Chez Hermès, des techniques classiques de Métiers d’art comme l’émaillage, la marqueterie et la peinture miniature coexistent avec l’utilisation nouvelle du wire ball bonding, autrefois inventé pour l’industrie électronique, tout ce qu’il faut pour accomplir le travail.
Comment savez-vous quelle technique artisanale utiliser ?
Lorsqu’il s’agit de Métiers d’art, le choix de la ou des techniques est un élément clé et il doit être bien réfléchi dès le début si nous voulons transposer fidèlement la même histoire sur un cadran de montre.
Lors de la création de nos collections de Métiers d’art, nous avons deux façons de procéder : soit nous commençons avec un dessin que nous aimons particulièrement et nous choisissons la technique qui lui rendra le mieux hommage, soit c’est l’inverse. Dans ce cas c’est la technique qui sera notre point de départ et qui décidera quel dessin sera produit. Je choisis naturellement les techniques en voyant le dessin pour la première fois. La sélection des artisanats fait écho à la composition du dessin, comme en peinture.
Le choix des techniques à utiliser dépend de l’histoire que nous voulons transposer sur nos cadrans et de l’interaction des matériaux, des couleurs, des volumes et des reliefs que nous voulons créer.
Une fois le dessin sélectionné, je choisis la technique la plus appropriée pour lui donner vie sur le cadran, pour raconter exactement la même histoire et transmettre les bonnes émotions à la personne qui l’admire.
Quelles sont les limites des techniques d’horlogerie artisanale lorsqu’il s’agit de « traduire » un motif du papier au cadran d’une montre ?
Les possibilités sont infinies avec les Métiers d’art ; nous recherchons également de nouveaux métiers qui n’existaient pas auparavant dans le monde de l’horlogerie. La chose la plus importante pour moi est que nous trouvions la meilleure technique pour mieux exprimer un dessin, pour rendre hommage à son histoire.
Les nouvelles technologies apportent parfois de belles solutions esthétiques et de nouvelles façons de concevoir. Je pense qu’il doit y avoir un bon équilibre entre l’acte humain et l’aide de la machine. Je pense ici, par exemple, à la Slim d’Hermès Cheval Ikat que nous avons présentée il y a quelques années, qui utilise un motif strié abstrait. Aucune technique artisanale traditionnelle n’aurait pu rendre justice à ce design, nous avons donc fait des recherches et trouvé un partenaire avec un atelier ayant développé une technique complètement nouvelle : le wire ball bonding. Cette technique consiste à souder des fils d’or sur la surface, comme une broderie, pour créer un motif en relief, avec des espaces de transparence et de densité. Initialement créée pour la production électronique, cette technique a été détournée et dotée d’une forte dimension artistique pour devenir une véritable technique artistique. Cette technique particulière n’aurait pas été possible sans l’aide de ce qui était à l’origine une machine industrielle.
Comment savoir quels matériaux utiliser ?
Très souvent, le dessin suggère la technique que nous allons utiliser. Si l’on prend l’exemple d’un motif très détaillé, nous aurons naturellement recours à la peinture miniature ou à l’émail miniature. Lorsque le motif présente des aplats de couleur, alors j’opterai pour les métiers de la marqueterie. Nous utilisons exclusivement les meilleurs matériaux et le meilleur savoir-faire pour créer ces chefs-d’œuvre.
Quel a été le plus grand défi avec le motif de la veste Neo Brandebourgs et comment l’avez-vous surmonté ?
Utiliser des techniques mixtes et faire collaborer des artisans sur un seul cadran est un défi pour ne pas endommager le travail réalisé par les autres. Un autre défi se présente dès le début du processus de création, lorsqu’il s’agit de miniaturiser le motif – parfois nous pouvons reproduire le motif dans son ensemble, parfois nous devons sélectionner une scène et créer un gros plan tout en conservant la même énergie, la même essence du motif sur le cadran. Enfin, le choix des bonnes couleurs est essentiel pour obtenir un design harmonieux et vivant.
Quel type de clients s’intéresse aux motifs plus ludiques, comme le cheval qui tire la langue ou – à mon avis – l’interprétation un peu cartoon de la veste dans Neo Brandebourgs ?
Nous disons souvent chez Hermès que nous faisons les choses sérieusement, mais sans nous prendre trop au sérieux. Je crois que les personnes intéressées par nos Métiers d’art apprécient également la précision et l’expertise derrière nos montres, ainsi que ce ton léger et un peu d’humour.
Qu’est-ce qui vous pousse à être pionnier dans ce genre de montres ?
Hermès est une maison de savoir-faire et de création. Nous avons la chance de posséder un riche héritage, de nombreux dessins et motifs, de nouvelles collections de foulards en soie chaque année, et cela constitue indéniablement une grande source d’inspiration pour développer nos montres, en particulier nos pièces d’exception. Mon objectif est de toujours garder cette fraîcheur et cette fantaisie dans nos créations, de cultiver la singularité, de repousser les limites et de faire vivre les motifs. Chez Hermès, le temps est considéré comme un ami, et non comme une contrainte. C’est un luxe. C’est quelque chose de ludique, d’émotionnel. Je crois que c’est une base solide de notre créativité.