Nombreux sont les projets horlogers qui ne voient pas le jour faute de financements. Le Business Angels Klub s'est donné pour mission d'y remédier.
WORLDTEMPUS - 27mai 2011
Olivier Müller
Au départ, c'est une simple passion commune qui a fait se rencontrer Hervé Ramboure et Jonathan Kopp. Ils sont tous deux membres du club Chronos, qui réunit régulièrement les amateurs d'horlogerie à Paris. Au fil des ans, le constat d'une horlogerie indépendante en peine face aux «Big 3» que sont Richemont, Swatch Group, et LVMH, s'impose, et les pousse à (s')investir.
Auréole de protection
C'est à leur lancement que les marques indépendantes ont le plus besoin de conseil et d'investisseurs. Malheureusement pour elles, c'est aussi le moment où ces derniers sont les plus frileux. Toutefois, quelques chevaliers blancs bravent les statistiques et se lancent dans le financement de projets indépendants. C'est particulièrement le cas dans le luxe, qui véhicule un capital émotionnel capable de favoriser des investissements «coups de coeur».

«Le luxe est effectivement un secteur spécifique, avec ses codes et filières; son rôle de précurseur et son impact sociologique sont déterminants», souligne Hervé Ramboure, CEO et cofondateur.
Le concept du Business Angels Klub - BAK - est de mettre en relation des investisseurs et des créateurs. Ces derniers sont souvent des horlogers purs, doués de leurs mains mais peu au fait des montages financiers les plus avantageux ni des business plans sans failles. Quant aux investisseurs, «le profil type de ceux qui constituent notre réseau sont des particuliers. Ils sont passionnés, ont une centaine de pièces sur leur yacht et font escale à Monaco pour y dépenser un million d'euros au casino», décrit Hervé Ramboure.
Mécaniques horlogère et financière
Chaque aventure débute par la présentation d'un projet à l'équipe BAK qui compte 3 personnes. Elle filtre les dossiers avant présentation éventuelle aux investisseurs. Avec plus de 40 dossiers reçus en 8 mois, la preuve d'un vrai besoin est tangible.

Sur ces 40 dossiers, 25 ont été rejetés, 10 sont en cours d'examen et 5 sont finalisés, c'est-à-dire dotés du montage financier ad hoc, des brevets deposes ou encore du prototype dessiné. En d'autres termes, prêts à démarrer sitôt la première commande reçue.
Calculs d'apothicaires
Le montage d'un dossier de A à Z exige en moyenne 1 à 2 millions d'euros. «Certains créateurs ne nous sollicitent que pour 200.000 euros, mais lorsque nous leur rappelons les 300.000 euros nécessaires au développement d'un mouvement inédit de haute horlogerie, ou encore les 70.000 euros d'étude de faisabilité, ils reviennent rapidement sur terre», analyse Hervé Ramboure.
Côté investisseurs, tous les niveaux d'apports sont possibles. Toutefois, les pièces seront pour la plupart, à terme, proposées à un prix unitaire de l'ordre de 350.000 euros. Pour éviter la dilution de capital, le BAK se concentre donc sur les investisseurs fortunés, capables de contribuer par tranches de 100 à plusieurs centaines de milliers d'euros.

Raison et déraison horlogère
Quels sont les éléments déterminants d'un bon dossier? L'originalité, l'audace, et la faisabilité. Et ce dernier critère n'est pas toujours le plus évident, comme l'évoque avec amusement Hervé Ramboure: «Lorsque j'ai reçu un projet, authentique!, de montre conçue comme une cage thoracique, articulée avec de vrais os, et alimentée par du vrai sang pris au poignet du porteur, il m'a fallu 30 secondes pour prendre ma decision. Mais j'ai eu besoin de 30 minutes pour expliquer au créateur que non, définitivement, son projet ne trouverait pas de débouchés chez nous!». La création peut parfois prendre des formes, très, inattendues.