Vous avez dit transparence?

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Hors de vanter ses produits, l'horlogerie communique peu. Mais elle profite de ce vide d'information pour manier la propagande. A l'heure de la transparence, l'horlogerie serait-elle le dernier bastion de l'opacité?


WORLDTEMPUS – 7 juin 2011

Michel Jeannot


Chronique

 


Le monde change, l'information - plus abondante que jamais - se propage à une vitesse sans précédent, et les communicants du monde entier sont contraints de tenir compte de ces nouveaux paradigmes. Tous les communicants? Non, à l'image d'un célèbre village gaulois, un petit secteur résiste contre vents et marées, se jouant de l'information avec d'autant plus d'assurance que la transparence est encore parfois considérée comme un gros mot. L'horlogerie serait-elle le dernier bastion de l'opacité?

Que de non-dits et de secrets – parfois de polichinelle – soigneusement tus par une industrie qui, plus que jamais, prétend vendre du rêve et de l'émotion. Mais du rêve au miroir aux alouettes, il y a un pas que certains franchissent avec une aisance déconcertante.

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Mauvaise foi

Nul besoin de se mettre à nu: quelques éléments suffisent à révéler la santé – ou non – d'une entreprise. Le chiffre d'affaires, le bénéfice, le cash-flow, les investissements, le volume et le type de production, les lieux de fabrication et la provenance des composants sont quelques informations importantes pour appréhender la nature et la réalité d'une société. Le nier serait faire preuve d'une mauvaise foi caractérisée.

Reste que depuis des décennies, à l'exception de ses produits, l'horlogerie a toujours préféré cacher que montrer. Née d'une longue tradition du secret, cette opacité des horlogers ne mériterait guère plus qu'un coup de sang si elle n'était désormais accompagnée d'une stratégie visant à utiliser ces vides d'information à titre de propagande.

Double jeu

A cet égard, le récent exemple de Swatch Group contre Bloomberg laisse songeur. Peut-on communiquer aux analystes des progressions impressionnantes (relatives à une marque dont on ne donne pas de chiffres) puis porter plainte lorsque ces commentaires sont publiés? Cela relève évidemment du double jeu, sans même parler du délit d'initiés qui serait sanctionné par de nombreuses législations. Que l'on ne communique pas le chiffre d'affaires d'une société intégrée dans un groupe coté en Bourse – à l'image de Swatch Group, Richemont, LVMH ou PPR qui, tous, se gardent bien de détailler les résultats par marque – serait encore acceptable si ces silences ne s'accompagnaient de sous-entendus ou de pseudos confessions toujours très orientés. Et cela ne vaut évidemment pas que pour les groupes cotés. Bref, les exemples se multiplient et cela dépasse largement le seul cadre des informations financières.

Opacité sur la fin

Face à ces dérapages de moins en moins contrôlés, la responsabilité du journaliste est évidemment engagée. Une information signifiante et vérifiable mérite publication. Dans tous les autres cas, les horlogers et les financiers qui se jouent des rumeurs et des cours de Bourse ne devraient pas pouvoir compter, faute de preuves, sur un quelconque relais d'information.

Car soit les horlogers se montrent transparents, soit ils restent dans le silence. Mais le double jeu n'est plus acceptable et pourrait de surcroît se retourner contre eux. Imaginons que les clients demandent des comptes et des informations sur les lieux de production, les coûts de production, les marges, les provenances des composants, les chiffres de retours en SAV et les garanties de pouvoir réparer une montre sur le long terme. Les mines pourraient être moins réjouies. D'aucuns feraient pourtant bien de s'y préparer. Tôt au tard, la barrière de l'opacité va sauter.


BIPH