WORLDTEMPUS – 3 juillet 2012
David Chokron

Au sein du portefeuille de marques du Swatch Group, Jaquet Droz est une exception. Si ses consœurs ont un rôle de leadership ou de volume dans leur segment, celle-ci a pour vocation de rester une marque niche. Spécialisée dans les cadrans en émail, en pierres rares ou ornés de miniatures, elle est basée sur le principe de série limitées par multiples de huit, appelées Numerus Clausus, et d'affichages excentrés. Ses ancêtres fondateurs, Pierre et Henri-Louis Jaquet Droz, étaient fabricants d'oiseaux chanteurs et d'automates, objets d'un luxe et d'une sophistication technologique inouïs pour le 18é siècle qui les a vu naître. La marque appartient au regroupement de marques de haute horlogerie présidées par Marc A. Hayek. A l'occasion de l'inauguration de l'exposition tripartite « Automates et Merveilles » , il explique à Worldtempus l'esprit de la marque.

Worldtempus : Comment présenteriez-vous la marque Jaquet Droz ?
Marc A. Hayek : Pierre Jaquet Droz était provocant, moderne, un peu sacrilège aussi avec ses automates. Aujourd'hui cet esprit se retrouve dans une beauté classique, un respect des traditions doublé d'un esprit un peu provocateur, qui remet les choses en question. Notre Grand Quantième est minimaliste mais avec une architecture moderne. Notre interprétation de la phase de lune avec l'Eclipse est aussi un bon exemple.
Comment est positionnée la marque ?
C'est une marque de distribution mondiale. Il nous faut une entrée de gamme, qui a le même esprit que les autres collections mais qui reste accessible. Sur ces nouveaux modèles, les calibres sont de la même origine (NDLR : la manufacture Blancpain), leur rotor est en or, mais il s'agit de modèles trois aiguilles. Le différentiel de prix est fort, les modèles n'auront pas de Numerus Clausus. Comme ça, nous pouvons avoir des poignets, la marque peut être vue. Et ça n'affecte pas les ventes du haut de gamme. Nous constatons que ces ventes viennent en plus.

Quelle importance a le travail sur les cadrans?
Il est toujours extrêmement important. Ce sont des séries spéciales, mais elles se vendent de mieux en mieux. Nous allons intégrer un atelier de cadrans en émail grand feu dans la manufacture de La Chaux-de-Fonds. Au total, l'émail, les métiers d'art et les pierres rares représentent 70% de nos ventes. Et alors qu'elles étaient très majoritairement effectuées dans le réseau de boutiques Jaquet Droz et Tourbillon, ces canaux ne représentent plus que 25 %.
Continuerez-vous à faire des automates?
Il n'y a pas eu de développement technologique sur les automates depuis bien longtemps, à part dans le domaine industriel. Il y a des choses à faire, avec une inspiration robotique.
Et vos montres dame?
Les montres dame sont mon plus gros casse-tête dans l'horlogerie. Elles représentent 17% des ventes de Jaquet Droz, et autant chez Blancpain. Ça n'est pas assez, un tiers serait bien. Nous avons le potentiel. Il y a toujours du potentiel...
