Toutes les manufactures ne se ressemblent pas, même celles des grandes marques. C’est la raison d’être du GMT Watch Safari, et c’est le constat dressé lors de notre visite récente de Breitling Chronométrie à La Chaux-de-Fonds. La consistance de la marque, propulsée dans une nouvelle dimension sous l’impulsion de Georges Kern depuis 2017, se vérifie à l’extérieur du bâtiment de par son branding, mais avec un léger under statement. L’essor fulgurant mobilise en fait deux bâtiments totalisant 6000 m2 reliés par un corridor, évoquant un terminal d’aéroport, ainsi qu’un plateau supplémentaire de 1000 m2 loué dans un immeuble voisin. Plus de 300 personnes s’y activent avec minutie à la création des mouvements, au montage et à l’emboîtage de quelque 200’000 pièces par an, dont 85’000 avec un calibre maison. Au siège historique de la marque à Granges, Breitling emploie encore 200 personnes (assemblage des bracelets entre autres étapes manufacturières, expéditions…), sans compter 80 de plus à Zürich, pour les supports commerciaux et marketing. Toutes les montres Breitling sont certifiées COSC, une volonté exprimée dès 1999 et renforcée en 2009 par la création d’un premier calibre en interne. Breitling compte aujourd’hui une douzaine de mouvements maison. La marque ne cache pas que, pour appuyer son essor, elle se fournit parallèlement auprès d’un large réseau de sous-traitants, que ce soit pour les aiguilles, les cadrans ou les mouvements.
Modernité décomplexée
En pénétrant dans le bâtiment de 4 étages avec de larges escaliers ouverts et des visuels d’avions et de pilotes pour décorer les murs aux teintes d’acier et de verre, on ne peut s’empêcher la comparaison avec un aéroport. Pas d’erreur, nous sommes dans l’univers Breitling et il faut attacher sa ceinture de sécurité. Les mannequins évoquant les fameux Breitling Pilots et les tables basses en forme d’hélice d’avion intègrent le décor et tranchent avec le marbre d’Italie. Au fil des ateliers, des tableaux de l’artiste allemand rétro-moderne Jürg Öring mettent de la couleur et interpellent au milieu des parcs de machines ultramodernes Swiss made. L’esprit pionnier de Breitling se vérifie d’ailleurs à travers elles, puisque la marque a été la première à pratiquer l’usinage à sec (sans huile) à une telle échelle. Le complexe abrite les activités de R&D, le bureau technique, l’industrialisation, la micromécanique, le prototypage, le montage des composants et l’assemblage des têtes de montres, ainsi que la décoration et l’emboîtage. Plus de 40 métiers y cohabitent et les procédés y sont optimisés en permanence. De larges baies vitrées donnant sur les lisières du bois et les collines à l’arrière du bâtiment complètent le tableau.
Productivité assumée
Breitling est connue pour son efficacité et sa méthodologie, qui se vérifient ici de manière spectaculaire. Ainsi, l’usinage à sec n’est pas seulement plus écoresponsable, il est également moins coûteux et plus productif. Les machines fonctionnent 24 h/24, chaque ligne étant placée sous la responsabilité d’un opérateur en journée et dédiée à une opération spéciale (anglage, découpage, microbillage, etc.) ou à un composant spécifique (pont, barillet, etc.). Avec la qualité pour obsession, chaque montre subit 1000 points de contrôle au cours de son processus de fabrication et sera livrée en boutique au bout de 8 mois. Ce perfectionnisme implique le renouvellement de certains outils deux fois par mois et prévoit le recyclage de toutes les chutes de composants : deux tonnes de copeaux réduits en poudre et recyclés chaque mois.
La machine est au service de l’homme, l’automatisation de nombreuses tâches permettant de traiter plus rapidement le « gros » de certaines opérations. Mais l’homme (et la femme bien sûr), qui est au service de la qualité, vérifie méticuleusement ce que la machine ne détecte pas. Au cours du processus de fabrication, les talents aux mains d’argent repèrent certains petits défauts, à l’œil nu ou au binoculaire, et y remédient en quelques gestes expérimentés. Les flux laminaires des ateliers sensibles aspirent toutes les poussières et protègent les mécanismes aussi bien que les hommes. Par ailleurs, toutes les pièces non produites en interne sont contrôlées dès l’entrée, parfois au 1000e de millimètre. Cette rigueur s’avère payante, puisque le taux de déchet est tombé à 0,8 %, ce qui se répercute positivement sur le prix de vente pour les clients. Lorsque ces derniers sont invités à visiter les lieux, ils finissent le tour au dernier étage où les attend un lounge très confortable et convivial avec bar Breitling, idéal pour se détendre et admirer la collection. Le 7e ciel ?