Plusieurs marques horlogères ont accepté d'ouvrir leurs portes au public ce samedi. Une occasion rare de se plonger dans la vie d'ateliers.
8 novembre 2009
Louis Nardin
Bâties à 1'000 mètres d'altitude dans le Jura suisse, et récemment inscrites au patrimoine de l'Unesco, les villes de La Chaux-de-Fonds et du Locle se trouvent à l'écart des principaux axes de communication du pays. Pour y arriver, on emprunte une semi-autoroute ponctuée de tranchées qui se termine par un long tunnel en guise de final. Se rendre dans ces villes industrielles tient donc d'un petit voyage jugé souvent trop exigeant par les habitants du Plateau. Pourtant, c'est au milieu des sapins qui se dressent par centaines là-haut qu'éclosent des trésors de l'horlogerie actuelle. Ceux qui avaient fait le déplacement ce samedi 7 novembre à l'occasion de La journée du patrimoine horloger ont pu s'en rendre compte.
Au total, 42 entreprises ont accepté de dévoiler leur savoir-faire en ouvrant les portes de leurs ateliers. Studio de photo, fabricant de bracelets, de cadrans en émail ou de mouvements compliqués, musée ou encore, évidemment, marque horlogère, le visiteur n'avait qu'une seule et unique journée pour vivre la fabrication d'une montre. Basée sur un système de volontariat de la part des entreprises, celles-ci s'organisaient en totale indépendance. Du côté des marques, on exigeait par exemple de s'inscrire à l'avance et plusieurs d'entre elles ont dû refuser des candidats. L'agenda du constructeur Christophe Claret affichait même déjà complet trois mois avant la manifestation.
Stage et bonbons
Alors que le ciel répandait une bruine froide, les inscrits de la visite de 10 heures chez Vulcain patientent devant la maison de maître abritant la marque, au Locle. Bientôt la porte s'ouvre pour laisser cours au chassé-croisé entre entrants et sortants. Dans le hall d'entrée, Bernard Fleury, le CEO, se présente et prend en charge lui-même le début de la visite. Dans le petit musée qui jouxte l'entrée, il retrace l'histoire de la marque et de son fameux mouvement à alarme baptisé Cricket. Puis, quelques pièces anciennes et autres distinctions historiques sont décrites avant d'en venir aux montres actuelles. Sur une large table, plusieurs plateaux laissent voir les dernières nouveautés. Sont aussi présentes des pièces rares comme un réveil tourbillon et une autre montre dotée d'un cadran en émail cloisonné. Bernard Fleury invite même ses hôtes du moment à prendre les montres pour mieux les apprécier. Une dame se renseigne: «existe-t-il aussi des modèles pour femmes avec ce calibre?». La réponse est positive. Et elles sonnent même plus fort que les autres. La visite se poursuit dans les étages avec l'atelier de montage. Ici, un horloger explique, entre autres, l'organisation de la production. Il donne également plus de détails sur les différentes versions du mouvement Cricket et prend même l'adresse d'un jeune adolescent souhaitant faire un stage pour découvrir le métier. Au moment de sortir, il tendra un panier rempli de bonbons et sucreries. Enfants et adultes se laisseront tenter.
Exercices pratiques
Chez Ulysse Nardin, les visites se font en très petit comité. Composée de plusieurs bâtiments reliés entre eux au fil du temps, la manufacture locloise a quelque chose d'un dédale qui ne permet pas les déplacements de groupes. La première halte se fera sous le sous-toit où sont exposés plusieurs garde-temps anciens et différents objets liés à l'histoire d'Ulysse Nardin dont des chronomètres de marine qui permirent à la marque de gagner une réputation internationale dans ce domaine. Des premières montres de poches aux composants en silicium, fruit d'une technologie d'avant-garde que la marque a été l'une des premières à utiliser, toute l'évolution technique d'Ulysse Nardin a été mise en scène. Quelques rampes d'escaliers plus tard, ce sera au tour du responsable de la formation des apprentis horlogers de se présenter et de décrire en particulier les Côtes de Genève et le perlage, soit deux types de décorations applicables aux composants d'un mouvement. Mieux: les visiteurs qui le souhaitent auront l'occasion d'en réaliser par eux-mêmes. Des machines avaient en effet été spécialement préparées et quelques-uns s'y essaieront. La visite prendra fin avec le laboratoire. Dans cette pièce en surpression et où le niveau de particules en suspension dans l'air est perpétuellement contrôlé, sont exécutés différents tests techniques comme, par exemple, la résistance à l'usure ou aux rayons du soleil des bracelets en cuir. Là encore, les participants avaient de quoi évaluer leur dextérité en s'appliquant à fixer avec la bonne pression des aiguilles sur un mouvement.
