Il y a des montres qui font tic-tac, d’autres qui ouvrent des paysages. La Railmaster en fait partie: à la fois boussole intérieure et compagne de route. Mon parcours (imaginaire vous l’aurez compris): du Nord de l’Italie, jusqu’à Cefalù en Sicile, là où le bleu de la mer Tyrrhénienne se fait pénétrant contre les falaises dorées.
Tout commence à Milan Centrale. J’embarque la Railmaster, cette montre née en 1957 pour les travailleurs du rail. Une montre technique, professionnelle. Aujourd’hui, la voilà dans son élément pour cette épopée en train. Je jette un œil à mon poignet: la petite seconde m’avertit, le temps s’écoule. Il est temps de se rendre sur le quai.
Voyage dans le temps
La Railmaster fait partie d’une fratrie célèbre aux côtés de la Seamaster et de la Speedmaster – trilogie de montres professionnelles lancée en 1957. Une reine des profondeurs qui profitera de l’essor de la plongée de loisirs; une férue de vitesse qui marquera à jamais l’histoire en foulant le sol lunaire; et une alliée de l’essor ferroviaire. La Railmaster était destinée aux ingénieurs, industriels et scientifiques travaillant à proximité des voies, exposés à d’importants champs électriques et magnétiques. Son calibre était protégé par une cage de Faraday en fer doux, résistant à 1000 Gauss, un exploit en regard des 60 Gauss alors courants.
Plus méconnue que ses illustres sœurs, la Railmaster est pourtant riche d’une fabuleuse histoire, associée au développement du chemin de fer. A la fin des années 1950 et dans les années 1960, l’Europe se reconstruit après la guerre. Pour soutenir l’essor industriel, les réseaux ferroviaires sont modernisés. Pendant ce temps, l’Italie vit l’âge d’or des Rapidi, des trains express reliant le Nord aux destinations méridionales, et de modèles emblématiques comme le Settebello ou l’ETR 250 Arlecchino, symboles de progrès et de design à l’italienne. Le rail incarne alors une certaine idée du futur, celle d’une Europe mobile, technique, connectée. La ponctualité et la précision deviennent un idéal, la montre reste un instrument essentiel.
Au rythme du rail
À bord, j’observe la lumière, filtrée par les larges vitres, jouer avec les surfaces de la Railmaster. Sur le cadran, un dégradé brun. Pas de logo superflu. Pas de complications tapageuses. Juste l’essentiel, heures, minutes. La fiabilité et la précision. Et cette petite seconde à six heures, qui indique si visiblement que la montre fonctionne correctement. Tout est lisible, net, sans équivoques. Sa version avec cadran gris dégradé noir se montre encore plus fidèle à l’esprit minimaliste de la montre d’origine.
Le style vintage de la Railmaster rappelle l’héritage ouvrier dont elle est issue. Son boîtier en acier de 38 mm reste cohérent avec cet ADN et abrite un mouvement d’une remarquable fiabilité, le calibre Co-Axial Master Chronometer 8806 ou 8804 (pour la version petite seconde). Certifié METAS, il résiste à 15’000 gauss sans recours à une cage de Faraday – désormais équipé, entre autres innovations technologiques, d’un allié de choc, un spiral en silicium.
Je regarde défiler les paysages italiens : Florence, Rome, Naples… Chaque gare est un jalon. La Railmaster me relie à la fois au passé et au présent. L’acier poli de son bracelet capte les reflets dorés du Sud.
Puis le ferry. Et un dernier arrêt. Voilà Cefalù. Le train s’immobilise. Entre mer et montagne, le soleil s’attarde sur les façades ocre. La mer lèche les rochers. La Railmaster se révèle parfaitement à l’aise dans la beauté brute de ses paysages. Utile, solide, fiable, belle sans effort. Fidèle à ce qu’elle a toujours été.