Dans un climat économique glacial dû de la crise des subprimes aux Etats-Unis, climat qui contamine toute la planète loin du réchauffement annoncé, deux couleurs dominent : le noir et l'or, un duo diabolique, pour ne pas dire machiavélique.

Les couleurs du temps
Dans un climat économique glacial dû de la crise des subprimes aux Etats-Unis, climat qui contamine toute la planète loin du réchauffement annoncé, deux couleurs dominent : le noir et l'or, un duo diabolique, pour ne pas dire machiavélique.
Sans jouer les forts en thèmes, nous l'avions pressenti avec en octobre 2007, un article tendance sur la folie de l'or en massif ou plaqué qui a gagné la consommation jusqu'à l'écoeurement ; et avec le mois dernier un article qui, en s'étonnant du succès de l'exposition sur les Années Folles au Palais Galliera, Musée de la mode de la ville de Paris, évoquait la crise de 29. Et son très fameux “jeudi noir”, le jour où Wall Street s'est effondré. Les économistes adorent se faire peur (et avec eux, le monde entier) et ont moins d'imagination qu'une crêpière à la Chandeleur. Le 21 septembre, ils ont donc brandi l'incontournable et très célèbre cliché du “lundi noir”, (le 21 septembre était un lundi et non un jeudi) le jour où les bourses du monde ont amplement dévissé.
La mort vous va si bien Le noir est la couleur (certains parlent de lui comme d'une non-couleur) des profondeurs ténébreuses, de la nuit inquiétante, du deuil obligé, de l'humeur qui dégouline… Il n'est donc pas innocent que les boursiers et leurs commentateurs brandissent une oriflamme mortuaire pour évoquer une situation économique mortifère. Le noir incarne aussi des valeurs de distance avec la vile existence et d'austérité face aux débauches humaines. Récupéré par la mode au XIVe siècle, le noir s'impose comme la tonalité de la retenu pour des réformateurs qui condamnent les excès coloristiques d'une aristocratie exhibitionniste et dépensière. La couleur noire court tout au long de l'histoire de l'apparence avec plus ou moins de puissance, jusqu'aux années 80 où elle incarne la passion minimaliste de faiseurs de mode en mal de pénitence. Mais cette décennie montre aussi ses dehors les plus vulgaires avec une débauche d'objets dorés pour signaler l'aisance financière d'une société qui se repaît de sa fortune acquise à crédit, surtout à crédit, notamment et déjà dans l'immobilier ! Une bulle encore et toujours !
Les vertus du clinquant Dans notre période de chahut économique, et alors que les nouveaux riches se baignent dans une orgie d'objets 18 ou 24 carats (et de strass Swarovski), les investisseurs retrouvent le chemin de LA valeur-refuge : l'or dont les cours grimpent vers le firmament des rentiers. La valse des récessions (“ralentissement de la croissance de l'activité économique après une période d'expansion”, source : Lexique d'économie, Dalloz) entraîne donc dans sa chute la même paire de couleur : le noir “ralentissement de la croissance” et l'or “après une période d'expansion”. L'un et l'autre devraient perdurer jusqu'à la fin de la dépression, avec le retournement spontané de la tendance : quand le noir et l'or seront démodés, l'économie retrouvera sa sérénité. C'est pour bientôt, la bulle a déjà éclaté… Plutôt que lire essentiellement dans le magma de leurs analyses mathématiques, les économistes feraient peut-être de mieux observer la palette de couleurs, les tonalités qui colorent le temps.
Dominique Cuvillier, secrétaire général du Comité français de la couleur Source :
Trendmark, février 2008