Démonstration du processus
A La Chaux-de-Fonds, Corum avait pris le parti de raconter, démonstration à l'appui, la création et le montage complet d'une montre. Après un survol des modèles anciens incarnant la créativité de la marque, des représentants de chaque secteur ont expliqué et commenté leur activité tour à tour. Croquis, dessins, animations, impressions en trois dimensions, composants exposés dans des boîtes et même mouvements terminés, le visiteur pouvait voir et même toucher parfois tous les objets en lien avec une étape du processus. Pour montrer l'évolution récente qu'ont connue les collections, des panneaux présentant chronologiquement d'anciennes campagnes de publicité avaient également été installés dans un hall. Au passage, ceux qui le souhaitaient pouvaient même se faire photographier avec les membres de l'équipage du catamaran Okalys dont Corum est un sponsor. Une fois dans les ateliers, le visiteur avait la possibilité d'assister à toutes les opérations liées à la construction de la montre. Montage du mouvement, tests de marche ou de résistance à la pression, posage des aiguilles ou des bracelets, gravage au laser ou encore contrôle de qualité de final, chaque ouvrier qui était à l'œuvre expliquait volontiers l'opération qu'il réalisait.
Simplicité et authenticité
Pour sa troisième année consécutive, la journée du patrimoine aura rempli sa mission. Et à voir les carnets de réservation pour les visites qui débordaient, il est clair que la formule est bonne et qu'elle a son public. Mieux, elle reflète un état d'esprit que partagent les entreprises qui ont participé à l'événement. En effet, toutes se sont pleinement engagées pour rendre ces visites à la fois originales, instructives et complètes. Des lieux, des montres ou encore des documents ont été dévoilés alors qu'ils restent la plupart du temps inaccessibles. Tous ces efforts traduisaient ainsi la volonté de transmettre et de faire partager la passion de l'horlogerie, et cela sans fioritures inutiles, avec simplicité et authenticité. A la conjonction d'une région et d'une industrie, cette journée était teintée en plus d'un esprit de famille ne correspondant pas à l'image de luxe et d'inaccessibilité transmise, aussi, par l'horlogerie.
Louis Nardin
Bâties à 1'000 mètres d'altitude dans le Jura suisse, et récemment inscrites au patrimoine de l'Unesco, les villes de La Chaux-de-Fonds et du Locle se trouvent à l'écart des principaux axes de communication du pays. Pour y arriver, on emprunte une semi-autoroute ponctuée de tranchées qui se termine par un long tunnel en guise de final. Se rendre dans ces villes industrielles tient donc d'un petit voyage jugé souvent trop exigeant par les habitants du Plateau. Pourtant, c'est au milieu des sapins qui se dressent par centaines là-haut qu'éclosent des trésors de l'horlogerie actuelle. Ceux qui avaient fait le déplacement ce samedi 7 novembre à l'occasion de La journée du patrimoine horloger ont pu s'en rendre compte.
Au total, 42 entreprises ont accepté de dévoiler leur savoir-faire en ouvrant les portes de leurs ateliers. Studio de photo, fabricant de bracelets, de cadrans en émail ou de mouvements compliqués, musée ou encore, évidemment, marque horlogère, le visiteur n'avait qu'une seule et unique journée pour vivre la fabrication d'une montre. Basée sur un système de volontariat de la part des entreprises, celles-ci s'organisaient en totale indépendance. Du côté des marques, on exigeait par exemple de s'inscrire à l'avance et plusieurs d'entre elles ont dû refuser des candidats. L'agenda du constructeur Christophe Claret affichait même déjà complet trois mois avant la manifestation.
