Tribune de Genève - 28 janvier 2010
Fedele Mendicino

La rumeur s'est répandue comme une traînée de poudre en plein Salon international de la haute horlogerie la semaine dernière à Genève: «Un haut cadre de l'univers des montres a maille à partir avec la justice.» Selon nos renseignements, un Genevois a bel et bien été inculpé le printemps dernier de gestion déloyale, voire d'abus de confiance, et de faux dans les titres. Egalement inculpés, deux de ses ex-collègues de l'entreprise où il travaillait, un comptable et un responsable financier, sont également dans le collimateur du juge Raphaël Martin. Le trio, qui devra affronter plusieurs audiences d'instruction en ce début d'année, conteste avoir détourné des millions de francs. Ils déclarent ne pas s'être enrichis et ne pas avoir voulu tromper la société active dans le commerce des montres et des bijoux de luxe.
Un des trois inculpés était donc directeur de cette entreprise. Fin 2005, l'homme vend la plupart de ses actions à un groupe étranger mais reste dans l'équipe dirigeante jusqu'en 2007. A l'époque, les nouveaux repreneurs s'étonnent des difficultés de trésorerie de la société. Ils veulent en connaître les causes et mandatent un audit. Entre-temps, ils ne souhaitent plus travailler avec leur comptable, qui s'en va. Le haut dirigeant sera également évincé.
Un trou de 40 millions
Que leur reproche-t-on? L'audit relève que les anciens responsables avaient une mauvaise tenue des comptes. Rien de pénal a priori. Mais il manque, selon les experts-comptables, de l'argent et des montres pour une valeur de 40 millions.
Le ton monte, les accusations fusent, les personnes mises en cause contestent les difficultés financières de 2007. Aucun accord à l'amiable ne se profile entre la société et les protagonistes du conflit. L'entreprise de luxe dénonce les faits à la justice en automne 2007 et dépose une plainte complémentaire en avril 2008. L'inculpation des trois hommes, défendus notamment par Mes Guerric Canonica et Didier Plantin, tombe en mai 2009. Elle s'appuie d'ailleurs beaucoup sur l'audit mis en cause par les inculpés.
A ce stade, la justice leur reproche des malversations dépassant les 5 millions de francs. On soupçonne notamment l'ancien directeur d'avoir fait des fausses factures, d'avoir confondu ses affaires personnelles et celles de la société et de ne pas avoir payé des objets acquis pour lui.
L'enquête se poursuit. Lors d'une perquisition dans les archives de l'entreprise en décembre, les enquêteurs ont récupéré les livres de comptes qui permettront au juge de se faire une meilleure idée de la situation comptable depuis 1999. «Certes cette comptabilité manuscrite nécessite certaines explications, mais il n'y a pas de malversation, soutient-on du côté des inculpés. Cette affaire se dégonfle, la plainte parlait de 40 millions, la justice n'en retient déjà que 5.» Nous avons tenté d'en savoir plus auprès des avocats des inculpés. Mais ces derniers n'ont pas souhaité s'exprimer. Tout comme Me Lionel Halpérin, avocat de l'entreprise.
