L’évolution d’une icône ne passe pas toujours par la surenchère, elle se loge parfois dans la justesse d’une proportion. Au sein de la collection CHPTR_Δ, l’adoption de ce nouveau diamètre de 40 mm sur les modèles AGIL et MDP redéfinit l'allure de la pièce, lui offrant un équilibre plus contenu et une vocation plus universelle. Cette silhouette affinée ne renie rien de son identité mécanique ni de son affichage singulier. Elle s’inscrit au contraire dans une tendance de fond : le retour à des dimensions maîtrisées sans sacrifier un gramme de personnalité horlogère.
Un affichage original
Au cœur de cette pièce, on retrouve l’élément qui fait la signature de la maison : un affichage non conventionnel, animé par un calibre contenant le premier module manufacture de Baillod, développé par Olivier Mory.
L’heure ne se lit pas ici de manière circulaire. Elle progresse selon une trajectoire triangulaire, avançant à vitesse variable : fluide sur les lignes droites, puis visiblement ralentie à l’approche des angles. Une illusion parfaitement maîtrisée, qui donne parfois l’impression que le temps hésite, qu’il s’attarde un instant avant de repartir.
Certains moments filent sans qu’on s’en rende compte, d’autres semblent s’étirer, gagner en intensité... alors que la seconde, elle, continue de battre avec une rigoureuse impartialité. N’est-ce pas là, au fond, la seule lecture du temps qui nous soit vraiment fidèle ?
Comment ça marche ?
Derrière cette impression visuelle se cache un concept mathématique précis : la cycloïde.
En termes simples, une cycloïde est la trace laissée dans l'espace par un point fixé sur un cercle qui roule. Imaginez un minuscule point lumineux sur la valve d'une roue de vélo progressant dans la nuit : tandis que le vélo avance en ligne droite, le point lumineux, lui, dessine une succession d'arches gracieuses qui semblent "bondir" sur le sol.
Étudiée dès le XVIIe siècle par Galilée et Huygens, cette « Hélène des géomètres » conjugue beauté esthétique et propriétés physiques remarquables. Son isochronisme constitue un véritable Graal horloger : une bille lâchée dans une coupe cycloïdale atteint son centre dans un laps de temps identique, quelle que soit sa hauteur de départ, propriété remarquable étant donnée sa régularité !
La cycloïde trace également le chemin le plus rapide entre deux points sous l'effet de la pesanteur. Contrairement à l'intuition, cette courbe dite « brachistochrone » surpasse la ligne droite grâce à une chute initiale abrupte suivie d’une accélération optimisée, formant ainsi le toboggan le plus rapide au monde.
Dans le calibre de BA111OD, cette géométrie n'est plus une théorie. En faisant évoluer une roue satellite dans une roue fixe, on ne se contente pas de déplacer une aiguille, on sculpte littéralement la trajectoire du temps, transformant une rotation circulaire monotone en une danse géométrique complexe, capable de dessiner des triangles aux angles doux.
Pour les plus précis des lecteurs, la courbe utilisée ici est une deltoïde !
Loin d’être un simple exercice de style, cet affichage exploite l’alternance naturelle de phases rapides et lentes propre à la cycloïde : alors que l'aiguille parcourt une trajectoire géométriquement constante, sa projection sur une forme triangulaire génère une sensation de variation de vitesse. Ce ralentissement apparent aux sommets n’est pas un défaut, mais la conséquence directe d'une géométrie choisie qui parvient à influencer notre perception du temps, sans pour autant en altérer la rigueur ni la précision.
Une réduction de taille, pas d’ambition
Avec cette version 40 mm, Baillod ne se contente pas de proposer une alternative plus compacte. La marque affine son discours, renforce la lisibilité de son concept et démontre que complexité technique et élégance mesurée peuvent parfaitement cohabiter.