Stage et bonbons
Alors que le ciel répandait une bruine froide, les inscrits de la visite de 10 heures chez Vulcain patientent devant la maison de maître abritant la marque, au Locle. Bientôt la porte s'ouvre pour laisser cours au chassé-croisé entre entrants et sortants. Dans le hall d'entrée, Bernard Fleury, le CEO, se présente et prend en charge lui-même le début de la visite. Dans le petit musée qui jouxte l'entrée, il retrace l'histoire de la marque et de son fameux mouvement à alarme baptisé Cricket. Puis, quelques pièces anciennes et autres distinctions historiques sont décrites avant d'en venir aux montres actuelles. Sur une large table, plusieurs plateaux laissent voir les dernières nouveautés. Sont aussi présentes des pièces rares comme un réveil tourbillon et une autre montre dotée d'un cadran en émail cloisonné. Bernard Fleury invite même ses hôtes du moment à prendre les montres pour mieux les apprécier. Une dame se renseigne: «existe-t-il aussi des modèles pour femmes avec ce calibre?». La réponse est positive. Et elles sonnent même plus fort que les autres. La visite se poursuit dans les étages avec l'atelier de montage. Ici, un horloger explique, entre autres, l'organisation de la production. Il donne également plus de détails sur les différentes versions du mouvement Cricket et prend même l'adresse d'un jeune adolescent souhaitant faire un stage pour découvrir le métier. Au moment de sortir, il tendra un panier rempli de bonbons et sucreries. Enfants et adultes se laisseront tenter.
Exercices pratiquesChez Ulysse Nardin, les visites se font en très petit comité. Composée de plusieurs bâtiments reliés entre eux au fil du temps, la manufacture locloise a quelque chose d'un dédale qui ne permet pas les déplacements de groupes. La première halte se fera sous le sous-toit où sont exposés plusieurs garde-temps anciens et différents objets liés à l'histoire d'Ulysse Nardin dont des chronomètres de marine qui permirent à la marque de gagner une réputation internationale dans ce domaine. Des premières montres de poches aux composants en silicium, fruit d'une technologie d'avant-garde que la marque a été l'une des premières à utiliser, toute l'évolution technique d'Ulysse Nardin a été mise en scène. Quelques rampes d'escaliers plus tard, ce sera au tour du responsable de la formation des apprentis horlogers de se présenter et de décrire en particulier les Côtes de Genève et le perlage, soit deux types de décorations applicables aux composants d'un mouvement. Mieux: les visiteurs qui le souhaitent auront l'occasion d'en réaliser par eux-mêmes. Des machines avaient en effet été spécialement préparées et quelques-uns s'y essaieront. La visite prendra fin avec le laboratoire. Dans cette pièce en surpression et où le niveau de particules en suspension dans l'air est perpétuellement contrôlé, sont exécutés différents tests techniques comme, par exemple, la résistance à l'usure ou aux rayons du soleil des bracelets en cuir. Là encore, les participants avaient de quoi évaluer leur dextérité en s'appliquant à fixer avec la bonne pression des aiguilles sur un mouvement.

Démonstration du processus
A La Chaux-de-Fonds, Corum avait pris le parti de raconter, démonstration à l'appui, la création et le montage complet d'une montre. Après un survol des modèles anciens incarnant la créativité de la marque, des représentants de chaque secteur ont expliqué et commenté leur activité tour à tour. Croquis, dessins, animations, impressions en trois dimensions, composants exposés dans des boîtes et même mouvements terminés, le visiteur pouvait voir et même toucher parfois tous les objets en lien avec une étape du processus. Pour montrer l'évolution récente qu'ont connue les collections, des panneaux présentant chronologiquement d'anciennes campagnes de publicité avaient également été installés dans un hall. Au passage, ceux qui le souhaitaient pouvaient même se faire photographier avec les membres de l'équipage du catamaran Okalys dont Corum est un sponsor. Une fois dans les ateliers, le visiteur avait la possibilité d'assister à toutes les opérations liées à la construction de la montre. Montage du mouvement, tests de marche ou de résistance à la pression, posage des aiguilles ou des bracelets, gravage au laser ou encore contrôle de qualité de final, chaque ouvrier qui était à l'œuvre expliquait volontiers l'opération qu'il réalisait.

Simplicité et authenticité
Pour sa troisième année consécutive, la journée du patrimoine aura rempli sa mission. Et à voir les carnets de réservation pour les visites qui débordaient, il est clair que la formule est bonne et qu'elle a son public. Mieux, elle reflète un état d'esprit que partagent les entreprises qui ont participé à l'événement. En effet, toutes se sont pleinement engagées pour rendre ces visites à la fois originales, instructives et complètes. Des lieux, des montres ou encore des documents ont été dévoilés alors qu'ils restent la plupart du temps inaccessibles. Tous ces efforts traduisaient ainsi la volonté de transmettre et de faire partager la passion de l'horlogerie, et cela sans fioritures inutiles, avec simplicité et authenticité. A la conjonction d'une région et d'une industrie, cette journée était teintée en plus d'un esprit de famille ne correspondant pas à l'image de luxe et d'inaccessibilité transmise, aussi, par l'horlogerie.
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