WORLDTEMPUS – 8 novembre 2011
Louis Nardin
«Il se produirait 700 millions de montres dans le monde et l'horlogerie suisse y contribue à hauteur d'environ 6 millions. Dans ces conditions, notre métier constitue déjà une niche», s'accorderont à dire, pour cadrer les propos à suivre, Max Büsser et Jean-Frédéric Dufour au Club 44 de La Chaux-de-Fonds hier après-midi devant un parterre bondé. Le fondateur de MB&F et le CEO de Zenith étaient en effet réunis à l'occasion d'un débat, très bien animé par la journaliste Renata Libal et organisé dans le cadre des Journées de la Métropole horlogère, sur la question de savoir ce que serait l'horlogerie de demain. Réponse des gentlemen réunis sur scène: qu'elle incarne la tradition tout en alimentant le rêve et la passion chez ceux qui les achètent.

Marque contemporaine, indépendante et de petite taille ou manufacture importante, historique et possédée par un groupe de luxe, LVMH en l'occurrence, MB&F et Zenith aspirent toutes les deux à honorer le patrimoine et le savoir-faire horloger suisse tout en continuant à faire rêver, chacune à leur façon, les amateurs d'horlogerie. Cette mission similaire - la seule réponse concrète donnée au thème de la rencontre - a du coup rendu les échanges plus profonds et personnels que sensationnels ou provocateurs.
Créativité technique
La technique horlogère et les nouveaux matériaux constituent sans surprise et indéniablement des facteurs déterminants. Chaque intervenant a souligné combien l'évolution technologique compte pour beaucoup dans la création de nouveautés. Reste que la question de la chronométrie, raison d'être de la montre, n'apparaît pas comme un enjeu déterminant, «puisque l'heure se trouve sur tous les appareils électroniques du quotidien.» Une marche acceptable, donc ne variant que de quelques secondes par jour, étant considérée comme satisfaisante.

La technologie sert donc désormais à exprimer la créativité technique qu'une montre peut contenir. «L'avènement du quartz dans les années 1980 a brisé l'image d'instrument de mesure du temps qu'était la montre, a fait remarquer Max Büsser. Les années qui ont suivi ont été utilisées par les marques à revaloriser le savoir-faire technique propre à l'horlogerie. Ce travail d'éducation, indispensable et qui se poursuit encore, a néanmoins permis de s'affranchir des codes et façon de faire ancienes pour explorer de nouvelles manières de faire des montres.» Un postulat confirmé par Jean-Frédéric Dufour, pour autant que la nouveauté respecte l'identité et l'histoire de Zenith dans son cas.
Côté environnement, l'horlogerie considère uniquement son impact en termes de production – pour l'essentiel sur sol suisse, donc soumise aux lois helvétiques, particulièrement strictes selon Jean-Frédéric Dufour. La question de l'approvisionnement en métaux précieux reste pour sa part un problème tant la traçabilité est inexistante et la garantie d'une origine, à tout point de vue propre, repose sur la confiance envers son interlocuteur commercial. Pourtant, l'impact environnemental de l'horlogerie est aussi à calculer en termes de voyages, fréquents et lointains, et de matériel promotionnel. Un point regrettablement délaissé.
