24 Heures - 18 septembre 2012
Hélène Isoz
Ingénieur en microtechnique, Fabien Graber a repris au 1er septembre le siège du directeur de l'Ecole technique de la vallée de Joux (ETVJ) occupé jusqu'ici par Lucien Bachelard (2001-2012). A tout juste 34 ans, il dirige l'une des sept écoles horlogères de Suisse. Interview d'un homme dont les décisions feront battre le cœur des chefs d'industries, notamment horlogères, qui ne cessent de répéter leurs besoins en main-d'œuvre qualifiée.
A 34 ans, Fabien Graber a repris les rênes de l'Ecole technique de la vallée de Joux établie au Sentier © Alain Rouèche
Hélène Isoz: Une récente étude de la Convention patronale horlogère a annoncé la couleur: d'ici à 2016, la branche va accroître ses effectifs de 15%. Arriverez-vous à faire face à la demande?
Fabien Graber: La réponse se lit dans notre effectif. Cette année, l'ETVJ a une nouvelle fois enregistré un record d'inscriptions en accueillant 271 élèves. Les horlogers représentent toujours le plus grand effectif avec 61% de personnes inscrites. Maintenant, il faut développer la formation duale, c'est-à-dire la formation dispensée en partenariat avec les entreprises, qui concerne actuellement seulement 27% de nos élèves.
Est-ce un appel que vous lancez aux entreprises?
Ici, nous avons de la chance. La majorité des grandes entreprises de la Vallée sont formatrices.
Après avoir occupé plusieurs postes dans certaines de ces sociétés, ne voyez-vous pas un danger à former ainsi à tour des bras? Jusqu'à quand la demande horlogère ira-t-elle à contre-courant de la conjoncture mondiale?
Nous devons rester attentifs. Mais, a priori, je ne crains rien pour l'horlogerie suisse. Cette branche évolue selon des cycles et elle en a relevé les défis. La montre suisse a une notoriété telle que ce secteur sortira toujours son épingle du jeu. En tout cas, je veux y croire. Lors de mon expérience professionnelle à Shanghai (lire ci-dessous), j'ai par exemple constaté que les Asiatiques aimaient plus que toutes autres les montres suisses. Porter un jour une grande marque de notre pays est pour eux un signe de réussite. D'un point de vue local maintenant, je dirais que nos élèves jouissent d'une très bonne réputation auprès des industries, de la fabrique d'outillage à la grande marque horlogère. Un micromécanicien qui sort de notre école obtiendra dans tous les cas un entretien d'embauche. Ce métier, dont l'ordonnance de formation vient de se moderniser, est actuellement le plus demandé sur le marché.
L'ETVJ doit-elle alors s'agrandir?
Ce n'est pas à l'ordre du jour. Je pense qu'il est plus sage de travailler à développer la formation duale avec les sociétés formatrices et celles qui ne le sont pas encore. Ce partenariat permettra de garder une certaine souplesse dans le développement de notre école.
Rester en phase avec la demande est le défi de l'ETVJ?
Je suis particulièrement attentif à ce que notre école reste en adéquation avec la demande. Je dispose d'un réseau de contacts avec les milieux économiques. Je connais le tissu industriel pour y avoir travaillé durant de nombreuses années. Ensuite, nos chargés de cours ont une activité professionnelle à côté de leur poste d'enseignant. Ils sont donc de précieux vecteurs d'informations. L'ETVJ peut enfin compter sur le Conseil de l'école, composé majoritairement de gens issus des industries régionales. Ces trois axes nous permettent de nous tenir au courant des évolutions du marché.
Comment percevez-vous aujourd'hui votre rôle?
J'ai hérité d'une école reconnue et qui fonctionne. J'ai à cœur de poursuivre cette réussite, de maintenir son niveau de qualité et de le développer encore. En tant que directeur, je dois être proactif. Sentir les tendances et offrir à nos jeunes des outils modernes et performants pour garantir la qualité de l'enseignement. Ce qui me motive le plus, c'est de contribuer à ce que chaque élève puisse trouver sa place dans la vie économique. Si la diversification de nos formations n'est pour l'instant pas nécessaire, nous restons attentifs à l'évolution de l'industrie, et là, je ne parle pas seulement de l'industrie horlogère.
