra-plats, parmi les plus fins au monde. Les mouvements « baguette » s’adaptent aux boîtiers féminins aux formes originales: rectangle, carré, tonneau ou coussin. En juillet 1920, la consécration arrive à la Foire de Genève : la presse s’emballe, saluant la finesse et la créativité des créations de la Maison.
Marquise, la montre qui a tout changé
1935 marque un tournant. William Baume part pour raisons de santé, suivi deux ans plus tard par Paul Mercier. Ernest Ponti et Constantin de Gorski prennent les rênes. Les femmes actives et autonomes cassent alors les codes. Dans les années 50, Baume & Mercier les met en scène : une femme médecin, au poignet précis, attentive au calibre autant qu’au style. Elle exige un mécanisme haut de gamme. La fiabilité devient sa priorité. C'est à ce moment-là que la Marquise voit le jour. Son concept? Une boîte reliée par des articulations invisibles aux extrémités du bracelet, calibre Lépine ou savonette, simple ou joaillière. Raffinée, elle devient la montre la plus vendue jusqu’aux années 60 et établit définitivement la réputation de la Maison auprès des femmes.
Galaxie et Stardust, l’apogée du design
Les années 70 et la révolution culturelle ouvrent ensuite un nouveau chapitre. L’Homme marche sur la Lune. Le futur s’invite au poignet. Baume & Mercier réinvente ses codes : audace, lignes épurées, montres-bijoux avant tout. Galaxie joue avec l’asymétrie, sculpturale et moderne. Stardust étincelle de 138 diamants sur un cadran en onyx et décroche la Rose d’Or de Baden-Baden en 1973. La montre n’est plus un simple instrument : elle devient un bijou qui affirme style, personnalité et caractère.
Linéa, Hampton, Catwalk : les années 90 au féminin
Dans les années 90, la Maison poursuit son exploration féminine. La Linéa (1987) frappe avec son boîtier rond, ses chiffres gravés et son design épuré. Inspirée de la haute couture, elle devient un symbole de savoir-faire et d’élégance, déclinée en or, bicolore ou sertie. En 1994, la Hampton ose la forme rectangulaire incurvée en acier. Inspirée des modèles des années 30-60, elle respire l’esprit chic et décontracté des Hamptons, à mi-chemin entre Riviera française et élégance transatlantique. Trois ans plus tard, Catwalk clôt la décennie avec audace : plus qu’une montre, un bracelet-bijou. Acier, cuir, caoutchouc ou or… Elle s’adapte, s’affirme et exprime un style jeune et libre.
Clifton, la femme libre
Les Clifton Baumatic signent l'acte suivant en 2025. Boîtier de 34 mm, cadran bleu dégradé, mouvement Baumatic haute performance, réserve de marche de 5 jours, résistance aux champs magnétiques… Chaque détail allie style et technologie. Preuve que les femmes ne se contentent plus d’une montre comme simple objet utilitaire ou accessoire de mode. Elles s’approprient l’horlogerie, et Baume & Mercier continue de donner le tempo.